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Prenez soin des abeilles !

Originaire d’un milieu rural, issu d’une famille de vignerons de longue tradition, Yves Robert choisit, lui, une carrière d’ingénieur. Revenu aux sources il y a 10 ans, il s’installe à Sennecey-le-Grand comme apiculteur en ruche Warré et produit des miels de terroir. Également formateur, il publie aux éditions Terre Vivante un ‘Petit manuel d’apiculture douce en ruche Warré', sorti fin mars 2019. Entretien…

Yves Robert, vous meniez une carrière d'ingénieur, qu'est-ce qui vous a poussé à devenir apiculteur ?

Tout en apportant ma contribution à ce qu’on nomme le « progrès » technique ; je me suis interrogé sur sa pertinence. Il n’apporte plus de sérénité, mais de graves problèmes sociaux et environnementaux. Contribuer à détruire de plus en plus profondément  notre environnement ne peut constituer un progrès ! Les conséquences de plus en plus palpables sont évidentes aujourd’hui. Les évolutions techniques, stimulées par une économie sans frein, apportent peu d’avantages, mais génèrent toujours plus de nuisances, de pression sociale, économique… Notre bien-être est déjà fortement entamé, notamment au niveau du lien social et de notre santé. En apiculture, je suis au cœur de cette problématique : la pression économique, cause directe de la destruction de notre rapport à la nature et, à termes, de notre capacité à assurer notre alimentation et une vie humainement décente. 

À qui s'adresse votre livre 'Petit manuel d'apiculture douce en ruche Warré' et pouvez-vous nous préciser en quoi consiste cette démarche ? 

Il s’agit de faire (re-)découvrir la prodigieuse ingéniosité du vivant (qui dépasse de loin, nos meilleures créations technologiques…). Les abeilles sont un de ces prodiges, par leur rapport avec leur environnement, dans lequel elles vivent en prélevant leurs ressources, mais qu’elles bonifient par la pollinisation. Nous en bénéficions grandement, sans nous en rendre toujours bien compte. Le livre ne s’adresse pas seulement à celles et ceux qui veulent débuter en apiculture ; mais à tout curieux de la nature et des motifs de nos difficultés actuelles, qu’illustrent hélas tellement bien l’apiculture ! Je propose d’envisager les choses sous un angle neuf et libérateur. En prenant en compte les besoins des abeilles, nous continuerons à bénéficier de leurs services ; et nous apprendrons d’elles la mise en œuvre des principes du vivant, auxquels nous sommes aussi soumis, en  tant qu’être humain, espèce vivante, parmi les autres espèces vivantes sur Terre.

Alors que de plus en plus de personnes prennent conscience de l'urgence climatique, vous avez opéré, il y a 10 ans, cette réorientation professionnelle vers l'agroécologie, quel souhait formulez-vous pour l'avenir ? 

Pour restaurer la viabilité de nos modes de vie, nous allons être amenés à rétablir le lien avec nous-mêmes (quels sont nos buts ? nos besoins humains ?), entre nous (par un retour à plus de solidarité) et avec la nature. Ces aspects ne sont guère séparables. C’est la séparation des choses qui conduit à leur incohérence. Nous allons rétablir de la cohérence ; celle du sens commun, celle de nos aspirations profondes, qui ne nécessitent pas du tout cette débauche actuelle de moyens et de compétition. L’agroécologie part du principe qu’il y a des valeurs humaines et que la nature ne peut pas produire si on ne respecte pas  ses cycles biologiques. Il s’agit, là encore, de respecter l’équilibre.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le réseau "Un toit pour les abeilles" ?

C’est une formidable initiative qui repose sur l’idée que la solidarité agit dans l’intérêt commun. D’un côté les apiculteurs ont de plus en plus de difficultés à conduire de manière viable leur activité, du fait principalement de la dégradation de l’environnement et de la pression économique. Quant aux autres, comme vous et moi, nous bénéficions tous du service rendu par cette activité : pollinisation et produits de la ruche… Nous profiterons aussi de l’action courageuse et du témoignage de celles et ceux qui refusent de baisser les bras face à l’adversité qui touche ce secteur économique, ainsi que tout le secteur agricole. Les « marraines » et « parrains » de ruches, qui sont à la fois des particuliers et des entreprises, font œuvre de générosité. En retour, ils reçoivent du miel des producteurs et sont informés de l’activité directement à la source. Ils sont également invités à des journées portes ouvertes. Les apiculteurs du réseau sont des professionnels engagés dans une apiculture de qualité, respectueuse des abeilles. Avec Un Toit pour les abeilles, ils oeuvrent à promouvoir une activité en péril, en adoptant des modes de production soutenables, mais aussi une communication de qualité et pertinente, sur la situation de l’abeille mellifère. Ainsi, l’aspect « solidarité » évoqué précédemment, est-il déjà à l’œuvre grâce à cette initiative Un Toit pour les abeilles. 

‘Petit manuel d’apiculture douce en ruche Warré ’, résumé de l’éditeur :

« La ruche Warré est réputée pour être la plus écologique et la plus respectueuse des abeilles : l’adopter permet de mieux se rapprocher de la nature. L’auteur, apiculteur, apporte une information complète et illustrée pour débuter dans la conduite de ruche Warré. Tous les sujets (vie des abeilles, évaluation des ressources mellifères, hivernage, lutte contre les parasites, etc.) sont traités avec pédagogie, précision… et bienveillance. Un guide pour se lancer facilement ! »

120 pages – 14 € – coll. Facile & bio – éd. Terre vivante. En librairies, jardineries, magasins bio et sur boutique.terrevivante.org      

Photo portrait transmise par Yves Robert pour publication, crédit photo : Aurélie Jeannette, photographe professionnelle et  co-auteur de ‘Petit manuel d’apiculture douce en ruche Warré’ aux éditions Terre Vivante.

Propos recueillis par SBR 

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