Politique de gauche

Le 12 octobre prochain, EELV organise une soirée pour débattre des fondements d’une société écologique

Le vendredi 12 octobre, le Dôme accueillera un café-débat organisé par EELV et animé par le géographe et anthropologue Damien Deville. Au menu, « les relations entre humains et non humains », et « notre rapport au vivant ». Le point avec info-chalon.com.

Ce qu’il reste de la gauche française après l’OPA de Macron sur une partie de ses troupes durant 2017 a-t-il encore un avenir, à plus ou moins brève échéance ? Si l’on regarde du côté du PS, manifestement en soins palliatifs depuis la dernière présidentielle et les législatives qui l’ont suivie, il paraît délicat d’apporter à cette question une réponse positive. Mais si l’on observe maintenant ce qu’il se passe du côté d’autres formations politiques, comme par exemple EELV, l’espoir reste peut-être permis pour les électeurs de gauche.

 

EELV, du moins localement, fait montre d’un certain dynamisme. Est-ce parce que l’une de ses figures de proue, l’ex-candidate à la députation Claire Mallard, est jeune et pas encore « usé[e], vieilli[e], fatigué[e] » (Jospin, à propos de Chirac, en 2002) par des décennies de vie politique, comme tant d’autres à gauche ? Quoi qu’il en soit, en organisant un café-débat au bar Le Dôme le 12 octobre prochain, l’encéphalogramme d’EELV, localement en tout cas, semble beaucoup moins plat que celui de son grand-frère socialiste en Saône-et-Loire. D’autant moins plat que le thème abordé, à l’heure où une certaine crispation autour des conditions dans lesquelles les animaux sont tués dans les abattoirs fait couler beaucoup d’encre, se révèle assez en phase avec l’actualité.

 

Est-ce précisément pour coller à l’actualité qu’EELV a organisé ce café-débat ? Pour le déterminer, info-chalon.com a interrogé Claire Mallard.

 

Claire Mallard : Un débat pour « réinterroger la place de l’homme dans la nature et questionner notre mode de vie »

 

A écouter Claire Mallard, l’ambition d’EELV n’est pas de surfer sur un sujet d’actualité : EELV veut surtout débattre « des fondements d’une société écologique ». Pour elle, comme pour sa formation politique, « la question de notre rapport au vivant, et de l’interdépendance entre les différentes espèces sont évidemment constitutifs de la pensée écologiste ». Il était donc naturel de la poser, pour en débattre. En outre, « l’attrait croissant des citoyens pour les mouvements sociaux comme le véganisme et/ou le bien-être animal exprime une volonté de rompre avec une société prédatrice où la domination de l’homme sur les animaux, et j’ajouterais sur le vivant en général, n’est plus tenable. » Car, de son point de vue, « les mouvements végans et de bien-être animal ont le mérite de poser un vrai débat de société : réinterroger la place de l’homme dans la nature. Ces mouvements sociaux sont donc indispensables au débat public. Ils contribuent à questionner un mode de vie qui, par ses excès, organise la disparition de la vie, dont celle des êtres humains à terme. »

 

Réinterroger la place de l’homme dans la nature et questionner notre mode de vie, c’est, dit-elle, ce qui sera, en plus des autres questions chères aux écologistes, au cœur du débat du 12 octobre prochain. Un débat qui, à en juger par la conversation qu’info-chalon.com a eue avec l’intervenant qui l’animera, a de bonnes chances de sortir des sentiers battus et, surtout, de ne pas finir en guerre de tranchées entre pro et anti végans. Car, loin des positions caricaturales que l’on a pu croiser récemment dans la presse, où l’on s’étripe à coups de tribunes hargneuses depuis des mois maintenant*, Damien Deville, l’intervenant en question, compte aborder sereinement cette question de la place de l’homme dans la nature.

 

Damien Deville : « Notre existence est conditionnée par tout ce qui nous entoure »

 

A l’instar de Claire Mallard, Damien Deville, géographe et anthropologue, est plutôt jeune. Un gage de confiance selon Jerry Rubin, le cofondateur du mouvement Yippies, qui recommandait de se défier des « plus de trente ans ». S’il est jeune, il n’en a pas moins roulé sa bosse autour du monde. Une bougeotte qui lui a permis, à l’écouter, de prendre du recul par rapport à une pensée occidentale profondément marquée par René Descartes, le philosophe qui recommandait aux hommes de « se rendre maître et possesseurs de la nature ».  En quelques mots : de voir les choses sous un autre angle.

 

Doctorant, préparant une thèse en géo-anthropologie, Damien Deville a de l’épaisseur, du répondant et de solides références. Mais qu’il s’agisse d’envisager l’influence de la pensée de Descartes et des marxistes sur nos modes de vie actuels ou d’aborder les potentialités de celle d’un Baruch Spinoza qu’il semble porter dans son cœur quand il dit que « notre existence est conditionnée par tout ce qui nous entoure », il n’a rien d’un docte savant et s’exprime dans une langue très intelligible. Surtout, il y a dans sa façon de s’exprimer une positivité et un optimisme qui détonnent, le démarquent des donneurs de leçons et de ces prophètes de malheur qu’on voit par exemple sévir dans L’étoile mystérieuse, cet album de Tintin où « Philippulus le prophète » poursuit le jeune reporter en criant « C’est le châtiment ! Faîtes pénitence ! La fin des temps est venue ! »

 

Pas végan mais végétarien à qui il arrive de manger de la viande quand il est à l’étranger, pour ne pas froisser ses hôtes, il ne faudra sans doute pas compter sur Damien Deville pour promouvoir ou encenser les excès du véganisme et des militants du bien-être animal, même si ces derniers sont en partie nés des excès d’un modèle économique tendant à réduire les animaux à l’état de marchandises. En revanche, s’il s’agit d’aborder les questions que soulèvent le véganisme, c’est-à-dire celle de la place de l’homme dans la nature et de nos modes de vie, il sera, à ce qu’on a compris, intarissable.

 

Le vendredi 12 octobre, il reviendra plus spécifiquement sur cette dualité, artificielle selon lui, entre humains et non humains (« animaux, végétaux, rochers, voire fantômes, pour ceux qui y croient »). Il tentera surtout de présenter une nouvelle approche de compréhension du monde : cette écologie relationnelle qui se trouve au cœur de l’association AYYA, que Damien Deville co-préside avec quatre autres personnes** et qu’il représentera lors de cette soirée.

 

De quoi s’agit-il ? D’une manière de penser et de valoriser les relations entre toutes les espèces, au lieu de les opposer, ceci pour développer des systèmes écologiques, renouveler ceux qui ont beaucoup souffert ces dernières années. D’un point de vue qui permet de réformer toutes les facettes du social et, plus prosaïquement, de mieux appréhender l’échelle territoriale, par exemple l’évolution d’une ville comme Alès, qui se dissocie (malheureusement) de son territoire.  

 

M.B.

 

* Deux exemples :

https://www.liberation.fr/debats/2018/03/18/pourquoi-les-vegans-ont-tout-faux_1637109

https://www.liberation.fr/debats/2018/03/19/et-si-les-vegans-n-avaient-pas-tort_1637325

 

**Cherchant à rompre avec certaines façons de penser et d’agir, l’association AYYA a souhaité adopter un mode de fonctionnement démocratique. Plus exactement une « gouvernance collégiale », reposant sur la confrontation de points de vue rigoureusement égaux, sans prééminence de l’un d’entre eux sur les autres.

 

Les quatre autres co-présidents sont : Kady Josiane Dicko, Chloé Landrot, Pierre Spielewoy, Weilian Zhu.

 

Pour mieux connaître l’association AYYA :

http://www.ayyamouvement.org/

 

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