Culture

Étéâtrales de la Cour de Basse : L’enfer, c’est pas forcément les Autres...

Avec son excellent spectacle intitulé « Compartiment fumeuses », officiellement joué pour la première fois en public à Lux ce vendredi, la Compagnie Keole a placé très haut la barre. Une performance qu’info-chalon.com ne peut que saluer, après vous en avoir touché quelques mots.

« Alors, c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres.». Ceux qui ont vu ou étudié Huis Clos de Jean-Paul Sartre, se rappellent probablement de cette saillie de l’un des trois personnages (Garcin) de cette pièce, qui achève presque cette dernière, puisqu’elle arrive d’une certaine façon en clôture, comme un résumé.

Cette saillie, il suffit de faire la généalogie de sa réception par les lecteurs et les (trop nombreux) commentateurs pour s’en convaincre, a quelque part fait de Sartre le prêcheur d’une idée, celle selon laquelle les Autres ne sont pour le Je ou le Moi qu’une source infinie de souffrances. Sans doute parce que dans Huis Clos, qui met en scène deux femmes et un homme fraichement propulsés en enfer et cherchant à comprendre ce qui a pu les y conduire, les personnages comprennent rapidement que leur châtiment consiste à vivre pour l’éternité tous les trois, à coexister, à se détester et à se supporter.

Pourtant, si une telle interprétation se tient et s’avère même séduisante, ce n’est pas exactement ce que Sartre cherchait à faire passer comme message. En effet, et parce qu’il a cru bon de faire une mise au point tant selon lui on se méprenait sur ses intentions, Sartre est revenu sur ce qui est désormais un lieu commun des dîners dans lesquels il faut briller à grands renforts de citations littéraires, pour avoir l’air cultivé. En effet, vingt et un ans après, dans un commentaire sur sa propre pièce datant de 1964, Sartre a dit ceci : « “ L'enfer c'est les autres ” a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. » 

Avec Compartiment fumeuses, la Compagnie Keole a-t-elle cherché, par l’intermédiaire d’un autre « huis clos poignant », à revenir au sens originel de la pièce de Sartre, le tout en lui conférant une touche personnelle qui ne gâche rien, bien au contraire ? Difficile à affirmer, sonder les reins et les cœurs semblant être « l’apanage de Dieu », c’est-à-dire une qualité typiquement propre du divin, si l’on en croit la Bible (Psaume 7-10, Jérémie 11-20),. Une chose est sûre en revanche : le spectacle de cette compagnie, officiellement joué pour la première fois en public à Lux ce vendredi, a probablement convaincu avec brio la grange comble faisant office de public que « si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer », mais que si tel n’est pas le cas, on peut tutoyer les anges, à tout le moins être heureux, trouver en l’Autre une source de félicité, de joie de vivre.

Et parce qu’info-chalon.com ne voudrait pas gâcher le plaisir de ses lecteurs en racontant en long, en large et en travers, comment la compagnie réussit ce tout de force, votre site d’information en ligne préférée se contentera de vous recommander chaudement de voir dès que possible Compartiment fumeuses, excellent spectacle, interprété par deux femmes et un homme (pur hasard ?) de talent, dont il attend avec fébrilité les prochaines créations.

Samuel Bon

 

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