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Avec son essai sur "Les Chirac", Béatrice Gurrey renoue avec l'esprit de la "Comédie humaine" balzacienne

A part Jean-Louis Debré, qui tenait en quelque sorte la chronique du crépuscule de l’ancien président de la République dans son dernier livre [2], plus personne ne s’intéresse à Jacques Chirac, sinon pour faire un article sur le musée qu’il a laissé aux Français, quai Branly.

Plus personne du tout ? Ce serait aller vite en besogne. En effet, il subsiste encore, parmi ceux qui l’ont côtoyé, des gens que Chirac et sa drôle de famille continuent de fasciner. Béatrice Gurrey, journaliste au Monde, est l’une d’entre eux. C’est tellement vrai qu’elle a consacré aux Chirac un bouquin captivant, couvrant plus particulièrement les années 2005-2015, c’est-à-dire ce que l’on pourrait trivialement qualifier de début de la fin pour celui que Georges Pompidou surnommait « Le bulldozer », tant en raison de sa brutalité que de son efficacité.

Sous la plume de Gurrey, ce n’est pas le Chirac du « bruit et l’odeur » moqué et dénoncé par le groupe Zebda, c’est-à-dire le démago et le cynique prêt à tout pour devenir président, qui apparaît. C’est plutôt un autre. En s’inspirant d’Arthur Rimbaud et de son célèbre « Je est un autre », Gurrey aurait d’ailleurs pu appeler son livre : « Chirac est un autre ».

Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Sans doute parce que son ouvrage ne parle pas que de ce curieux personnage, finalement aussi insondable qu’exubérant, mais aussi du reste de sa famille : sa femme Bernadette, sa fille Claude, son gendre Frédéric Salat-Barroux. Soit une brochette d’énergumènes qui aurait pu faire les délices d’Honoré de Balzac et par conséquent l’objet d’un épisode de cette passionnante et grinçante Comédie humaine qu’il a laissée à celles et ceux qui prennent encore le temps de la savourer.

A ce point-là ? Oui. Et pour s’en convaincre, il suffit de lire les pages que consacrent Gurrey à « Bernie ». Aussi acariâtre que méchante et rapace, Bernadette n’a rien à envier au Père Grandet, ou encore aux filles du père Goriot. Le portait (au vitriol) que la journaliste dresse de l’épouse de l’ex-président de la république est d’ailleurs l’un des intérêts majeurs de son essai, qu’il faut certainement lire. Du moins si l’on s’intéresse à l’histoire très contemporaine, aux mœurs et usages de ces clans qui, selon le mot de Péguy, ne meurt plus pour la  République mais en vivent. Chaque jour. Et plutôt grassement si l’on en croit Gurrey.

S.P.A.B.

[1] Béatrice Gurrey, Les Chirac. Les secrets du clan, Pocket, (2015) 2016, 214 p, 8 euros

[2] Lire l’article d’Info-Chalon :

http://www.info-chalon.com/articles/livres/2016/05/06/21774/info-chalon-a-lu-pour-vous-les-confidences-du-dernier-des-chiraquiens-l-ex-president-du-conseil-constitutionnel-jean-louis-debre/

 

EXTRAITS :

 

« Il faut lui marcher dessus, il ne comprend que cela et il paraît que cela porte bonheur. » (Jacques Chirac, à propos de Nicolas Sarkozy)

 

« Il ne faut pas croire que l’on protège quelqu’un malgré lui. » (Claude Chirac)

 

« Le pouvoir que l’on vous prête est souvent bien supérieur à celui que vous possédez. » (Béatrice Gurrey)

 

« Quand l’affirmation de soi arrive si tard, quand l’ombre d’un homme a pesé, la vie durant ou presque, le mouvement de libération excède le poids de la servitude.’ (Béatrice Gurrey, à propos de Bernadette Chirac)

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