Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Le retour d'une fête en Bresse avait été très mouvementé... pour un échange de regard

C’était dans la nuit du 13 au 14 juillet. La famille de Flacey-en-Bresse avait choisi de passer la soirée du samedi à la fête de Savigny-en-Révermont. Un club de foot participe au programme festif, leur jeune garçon sera content. Sur place ils déambulent et croisent le prévenu accompagné d’une femme. Ils vivent tous dans la même commune mais ne se connaissent pas. Un regard.

L’heure passée à essayer de semer la Renault Espace avait paru longue au conducteur de la Citroën, ainsi qu’à sa femme et leur fils de 9 ans. Ils n’en pouvaient plus de ce type qui les collait depuis leur départ de Savigny. Il les avait volontairement percutés, de quoi avoir les foies. Alors le conducteur a stoppé, il est descendu. L’autre l’a coincé contre le capot. A sorti son cutter. Les victimes sont à l’audience de comparution immédiate, ce jeudi 18 juillet. Le conducteur a l’œil tuméfié, des points de suture dans le cou, une immense balafre déchire sa joue gauche. L’agresseur avait menacé de « le saigner », il l’a fait.

C’était dans la nuit du 13 au 14 juillet. La famille de Flacey-en-Bresse avait choisi de passer la soirée du samedi à la fête de Savigny-en-Révermont. Un club de foot participe au programme festif, leur jeune garçon sera content. Sur place ils déambulent et croisent le prévenu accompagné d’une femme. Ils vivent tous dans la même commune mais ne se connaissent pas. Un regard. Un regard ? Vu le contexte, on se dit que c’était un prétexte. M. C., 38 ans, est célibataire, la femme avec laquelle il sort parfois l’est aussi, ils ont une relation sexuelle, au minimum. La femme aurait raconté à M. C. une agression qu’elle aurait subie adolescente. Le président Larcat, qui expose les faits, y voit surtout (ou en plus) une manipulation destinée à placer le gars en position de sauveur, de protecteur au minimum. Ça se tient. Combien de femmes usent du procédé pour obtenir ceci ou cela, ou faire passer des comportements inacceptables au nom du traumatisme ? Le gars, comme beaucoup, marche, et entend lui montrer qu’avec lui, elle ne risque rien. La preuve : un type qui les croise, avec sa famille, a « un regard » ? Il finira à l’hôpital, mais pas immédiatement.

« Je suis gitan. Je connais du monde. Je sais où vous habitez »

Dans l’immédiat il sort son cutter, et crache « je vais te retrouver, je vais te saigner ». Il y a des témoins. Le président du club de foot exige qu’il quitte les lieux. La famille reste encore une heure sur place et décide de rentrer. Mais l’autre les attendait, démarre en même temps qu’eux. Une heure plus tard, le père de famille a le visage et le cou tailladés. Sa femme prend alors le volant, pose le petit chez sa belle-sœur et fonce aux urgences : « Je m’étais dit que ça irait plus vite comme ça, il perdait tant de sang », explique-t-elle à la barre, très émue. L’agresseur l’a menacée elle aussi. « Je suis gitan. Je connais du monde. J’ai qu’à cliquer sur mon téléphone pour que 40 gitans débarquent », et pour faire bon poids il a rajouté, rapporte Charles Prost, vice-procureur, qu’il viendrait « la violer, s’occuper de son cas, je sais où vous habitez ». Le procureur requiert 7 ans de prison, dont 2 ans assortis d’un SME, demande évidemment un mandat de dépôt. Dans le box, le costaud a cillé : 7 ans, ça le fait. Il a cillé mais pour le reste il est impassible. D’abord, la justice, il connaît, 11 mentions à son casier. Ensuite, ce n’est pas lui qui a commis cette agression, ce n’est pas lui qui a pénétré la chair d’un autre avec une lame aussi coupante que sournoise, lui déchiquetant la joue, ce n’est pas lui.

Le président du club identifie l’agresseur, son portable était à Savigny ce soir-là

 « J’étais chez moi avec mes enfants, c’est tout. J’ai rien à voir avec cette histoire. » Il a demandé à son avocat de plaider ça, maître Moundounga Ntsigou reprend tout le dossier et pointe tout ce que les enquêteurs n’ont pas vérifié, exploité. Il plaide avec énergie lorsque le président l’interrompt, lui demande s’il « se sent bien ? J’ai un sentiment étrange, là. Si vous pouviez ne pas vous répéter ». Le tribunal semble pressé mais les droits de la défense ne sont pas censés être relatifs. La conviction du tribunal paraît d’ores et déjà faite : les gendarmes ont d’abord identifié la femme puis arrivent jusqu’à M. C. lequel a été identifié formellement par deux des victimes et par le président du club de foot de Savigny (point important), puis la dernière victime l’identifie lors du passage derrière une glace sans tain. Son téléphone portable est localisé à Savigny dans la soirée du 13, what else ? « Vous ne pouvez pas envoyer un homme en prison alors que des doutes peuvent subsister », démontre l’avocat. Le prévenu soutient qu’il avait oublié son téléphone dans la voiture de la dame, et qu’elle lui prête souvent sa voiture, et que d’ailleurs il oublie souvent son téléphone, parfois il le laisse au travail, c’est dire. C’est qu’il travaille, en CDI, il a même une bonne paie. Il a 4 enfants, dont les 3 derniers sont à sa charge. Il revendique d’être père, pour lui c’est important.

5 ans ferme, sur le champ

Le délibéré est rapide, le tribunal le déclare coupable et motive sa décision. M.C. est condamné à 7 ans de prison dont 2 ans sont assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 3 ans. Mandat de dépôt pour les 5 ans ferme, à sa sortie, obligation de travailler, de se soigner, d’indemniser les victimes. Interdiction de contact avec elles, et interdiction de paraître à Flacey-en-Bresse. M. C. semble complètement dégouté, il dit qu’il fera appel de cette décision.

Florence Saint-Arroman

Les blessures infligées à cet homme croisé à la fête ne sont pas du tout consolidées, le tribunal ordonne expertise et renvoie sur intérêt civil en décembre prochain. M. C. devra verser 500 euros de dommages et intérêts à la tante du petit garçon, et 2000 euros à sa maman, qui parlait aussi en son nom, « mon fils est traumatisé. Se faire percuter volontairement par une voiture, son père sur le capot se fait lacérer le visage. Il a entendu les menaces, il a peur, le soir il pleure ».

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