Opinion de gauche

L'éducation nationale recrute.... des policiers dénonce le NPA 71

Si la vidéo mettant en scène l'agression d'une enseignante de lycée par un élève a terriblement choqué l'opinion et plus particulièrement la communauté éducative, la réponse institutionnelle à cette violence insidieuse et incisive n'en a pas moins déconcerté et parfois même exaspéré, indigné, certains d'entre nous.

En optant de concert avec les ministres de l'Intérieur et de la Justice pour la présence de policiers dans les établissements scolaires, « dans des situations particulières qui restent encore à définir », le ministre de l'Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, choisit délibérément la répression. Car, à moins de nier la réalité, dans les établissements les plus difficiles, là où se concentrent la plupart des incidents, l'image des agents de l'ordre public est effroyable. La défiance, la culture « anti-flics » se sont répandues au fil des années, dans l'ensemble des quartiers où la population se sent exclue, discriminée, sans avenir.

Peut-on sérieusement et tangiblement croire à l'intrusion des agents de police dans les écoles, pour « retisser », recréer du lien social, renouer le dialogue avec les élèves alors « qu'en même temps », des milliers de postes d'enseignants ont été supprimés ces dernières années (2 500 postes en moins à la rentrée 2019 pour 40 000 élèves supplémentaires dans les collèges et les lycées ; 80 000 postes supprimés sous Nicolas Sarkozy qui n'ont pas été compensés durant le mandat de François Hollande : seulement 40 000 créations) ?. A ces restrictions successives s'ajoute aussi la disparition de nombreux postes de surveillants, d'assistant(e)s sociales(aux), de psychologues, le déploiement de nombreux emplois précaires chez les enseignants (recrutement massif de contractuels) et l'apparition des AVS (auxiliaires de vie scolaire) qui soutiennent des élèves en difficulté pour un misérable salaire de 500 € par mois avec des contrats renouvelables chaque année.

Depuis bien longtemps le malaise est profond dans l'Education Nationale et il faut de funestes incidents comme celui de la semaine dernière pour rappeler à l'opinion publique que cette politique de démantèlement de « l'Ecole Républicaine » condamne les enseignants à l'abdication, à l'abandon, à la démission, dans leur mission éducative et pédagogique.

Non, l'Ecole n'est pas un sanctuaire. Il n'y a pas de cloison étanche entre la vraie vie, celle d'une société de plus en plus injuste, inégalitaire, brutale, dans ses rapports humains au quotidien et ce creuset du « vivre ensemble » que s'efforce d'incarner l'Ecole Publique. Les jeunes écoliers, les collégiens comme les lycéens portent sur leur dos le poids plus ou moins lourd de leur intimité, de leurs frustrations, de leur sentiment d'injustice, de leurs angoisses, en entrant comme en sortant de l'école, du collège ou du lycée. Et si parfois, de plus en plus souvent malheureusement, la situation dégénère, c'est en partie parce-que l'Ecole n'a pas réussi ou pu réussir, à apaiser, à atténuer ce poids si douloureux qui oppresse, accable, exclut. Et puis l'Ecole ne peut pas tout régler à elle seule, suppléer aux renoncements de nos dirigeants politiques qui n'ont plus de vision à lui offrir.

 Mais comment imaginer un instant, au regard de ces enjeux complexes, un professeur face à 35 élèves, relever tous à la fois les défis de la transmission du savoir, de l'assurance de l'autorité, de l'écoute individuelle, du respect du cadre collectif, bref être en capacité d'orchestrer cet espace «de la liberté d'apprendre».

Comme dans toute relation humaine responsable et respectueuse il faut du temps pour expliquer, convaincre, s'estimer, se faire confiance. Et précisément, dans les situations de crise, où l'enseignant devra faire preuve de fermeté, cette fermeté sera d'autant plus acceptée et reconnue par l'élève fautif si celui-ci revient avec lui sur ce qui s'est passé. Souvent, c'est un conflit d'ordre pédagogique qui est à la source des invectives, des agressions subies par les professeurs. Aussi, c'est à eux de régler le problème si on leur laisse le temps et le pouvoir de le faire de façon adaptée et non à un policier en faction dans le couloir qui forcément ne pourra qu'avoir une réponse strictement autoritaire. Dans le cas de situations plus extrêmes, on peut concevoir des alternatives appropriées, discutées par les différents représentants de la communauté éducative (enseignants, éducateurs, psychologues, parents..) à condition de créer les structures idoines qui s'imposent et non des centres de répression encadrés par des militaires. Et pourquoi ne pas imaginer deux enseignants par classe dans les zones les plus sensibles, les plus défavorisées ?

Indiscutablement, on doit pouvoir affirmer aujourd'hui que notre pays manque cruellement d'écoles, d'enseignants et de professionnels spécialisés. En « investissant » massivement pour la création de structures scolaires et éducatives, de postes d'enseignants, d'éducateurs, comme le postulent la plupart des sociologues, nous ferons à terme l'économie de postes de policiers, d'ouvertures de prisons. Observons ce qui se passe aux Etats-Unis où la surenchère sécuritaire n'est pas venue à bout de l'escalade de violence qui s'est propagée dans les lycées et les universités. Bien au contraire. 

Quoi qu'il en soit, ne soyons pas dupes, les grandes manœuvres médiatiques autour des immenses « tablées  ministérielles » ne sont là, pour un moment clé éphémère, que pour calmer les colères, rassurer les plus affectés, à grand renfort de promesses recuites qui vont bien dans le sens du poil de l'opinion, et qui dans quelques jours, disparaîtront aussi vite qu'elles se sont imposées dans les unes des journaux télévisées. La méthode répressive exige aussi des moyens, financiers et humains. Des policiers en plus pour les établissements scolaires, ça coûterait aussi cher que des profs supplémentaires. Et comme ce gouvernement veut supprimer 120 000 postes de fonctionnaires.....

C'est plus par idéologie que par  laxisme ou indifférence que les politiques abandonnent l'Ecole. La doctrine libérale aujourd'hui bien installée prône la réussite individuelle, « l'ambition de devenir milliardaire ». Finie l'Ecole comme levier principal de « l'ascension sociale », l'espace de toutes les mixités, sociales, culturelles, sexuelles, des premières expériences d'entraides et de solidarités. A l'image des quartiers périphériques, les écoles ont été gagnées par le processus de ghettoïsation, enfermées dans une logique de séparation des territoires en fonction des classes sociales.

Non Monsieur Macron, Monsieur Blanquer, Monsieur Castaner, si l'école a besoin de fermeté, d'autorité, c'est une fermeté, une autorité justes qu'elle réclame, dans l'intérêt de tous, pour l'égalité la liberté, la fraternité. Et si l'Education Nationale pense recruter des policiers à la place des enseignants, c'est qu'en conscience ses responsables partagent la conviction que la répression est l'unique réponse aux conflits qui empoisonnent notre Ecole Républicaine. Mieux vaut soutenir la spéculation, l'optimisation fiscale, les entreprises qui prennent des risques sur les marchés que de dépenser « un pognon de dingue », à fonds perdus, pour tout un pan de la société qui de toute façon ne trouvera pas sa place dans un système qui ne reconnaît que les vainqueurs, les champions.

 

Au milieu du 19è siècle Victor Hugo osait croire que « Les maîtres d'écoles sont les jardiniers en intelligences humaines ». Aujourd'hui le jardin est en friche et c'est une prison que l'on projette de construire dessus.

 

Jean-Guy Trintignac NPA 71

 

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