Saône et Loire

Affaire Jérôme Laronze : neuf ans après, l'attente d'un procès

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 22 Mai 2026 à 18h00

Affaire Jérôme Laronze : neuf ans après, l'attente d'un procès
Affaire Jérôme Laronze : neuf ans après, l'attente d'un procès
Affaire Jérôme Laronze : neuf ans après, l'attente d'un procès
Affaire Jérôme Laronze : neuf ans après, l'attente d'un procès

Neuf ans après la mort de l'éleveur de Trivy lors d'une intervention de gendarmerie en Saône-et-Loire, ses proches et soutiens continuent de réclamer qu'une date d’audience soit enfin fixée. Retour en images avec Info Chalon.

Mercredi 20 mai 2026, plusieurs dizaines de personnes se sont réunies Devant le Palais de justice de Chalon-sur-Saône pour rendre hommage à Jérôme Laronze et réclamer une avancée judiciaire dans un dossier qui dure depuis désormais neuf ans. L'éleveur de Trivy, âgé de 37 ans, avait été tué le 20 mai 2017 lors d'une intervention de gendarmerie à Sailly, petit village du nord-ouest du Clunisois, situé entre Salornay-sur-Guye et Cluny.

À l'appel de la famille de cette figure engagée du monde agricole alternatif et de la Confédération paysanne, près de 70 personnes ont participé au rassemblement. Tous dénoncent l'extrême lenteur d'une procédure ouverte depuis 2017 et surtout, et c'est là où le bât blesse, pour la famille et les soutiens de Jérôme Laronze, l'absence, à ce jour, de date de procès malgré la clôture de l'instruction l'an dernier.

En effet, un tournant important est intervenu au début de l'année 2025 avec les conclusions rendues publiques par Claire Hédon, la Défenseure des droits. À l'issue de plusieurs mois d'analyse, l'institution a estimé que les tirs du gendarme mis en cause n'apparaissaient pas «absolument nécessaires» et présentaient un caractère «disproportionné». Le document pointe également des manquements concernant l'assistance portée à Jérôme Laronze après les tirs ainsi que l'absence d'enquête de commandement approfondie. Des recommandations disciplinaires ont par ailleurs été adressées afin d'engager une procédure disciplinaire à l'encontre du gendarme à l'origine des tirs au ministère de l'Intérieur, dirigé par Bruno Retailleau.

Car au-delà des circonstances du drame, c'est désormais la temporalité judiciaire qui cristallise les critiques. Neuf ans après les faits, aucun procès n'a encore été fixé.

Pour les proches de l'éleveur, cette attente interminable nourrit un profond sentiment d'incompréhension et d'injustice. Au fil des années, l'affaire est devenue un symbole bien au-delà du seul monde agricole, cristallisant des interrogations sur les délais de la justice en France dans les dossiers impliquant les forces de l'ordre.

Au fil de l'instruction, plusieurs éléments sont venus alimenter les interrogations de la famille et des soutiens de Jérôme Laronze. Les expertises balistiques, la question de la légitime défense invoquée par le gendarme, la découverte tardive de certains scellés ou encore des contradictions relevées dans différentes déclarations ont régulièrement relancé les débats autour du dossier. À mesure que les années passaient sans perspective judiciaire claire, l'affaire a progressivement dépassé le seul cadre local pour devenir un sujet suivi dans les milieux agricoles, syndicaux et de défense des droits humains.

Durant le rassemblement, plusieurs prises de parole ont rappelé que l'information judiciaire avait connu de nombreux rebondissements et plusieurs juges d'instruction successifs depuis 2017. 

On parle de 7 juges d'instruction...

Dans le Clunisois, où s'est déroulé ce drame, à Trivy, comme plus largement en Saône-et-Loire, l'affaire Jérôme Laronze continue de résonner bien au-delà du cercle familial. Neuf ans après les faits, de nombreux habitants du monde rural et agricole restent marqués par un drame survenu au cœur d'un territoire profondément attaché à son identité paysanne. Pour beaucoup de soutiens présents à Chalon-sur-Saône, la fidélité aux rassemblements organisés chaque année traduit aussi un sentiment terrible partagé dans une partie du monde agricole : celui de ne pas être entendu face aux lourdeurs administratives et institutionnelles.

Parmi les participants à ce rassemblement, Claude Girod, maraîchère retraitée de 74 ans habitant Frangy-en-Bresse, dénonce «un deux poids deux mesures» entre, selon elle, «les agriculteurs soumis à des contrôles et à des procédures très lourdes» et «les grands groupes agroalimentaires qui jouent avec notre sécurité alimentaire et notre santé sans être inquiétés de la même manière».

En attendant que les choses se décantent (enfin) sur le plan judiciaire et qu'une date de procès soit fixée, les soutiens de Jérôme Laronze disent désormais attendre une seule chose : qu'une audience soit enfin programmée afin que les circonstances exactes de la mort de l'éleveur soient examinées publiquement.

Neuf ans après les faits, la mobilisation autour du dossier ne semble pas faiblir en Saône-et-Loire. Devant le palais de justice de Chalon-sur-Saône, les participants ont répété leur volonté de voir l'affaire sortir enfin de l'attente judiciaire.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati