Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - le 1er juillet dernier, il n’est pas retourné dans sa cellule. « Il faisait beau »

« J’étais en retard, je me suis dit, tant qu’à faire… J’ai pas réfléchi, mais j’ai profité. Je l’ai dévorée, quoi. » Il a dévoré la vie, il a dévoré la vie à ciel ouvert, mais bien sûr la gendarmerie l’a retrouvé. Il savait bien qu’elle le retrouverait. Condamné en 2013 pour meurtre par une Cour d’Assises à 13 ans de réclusion criminelle, ça fait 9 ans (il a dû faire de la détention provisoire, ndla) que le ciel en lui est ramené à un symbole. Alors, le 1er juillet dernier, il n’est pas retourné dans sa cellule. « Il faisait beau », a-t-il dit.

Une existence assignée au judiciaire

Les éléments exposés par la présidente Chandet, qu’ils soient relatifs aux faits ou à la personnalité du détenu, racontent une existence assignée au judiciaire. Son casier : 9 mentions. Il démarre en 2003. Violences avec arme, vols, destruction, vols avec violence, une évasion, recel, violences encore, et puis un meurtre. Versant vie privé il a un fils de 17 ans, né un peu avant le casier. Il n’a plus de contact avec lui. Le fils est suivi par une mesure d’assistance, il a un éducateur et grandit chez ses grands-parents maternels. Néanmoins sa famille ne l’a pas lâché, ce détenu expérimenté. Sa mère, ses frères et sœurs, ont gardé contact, ils le visitent au parloir du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand. A part ça, il est asthmatique. Il fut alcoolique et dépendant au cannabis, mais ça c’était avant, avant les Assises.

« J’étais bien, dehors. J’ai profité, je ne me suis pas caché »

En prison, chaque jour que Dieu fait, on lui donne de quoi l’aider à dormir et des anxiolytiques. Le 25 juin il sort. C’est sa 3e permission. Il va voir ses parents à Besançon. Puis il va dans un parc, attendre une fille qu’il avait rencontrée lors de sa précédente permission. Elle ne vient pas. Il est alors trop tard pour avoir son train. Il se dit « tant qu’à faire… » et il passe deux jours dans ce parc. Une autre femme, à peine croisée, l’héberge. Il téléphone à sa sœur, lui dit de ne pas s’inquiéter, et « j’étais bien, dehors. J’ai profité, je ne me suis pas caché, j’étais en centre-ville, devant les flics, devant tout le monde ». « On a dû faire plusieurs actes d’enquête, rappelle Christel Benedetti, substitut du procureur, et délivrer un mandat d’arrêt. Si, vous vous êtes caché, d’ailleurs on vous a retrouvé dans la banquette du canapé de cette femme, chez elle. »

« Ce qu’il a fait est tout à fait humain »

Dans la banquette du canapé. Il n’a ensuite opposé aucune résistance et le voici jugé pour évasion, en comparution immédiate, ce lundi 22 juillet. Le tribunal semble déplorer qu’alors que sa détention se passait sans incident, qu’alors qu’il préparait activement sa sortie possible dans 2 mois, une sortie sous contrainte, et encadrée, mais un premier pas vers sa liberté, il ait fait ce qu’il fallait pour prolonger sa détention et se trouver privé de sorties pendant un moment. « Oui », il sait tout ça. Mais « il faisait beau », « j’étais bien, dehors », « j’ai pas réfléchi ». Et voilà. Le parquet requiert 9 mois de prison et un mandat de dépôt. « Il me semble que nous avons un témoignage de ce qui est le plus difficile pour un être humain : la privation de liberté, plaide maître Guittard. Non, il ne s’est pas caché. On ne peut pas se mettre à sa place. Ce qu’il a fait est tout à fait humain. Je ne dis pas que c’était bien, mais c’était humain. »

9 mois ferme

Le tribunal le condamne à 9 mois ferme et décerne mandat de dépôt. Adieu l’aménagement de peine dans 2 mois, adieu les permissions de sortie. Presque 1 an de plus. Depuis 8 ans il travaille en prison, depuis 6 ans il est suivi par un psychiatre. « J’essaie de me réadapter à la vie. »

Florence Saint-Arroman

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