Culture

MUSICAVES DE GIVRY 2018 : Programmer Anne Niepold & le Quatuor Alfama à l’église de Poncey ou le pari réussi de Philippe Perrousset

« Pour vaincre, il nous faut de l’audace, toujours de l’audace, encore de l’audace ! ». En programmant Anne Niepold & le Quatuor Alfama à l’église de Poncey pour le cru A sa ma des Musicaves, Philippe Perrousset a démontré, dans le sillage du fameux discours de Danton de la fin de l’été 1792, qu’il était plus que raisonnable d’être audacieux.

Pour composer la programmation des Musicaves de Givry, une œuvre d’art en soi, Philippe Perrousset a du pif. Encore plus que pour le vin. C’est dire… Qu’il s’agisse de La Baronne ou d’autres encore, les artistes qu’il attire dans sa toile, comme une veuve noire, donnent des concerts hors du commun, inoubliables, dans le meilleur sens du terme.

Si le pif dont il fait preuve est sans doute l’une des clés du succès des Musicaves de Givry, ce n’est pas la seule. Car il en existe au moins une autre : l’audace, la hardiesse consistant à faire fi des limites imposées par les convenances. En effet, sans elle, les Musicaves de Girvy ne seraient peut-être pas ce qu’elles sont.

En quoi Philippe Perrousset est-il audacieux dans ses choix ? En programmant par exemple Anne Niepold & le Quatuor Alfama, dont info-chalon.com vous a déjà touché quelques mots (Lire ICI). Plus exactement : en les programmant dans l’église de Poncey.

Habituellement, dans cet « écrin », se produisent des formations estampillées « musique classique », correspondant aux canons du genre, à l’instar du Trio Wanderer (Lire ICI et ICI) ou du Trio Talweg (Lire ICI). Et, tout aussi habituellement, c’est à un public « averti » qu’elles semblent destinées à s’adresser. Pour le dire autrement, les concerts donnés en l’église de Poncey relèvent plus naturellement d’un conservatoire de musique que des Eurockéennes de Belfort, du HellFest ou de Woodstock.

En quoi était-ce audacieux de programmer des musiciens qui, sur le papier, réunissent les conditions nécessaires à la satisfaction d’un public accroc à l’excellence, tant du point de vue technique qu’esthétique ? En effet, si l’on s’en tient au pedigree de ces musiciens ou à leur CV, long comme le bras, rien qui, a priori, ne détonne, sinon, peut-être, la présence d’un accordéon diatonique, celui malaxé avec virtuosité par Anne Niepold. C’est audacieux parce que, si la musique qu’ils ont jouée l’a été avec une excellence remarquable, leur présence sur scène et l’énergie qu’ils ont déployée était  d’une telle vitalité qu’il est très difficile de les classer arbitrairement dans une catégorie qui apparaitrait vite trop étroite pour eux : celle de la « musique classique ». Annie Niepold & le Quatuor Alfama, c’est plus, beaucoup plus que cela : un esprit rock dans un corps « classique ».

Et parce que ce n’est pas forcément ce à quoi le public habituel des lieux est certainement accoutumé, il aurait pu crier à l’escroquerie, demander qu’on le rembourse, voire mettre la tête de Philippe Perrousset au bout d’un pic après l’avoir séparé du reste de son corps, comme savent si bien le faire les foules devenues folles. Sauf que, loin de se laisser aller à la jacquerie ou à l’émeute, le public de l’église de Poncey a plutôt kiffé un max. Et s’il s’est effectivement levé en masse à l’issue du concert, ce n’était pas pour vouer Philippe Perrousset aux gémonies, encore moins le transformer en martyr. C’était pour applaudir à tout rompre, et durant un long moment, le formidable concert auquel il venait d’assister, contre toute attente. Bref, pour valider le choix de Philippe Perrousset, tout en saluant l’originalité de musiciens qui ont su faire de la Grande Musique sans laisser planer dans l’air cette détestable odeur de naphtaline et de formol qui, parfois, envahit d’autres lieux.

Samuel Bon

 

 

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