Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il s'en était pris à deux prostituées du côté de Rully

Sa petite entreprise ne connaît pas la crise, et pourtant elle se tient là, seule, frêle, dans la salle d’audience du TGI de Chalon-sur-Saône, ce lundi 26 août. Ça fait bien cinq ans qu’elle a quitté sa Roumanie natale pour venir gagner sa croûte ici, en se prostituant. Le 13 mai dernier, le prévenu, un homme de son âge, la trentaine, un beau morceau trapu et épais, a attendu qu’ils soient arrivés au bout du petit chemin qui mène au fond d’un bois, sur la commune de Rully, pour l’agresser.

Elle nous montre, pendant le délibéré, la cicatrice qu’elle porte sur le poignet droit, désormais. La cicatrice creuse légèrement sa peau, une peau devenue lisse à cet endroit, elle est bien plus grande qu’une pièce de 2 euros, « je vais la garder toute ma vie, j’en ai une autre sur la jambe ». Il voulait lui arracher son sac, elle s’est accrochée à ce qui contient sa vie (ses papiers, en particulier). Il était déchaîné, il l’a frappée et mordue. Il l’a mordue comme un cannibale, racontent les marques sur le corps de la jeune femme. Il repart avec 370 euros. Le 18 mai il remet ça avec une autre. Ils se mettent d’accord pour un « service personnel » (c’est la nomenclature de l’activité, son code APE) à 40 euros. Violences, puis le sac : 450 euros, une robe, un téléphone portable. « Elle criait qu’elle voulait son téléphone. Il y avait la photo d’un enfant en fond d’écran, j’ai pensé plus tard que c’était le sien. » Il s’est débarrassé ensuite du téléphone, mais il va jouer cette corde sensible devant le tribunal. Ni le procureur, ni le tribunal ne marcheront dans cette sorte de chouine a posteriori.

Il « présente bien », soit, mais il reste illisible

La deuxième victime n’est pas là. « Elle est repartie en Roumanie, elle était enceinte et elle a eu des problèmes », explique la première. Celle-ci ne veut pas se constituer partie civile. Les femmes se parlent et réalisent que le même homme les a agressées. Le 20 mai, l’une d’elle le reconnait sur la commune de Rully, au volant. Elle le suit et photographie sa plaque. Les gendarmes le recherchent un peu car il a laissé sa location, avec des dettes que sa mère a réglées, il a loué une voiture, il vit dedans, bref c’est la zone, et pourtant « il présente bien », remarquent le substitut du procureur, Dominique Fenogli, et maître Diry qui intervient pour le prévenu. Il « présente bien », soit, mais il reste illisible et ce n’est pourtant pas faute de suivi, car le 23 mai, le parquet demande son placement sous contrôle judiciaire en lui faisant intégrer le dispositif AIR (accompagnement individuel renforcé). C’est donc l’association enquête et médiation (AEM) qui assure le suivi de la mesure, or son rapport reste extrêmement prudent.

« Il a prémédité ses agressions, ses coups »

La présidente Verger en expose les principaux éléments : le prévenu a respecté toutes ses obligations mais son engagement semble bien « conformiste » aux chargées de mission. « Problème de communication et de frustration », « faible estime de soi », « il doit travailler sur ses représentations car pour lui la violence n’est que physique, du coup, cracher sur quelqu’un, ce n’est pas violent, « travailler sur la récidive est complexe car il est sûr de ne jamais récidiver, il n’est pas conscient de son potentiel violent ». Le jeune homme se dit « impulsif », comme habité par une force qui le saisit et qu’il ne maîtrise pas. C’est cool, c’est comme si on assistait au début d’une légende, or le procureur met à mal ce lyrisme car « il a prémédité ses agressions, ses coups ». L’auteur lui-même l’a reconnu d’ailleurs, coincé par une juge-assesseur : « Vous êtes dans une situation critique et pourtant vous vous payez les services de prostituées. C’était indispensable ? – En fait, là, c’était pour repérer un petit peu. » La juge lui fait répéter, il répète. Aux gendarmes qui l’arrêtent le 21 mai, il explique que la veille il était en repérages également sur la route de Mâcon.

Un pèlerinage religieux. Allez comprendre

Il avait trop besoin d’argent. Depuis, un ami l’a aidé à accéder au logement, et avec une obligation de travail aux fesses, eh bien il a travaillé. La présidente relève que d’autres procédures sont en cours, pour des actes violents qui lui ont coûté deux emplois. Le parquet l’interroge sur un pèlerinage religieux qu’il avait fait en février. Il était parti jusqu’à Rome, dit-il, à pied, si l’on a bien compris. Il revient du Vatican, il se paie des putes et leur casse la figure pour leur piquer leurs sacs. Allez comprendre. Le rapport de l’AEM est prudent, très prudent : y a du souci, malgré ses remords, mis en perspective bien lointaine par le procureur. Pour son surendettement, il a déposé un dossier à la Banque de France. Pour le reste, … « il y a une problématique avec les femmes, avance Dominique Fenogli, et le risque de récidive est présent. » Il requiert 15 mois de prison entièrement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Pour ouvrir un casier, ça n’est pas si mal. Maître Diry plaide le « dévissage » financier (on ne sait pas ce qui a mené son client à un tel gouffre), le « désencrage » social et familial, et « le repentir » : « Les gendarmes ont retrouvé une partie du numéraire qu’il voulait rendre à ses victimes » (il sortait d’où ce numéraire ?).

2 ans sous main de justice, 1 an de prison au cas où…

Le tribunal condamne ce jeune homme si opaque et un tantinet perturbant à 12 mois de prison entièrement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de soins, de travailler, de suivre « un stage de sensibilisation aux violences sexistes », de payer les frais fixes de procédure de 127 euros, avec la petite ristourne que concède l’Etat à ceux qui paient dans les 30 jours. Le tribunal ordonne la confiscation des scellés qui sont toujours à la gendarmerie de Chagny : la victime pourra aller y récupérer son argent.

Florence Saint-Arroman

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