Opinion de gauche

Au lendemain de l'édition 2019 de la Fête de la Rose, la députée de Saône et Loire, Cécile Untermaier rappelle "cette fête qui exprime la pérennité des valeurs de gauche qui nous animent"

Tribune de cécile Untermaier

 

L’esprit de Frangy-en-Bresse

 

La fête de Frangy est une fête de la rose, mais avec plus de 40 ans d’histoire très particulière, Frangy est devenu un nom, le nom d’un lieu, un lieu de culture politique dans une convivialité bien particulière.

Un "Frangy" que nous avons placé cette année avec succès sous le signe de la proximité, tant par le choix des invités que par le thème de réflexion retenu: “la commune de demain”.

Cette fête exprime la pérennité des valeurs de gauche qui nous animent.

Elle dit que dans le creux de la vague que nous connaissons et qu’avec empressement nos opposants aiment à nous rappeler, nous ne sommes par morts. La Gauche existe toujours et oui, elle a un rôle essentiel à jouer. Tous les jours, nous voyons combien ledit nouveau monde - c’est ainsi qu’il se plaît à se présenter - est d’abord un monde de nouveaux élus qui pensent tout savoir sur tout, et dont l’inexpérience fait perdre beaucoup de temps à notre pays. Je parle de ce que j’ai constaté tous les jours à l’Assemblée nationale. Les virages de méthode et de fond posés comme de nouveaux choix, sont en réalité le résultat d’une inexpérience imposée dans une arrogance déplacée.

 

1) La gauche s’incarne dans nos combats et nos prises de position responsables. Je donnerai quatre exemples qui illustrent bien l’importance que revêt à nos yeux la présence d’un outil de régulation qui protège le citoyen et lui permet de garder la main sur son destin. Je précise qu’aucune opposition systématique ne caractérise mon engagement.

Premier exemple : le référendum sur les  Aéroports de Paris ; sur la forme, un pari très difficile sans doute, mais un pari tenu avec 164 parlementaires engagés, et 4 millions de signatures pour le rendre opérationnel.

Je demandais déjà en 2018 dans le cadre de la révision constitutionnelle une diminution des seuils, proposition écartée lors des débats. Cette proposition fait désormais son chemin et recueillerait même aujourd’hui, paraît-il, l’accord du  gouvernement.

Sur le fond, le mépris avec lequel ont été traités les nombreux amendements déposés par toutes les oppositions, explique, en partie, la facilité avec laquelle l’accord de tous les groupes politiques d’opposition a été trouvé. Une coalition inédite qui traduit l’absence d’écoute qui caractérise cette majorité.

Nous avions demandé des garanties de sorte qu’ADP ne soit pas le bis repetita des concessions d’autoroute qui se gavent en milliards de dividendes sur le dos d’usagers de plus en plus écartés de son accès à raison des prix prohibitifs.

Nous avions demandé que l’on sorte du cadeau de la mariée les réserves foncières très importantes, l’équivalent de deux arrondissements parisiens, incluses dans le paquet ADP. Nous ne voulons pas qu’elles soient livrées sans raison et sans règle, à la décision spéculative du groupe financier  attributaire.

Avec plus de 710 000 signatures, nous ne sommes pas ridicules, mais il reste une bonne marge, d’où la nécessité d’accompagner ceux qui soutiennent cette action, dans la procédure de vote plutôt compliquée sur le site du ministère de l’Intérieur. La complexité anormale du système fait que nous avions mis en place à Frangy, un ordinateur et un assistant pour aider les citoyens dans la procédure de vote.

Deuxième exemple : le CETA, ce contrat d’arrière-garde ; le Président Macron s’étonnait que les parlementaires socialistes et Les Républicains  aient voté contre sa ratification, en faisant valoir qu’il s’agissait d’un projet porté par Nicolas Sarkozy, puis François Hollande.

C’est oublier les discussions critiques que nous avions eues à ce sujet sous le précédent quinquennat et le recours que nous avions d’ailleurs déposé - j’étais signataire - devant le Conseil constitutionnel.

C’est oublier que les enjeux de biodiversité, de lutte contre le réchauffement climatique ont pris leur juste place et donné lieu depuis à des engagements, la COP 21, imposant une révision systémique des échanges mondiaux.

C’est passer à côté de l’importance du marasme économique des éleveurs et de l’absurdité de faire venir d’Outre-Atlantique de la viande bovine en France alors que nous ne parvenons pas à garantir un prix rémunérateur à nos producteurs. Notons hélas que la loi EGALIM censée garantir un juste prix à la production, n’a produit aucun des effets annoncés.

Troisième exemple : la justice des mineurs. Un sujet important ! Il s’agit de nos enfants et ni plus ni moins que de la manière dont la société doit traiter, corriger et guérir l’enfance délinquante. Cette question a justifié un engagement remarquable et salué de Pierre Joxe en tant qu’avocat bénévole.

Cette question qui devait être examiné par le parlement, sera donc traitée par la haute administration, dans le silence des cabinets ministériels, dans le cadre d’une ordonnance décidée par le Gouvernement, à la stupéfaction générale, lors de l’examen du projet de loi justice.

Des ordonnances, il y en a eu et il y en aura encore.  Mais sur des sujets aussi sensibles, exigeant de la pédagogie, de la clarté que seul permet le débat contradictoire et public au sein d’une assemblée de parlementaires, recourir à une ordonnance, c’est inédit et grave pour la démocratie. Au surplus sans cohérence avec la volonté affirmée de privilégier le débat public.

Quatrième exemple : Notre hostilité à la proposition populiste de réduction du nombre de parlementaires. Priver le peuple de ses représentants, ce n’est pas grandir la démocratie. Penser pouvoir convaincre les citoyens du contraire, c’est en quelque sorte déjà les déconsidérer. Il n’y a pas trop d’élus, il y a trop de cumuls de mandats.

 

2) Enfin, Frangy ne serait pas Frangy sans perspectives. Elles ont été offertes par nos invités, Jean-François Debat et Christophe Bouillon. Oui, la commune, échelon vivant de la démocratie locale, doit être, quelle que soit l’importance de son espace et de sa démographie, un lieu élaborant des réponses aux défis majeurs que nous connaissons.

Mais la mesure de toutes nos actions, doit être l’écologie. Pour le coup, ce n’est pas le Gouvernement et le Président de la République qui la porte. Nicolas Hulot, qui dit avec justesse que “l'écologie est une magnifique occasion, peut-être même l'ultime occasion, de redonner du sens au progrès”, l’a compris et s’en est allé.

Nous devons prendre ce virage écologique et faire valoir partout où nous sommes présents, cette exigence. Nous devons avec courage dénoncer les projets absurdes, je pense à ces projets d’aires de jeux gigantesques portées par de grands groupes privés, soutenus par nos impôts dans des opérations qui mangent ce qui reste de nos campagnes, le précieux espace rural. Je pense à ces champs de plusieurs hectares de panneaux photovoltaïques, par ailleurs largement subventionnés…

Nous devons tourner le dos à un système économique qui détruit les ressources naturelles et accroît les inégalités.

Une révolution culturelle et écologique, rien de moins, s’impose à nous.  Nous devons y travailler, sans tabou, sans prendre de retard. Nous avons l’histoire, notre histoire, les citoyens pour nous porter dans cette direction inéluctable.

C’est pourquoi nous avons encore et encore besoin de Frangy, de ses invités, des militants et sympathisants pour parler sans colère et sans sectarisme de ce qui nous anime, ce bien commun qu’est la politique.

 

Photo Nicolas RICHOFFER

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