Opinion de gauche

"La droite : loin des attentes des français" pour le député de Saône et Loire, Philippe Baumel.

Philippe Baumel, député de la 3èmecirconscription de Saône et Loire,
Aurélie Filippetti, députée de la 1ère circonscription de la Moselle, ancienne Ministre de la Culture et de la communication,
Catherine Lemorton, députée de la 1ère circonscription de la Haute-Garonne, Présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée Nationale.

Quelle que soit l'issue de la primaire de la droite et du centre, le projet porté par leur candidat devant les Français sera synonyme d'un renforcement des conflits à l’œuvre dans notre société. Le dénominateur commun de tous les programmes des candidats de la droite est remarquable de constance : baisse de la fiscalité pour les plus riches, baisse des dépenses publiques, diminution drastique du nombre de fonctionnaires, démantèlement de notre modèle social et de nos services publics. Ce sont autant d'inégalités renforcées et de tensions redoublées entre riches et pauvres et entre territoires. A cela il faut ajouter l'inquiétante exacerbation des tensions communautaires et le recul de l'Etat de droit, au prétexte de mener un combat – par ailleurs légitime – contre le terrorisme. C'est une société à vif, prête à exploser qui nous est proposée par la droite.

Ce projet qui voudrait faire du moins-disant social et de la puissance publique faible un véritable projet politique, est loin de constituer une réponse pour les Français qui expriment un besoin de protection à tous les niveaux : économique, social, écologique. Car leur réalité c'est celle du chômage, de la crise économique, de l'insécurité professionnelle et des inégalités de toutes natures dans une mondialisation qui effraie plus qu'elle n'enchante.

Comment ne pas voir dans la sanction des revers essuyés par l'Europe et la mondialisation, un terrible camouflet infligé au modèle économique du tout libéral et de la dérégulation, un échec de l'idéologie du libre-échange « gagnant-gagnant » et iréniste ? Ce que l'on voit, c'est une mondialisation qui fait beaucoup de perdants pour trop peu de vainqueurs.

Comment ne pas comprendre également le besoin de protection sociale qui est contenue dans ces expressions ? La peur du déclassement, le sentiment d'insécurité croissante face à la marche d'un monde dérégulé expriment le besoin d'un système de protection sociale fort. Force est de constater que sa contrepartie, la promesse de la paix et de la prospérité, n'a pas été tenue. Il est temps d'admettre cet échec et de mesurer combien se fissure de toutes parts la structure idéologique qui fait coïncider libre-échange, réduction des dépenses sociales et camp du Bien et du Progrès. Il est également temps d'abandonner l'odieux tour de force rhétorique qui vise à traiter de tous les noms ceux qui émettent des doutes quant au tournant ultralibéral pris par l'Europe.

Comment ne pas enfin comprendre l'urgence que représente l'enjeu du réchauffement climatique, source d'angoisse pour des sociétés entières ? Si les écosystèmes ne sont pas doués de parole, ils se rappellent à nos consciences oublieuses et irresponsables, avec des conséquences dramatiques.

Sur ces pans entiers de notre destin collectif, une grande partie de nos élites ont échoué. Ce faisant, elles se sont infligées d'elles-mêmes le discrédit dont elles pâtissent aujourd'hui, mais, plus grave encore, elles ont laissé le champ libre aux expressions

politiques les plus extrêmes, perçues comme les seules opportunités d'alternative. Et tous les anathèmes au populisme, n'y feront désormais plus rien. Cette remise en cause est un mouvement de fond, pas seulement en France mais dans l'ensemble des démocraties occidentales.

Or, « chez nous », ni la droite, accrochée aux vieilles recettes du néolibéralisme, ni le gouvernement actuel, courant après cette domination idéologique et reprenant le même logiciel, ne constituent une réponse crédible. Bien au contraire, elles incarnent ce qui est massivement rejeté.

Plus que de pousser au règlement de comptes, il nous faut tirer les bonnes leçons de cet échec et nous rassembler autour de cette ambition de protection économique, sociale et écologique pour proposer un projet nouveau. Il faut mettre la question sociale et la question environnementale au cœur de notre modèle politique. Il faut lancer un plan pour arriver au plein emploi, favoriser le Made in France pour relancer l’économie, redonner du pouvoir d’achat aux français. La mondialisation doit être canalisée par des outils efficaces qui conditionnent les échanges mondiaux à la priorité de la lutte contre les inégalités entre et à l'intérieur des pays et contre le réchauffement climatique. Il nous faut également un virage européen, vers une Europe de l'investissement dans quelques secteurs-clés. Car si le projet européen peut retrouver du sens et s'épanouir de nouveau, ce n'est pas dans le dumping fiscal et social, ni dans la floraison décomplexée des démocratures.

Il est encore temps de construire et d’incarner une alternative à gauche. Le rassemblement de nos forces autour d’un projet commun évitera le basculement auquel nous assistons aujourd’hui : une droite-extrême dont les limites ne sont plus vraiment définies et une extrême droite qui prétend incarner l’espoir. Les conséquences d’un tel basculement seraient un traumatisme indélébile. Sans attendre, la gauche doit travailler, innover, proposer une nouvelle stratégie politique. C’est l’unique condition pour que les français nous accordent leur confiance en 2017.

Philippe Baumel, député de la 3èmecirconscription de Saône et Loire,Aurélie Filippetti, députée de la 1ère circonscription de la Moselle, ancienne Ministre de la Culture et de la communication,Catherine Lemorton, députée de la 1ère circonscription de la Haute-Garonne, Présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée Nationale.

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