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Faites fissa pour la Madeleine Proust le 25 mars à Chalon, sinon vous ne pourrez que vous bercer d'illusions...

Ainsi va la vie ! C’est au bout de son cinquième spectacle –« La Madeleine Proust : 30 ans de scène »- que la grande prêtresse du temps jadis (Lola Sémonin pour l’état-civil) avec son inséparable paysannerie et sa ruralité à fleur de peau, soliloquera dans sa cuisine en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône le dimanche 25 mars à deux reprises (il n’y a des places à ce jour que pour la seconde de 19h30). Ce sera l’une des escales de sa tournée d’adieux à la scène qui prendra fin dans sa ville natale de Morteau le 17 juin. Vous en pincez pour elle, ou avez envie de pénétrer les secrets de l’intrigue, alors nul besoin de vous faire un dessin…

Trente-cinq ans de scène, ce doit être très riche en souvenirs de toutes sortes. Qu’est-ce qui a été le plus mémorable ?

«Ce sont les premières tournées dans les petits villages où il y avait le premier public de Madeleine Proust en fait. Après on allait manger chez les gens, on se retrouvait dans une cuisine en formica, on buvait la gentiane, et on se retrouvait presque comme dans la cuisine de la Madeleine. Ensuite, il y a eu la grande aventure de Paris, jouer dans un théâtre de six cents places plein tous les soirs. Il y a eu aussi un jour quelque chose qui m’avait vraiment donné une leçon de vie. Je pense que j’étais fatiguée, car  je faisais de grandes séries, et je ne sais pas, je me suis fait une petite parano. Un mec était assis au premier rang, le menton sur son poing fermé, et l’air plutôt absent ; j’avais l’impression qu’il empêchait les gens d’aller dans la salle, j’ai fixé mon attention sur lui. Après j’en ai parlé à d’autres humoristes qui m’ont dit qu’ils faisaient aussi des crises de parano, ça m’a rassurée ! A la fin du spectacle ce mec-là, qui avait à peu près trente ans, s’est levé, est venu au pied de la scène et m’a dit : « Je vous remercie, c’est le plus beau jour de ma vie. » Ca m’a tellement bouleversée ! Je me suis dit que c’est comme un ange dans la vie qui arrive et me donne une leçon sur mes a priori. Ca a été un moment très fort. Il y a aussi un autre moment où je suis tombée de la scène, parce que je commençais dans la salle, je montais un escalier, je ne sais pas, ils avaient dû mal éclairer les marches, j’ai mis le pied dans le vide et suis tombée sur le dos. Et là, la régisseuse qui travaillait avec moi, m’a dit : « Tu sais que le corps nous parle, nous dit ce qui ne va pas, et elle m’a donné une adresse de stage, de développement personnel pour apprendre à aller vers soi-même, faire de la méditation, apprendre à s’aimer en fait. Ca aussi ça a été un moment hyper important. Quand j’ai arrêté la Madeleine en 1991 pendant quatre ans je me suis vraiment occupée de moi, du premier métier qui est le métier d’écrivain. »

 

Les Chalonnais vous verront-ils véritablement pour la dernière fois, ce départ est-il ferme et définitif ?

«(Rires). Au début dans le spectacle, il y a ma voix off qui dit : «J’espère qu’elle ne va pas faire comme Charles Aznavour, dire qu’elle s’en va, revenir sans arrêt », quelque chose comme ça. Il y a des fans qui commencent de me dire : « Oh, mais dans dix ans, si tu as besoin d’argent, tu reviens faire une tournée, on serait tellement heureux ! » Bon, on ne sait jamais, si on continue d’augmenter la CSG et de diminuer les retraites, il faudra peut-être que je retourne au turbin ! Je sens vraiment un soulagement d’arrêter la scène, surtout  parce que je m’occupe de la prod, et surtout car ma nécessité d’écrire elle bouillonne en moi, c’est très, très intense. Je suis très frustrée de ne pas pouvoir finir le tome 3, de ne pas pouvoir me mettre à la dizaine de romans que j’ai commencés. Maintenant, j’ai vraiment envie d’être dans cette énergie de l’écriture. »

 

Appréhendez-vous le clap de fin, ou l’avez-vous anticipé dans votre tête ?

«Au début, quand j’ai commencé de monter la tournée, je me suis dit que ça allait être émouvant, et tout, j’ai pleuré. En fait c’est plus un soulagement de ne plus avoir à gérer cette prod, ces tensions, les peurs de ne pas remplir les salles, c’est tellement de travail la production, et puis après les tournées, la logistique… Dans un théâtre, parfois il fait froid dans les coulisses, là je vous parle des inconvénients. Après, quand je suis sur scène, et que je suis avec le public, c’est ma récréation. Mais imaginons qu’un tourneur parisien se réveille et me dise : »Il faut vraiment aller faire ses adieux dans les grandes villes de France où vous avez joué », je ne sais pas encore si je ne vais pas dire oui…pour le moment le problème ne se pose pas, puisqu’il n’y en a aucun qui m’a répondu. Je ne sais pas si ça me ferait plaisir ou pas, mais quand j’aurai fini cette tournée je vais être heureuse de tourner cette page, de me dire que j’ai tout mon temps pour prendre mon temps pour l’écriture, et comme je dis à la fin du spectacle : je mérite de lever le pied, j’ai quand même quatre-vingts ans dans treize ans ! »

 

L’Olympia le 3 juin à 16h30, l’hommage suprême ?

«Finir à l’Olympia pour faire ses adieux (j’y ai joué trois fois avec le spectacle de la Madeleine qui fait le tour du Monde), même s’il y a Morteau derrière, c’est quand même quelque chose d’excitant. Déjà, Il y a beaucoup de fans et de gens de toute la France, qui ne viendraient pas si je jouais au Casino de Paris ou au Châtelet. Ce n’est pas du tout le même effet, l’Olympia. Mais on va voir la Madeleine à l’Olympia, il y a quelque chose d’un peu mythique ici ! On prend une première partie, il y a toujours une scène ouverte à des gens qui sont moins connus, et ce sera M. Fraize, qui habite à Mâcon. Comme ça on reste en Bourgogne Franche-Comté. Et ça peut être aussi l’occasion d’une belle fête, après, à Paris. Autrement  je suis très touchée que la ville de Morteau ait acheté le spectacle, parce que finir à Morteau c’est vrai que c’est quelque chose pour boucler la boucle. »

 

Entre l’éclat des prestations et la confidentialité de la page blanche, n’y a-t-il pas un fossé immense ?

«(Rires). L’écriture, c’est la liberté ! Il n’y a pas besoin de faire un dossier de demande de subvention, d’aller courir chercher de l’argent pour créer ! Il n’y a que l’imaginaire, ma documentation, mes lectures, ma rêverie, et je suis également  une grande lectrice, c’est aussi tout ce par quoi j’ai été nourrie. Donc pour moi c’est beaucoup plus simple, et je n’ai pas du tout cette angoisse de la page blanche, parce que je déborde tellement de créativité, et je vous dis, j’ai dix romans qui sont commencés. Ca veut dire aussi des boîtes entières de notes qui sont déjà prises que je dois dépouiller. C’est le plaisir, si par exemple je suis en panne quand j’écris, eh bien j’ai toujours une dizaine de livres d’auteurs que j’aime beaucoup ; j’en ouvre un, je me laisse un peu rêver sur les mots de cet auteur, et il y a toujours un mot qui me relance comme un tremplin. »

 

Vous avez écrit : « En jouant la Madeleine Proust, j’ai redonné aux gens ce qu’ils m’avaient offert de leur mémoire, de leur vie. » heureuse d’avoir été leur ambassadrice, et par conséquent du monde rural ?

« Ah oui, parce qu’il faut savoir que quand j’ai écrit la Madeleine dans les années 80 les paysans étaient très méprisés, très oubliés, il n’y avait pas un battage comme il y a maintenant sur le Salon de l’agriculture, il n’y avait pas l’émission « L’amour est dans le pré »…C’est vrai qu’à cette époque les gens avaient honte de leur accent, il y avait beaucoup de mépris du parisianisme envers les accents, et ce que j’entendais le plus de la part des Francs-Comtois émigrés à Paris, c’était : « Vous nous avez redonné notre fierté, on n’a plus honte de notre accent. » Donc ça a été très important, et les paysans disaient : «Vous voulez parler de nous, mais on n’intéresse personne ! » Je leur répondais qu’ils m’intéressaient. Ils n’avaient pas du tout conscience que tout leur savoir-faire à transmettre était important. Et maintenant que j’ai écrit les trois tomes de « La Madeleine Proust, une vie », où encore je suis entré dans les détails de ces savoir-faire, de la lessive, des foins, de tout ce qu’ils transmettaient de père en fils, ce sont des vrais gestes, des vrais savoirs. C’est pareil, dans le roman j’ai eu comme une mission de transmettre ces choses-là justement  pour qu’elles ne se perdent pas, que l’on sache que ça a existé, que ça fait partie de nous et de notre histoire et que ça ne meure pas. »   

 

A quelle date est prévue la sortie du tome 3 de « La Madeleine Proust, une vie », lequel concentre quelle période ?

«Je ris, parce que depuis le temps que j’espère qu’il va sortir ! Donc si j’arrête le 17 juin, peut-être que je vais me reposer un petit peu, mais le plus vite possible je vais m’y mettre. J’ai déjà écrit deux cents pages, et cette trilogie bleu-blanc-rouge va s’arrêter en 45 quand la Madeleine marie André Proust, il n’y a pas de secret, car après tout est raconté dans mes spectacles. Donc je ne vais pas raconter indéfiniment le milieu paysan à travers les âges.  Et là ça va vraiment boucler cette première vie de la Madeleine, de sa naissance à ses vingt ans. Quand vous avez terminé un livre, pour la maison d’édition il faut prévoir la sortie un an à l’avance, j’aimerais tellement qu’il sorte en 2019 ! J’ai eu le prix André-Besson pour le tome 1, et ce que j’aimerais aussi c’est que les deux premiers sortent en poche quand on sortira le tome 3. Comme ça c’est vrai que l’on peut proposer des prix différents aux lecteurs. Je vais faire des Salons du livre et je retrouverai mes spectateurs, car je leur dis à la fin du spectacle : vous savez, je vous entendrai toujours rire, essayons de rester connectés à la Madeleine pour que quand on est dans une situation un peu dure, on imagine ce qu’elle dirait pour qu’on dédramatise, qu’on l’ait toujours à l’esprit : « Ah mais c’est pas vrai, mais arrête voir ! » Enfin, quand on voit ce qu’on voit, qu’on entend ce qu’on entend, on a des raisons de penser ce qu’on pense et puis de ne rien dire ! J’aime bien aussi : «Avec tout ce qu’on entend et qu’on nous dit pas… » Et puis je dis aussi au public, quand on sera dans l’impatience, de se rappeler cette phrase de la Madeleine :»Autant être bien là où on est, puisqu’on y est… » J’ai une jolie conclusion à la fin du spectacle. C’est un lecteur qui m’a écrit ça : «On n’oubliera jamais la Madeleine, parce que ce n’est pas une femme, c’est une âme. »

 

L’adresse du site de celle  qui a eu trois nominations aux Molières (révélation théâtrale en 1988, spectacle comique en 1991, et seule-en-scène en 1996)  : www.madeleineproust.fr

 

Les renseignements pratiques :

La séance du dimanche 25 mars à 16h, salle Marcel-Sembat à Chalon, étant complète, une seconde a été ajoutée, le même jour à 19h30. Location auprès de D2P au 03.85.41.50.04, et de l’Office de tourisme et des congrès du Grand Chalon au 03.85.48.37.97, Fnac, Ticketnet, Géant, Carrefour, Forum, Cultura, Super U…

 

Crédit photo : Lionel Vadam

                                                                                              Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                             poiriault.michel@wanadoo.fr  

 

 

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