Chalon sur Saône

"Pour Lyhanna. Pour tous les enfants que la justice n'a pas su protéger."

"Pour Lyhanna. Pour tous les enfants que la justice n'a pas su protéger."

 Lyhanna avait 11 ans. Elle a disparu le 29 mai dernier à Fleurance, dans le Gers, en sortant de son collège. Son corps a été retrouvé le 4 juin. Une enfant. Arrachée à sa famille, à sa vie, à son avenir.

Face à ce drame insupportable, l'émotion est immense. Mais l'émotion ne peut pas suffire. Parce que cette tragédie n'est pas seulement le fait d'un individu. Elle est aussi le révélateur d'une institution judiciaire qui a failli dans sa mission première, protéger les plus vulnérables.

Le suspect avait fait l'objet de plaintes en 2022 et en 2025, notamment pour viol sur mineure. La première a été classée sans suite. La seconde était toujours en cours au moment des faits. Ces éléments posent une question simple et terrible : que se serait-il passé si ces signalements avaient été traités avec les moyens et la diligence qu'ils exigeaient ?

Je refuse que l'on nous dise que les moyens n'ont rien à voir avec ce drame alors même que le président de la République a déclaré ne vouloir « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire ». Cette posture ne résoudra rien si elle dispense de regarder en face la réalité d'une justice structurellement sous-dotée, qui classe des plaintes non par indifférence des magistrats, mais parce qu'ils sont débordés, insuffisamment nombreux, insuffisamment soutenus. Dénoncer les dysfonctionnements et exiger les moyens nécessaires, ce n'est pas chercher des excuses. C'est exiger des réponses durables plutôt que des postures éphémères.

Le garde des Sceaux a lui-même reconnu que « la Justice a failli dans le suivi des plaintes » et a présenté ses excuses à la famille. Ces excuses sont nécessaires. Elles ne sont pas suffisantes. Ce qu'attendent les Français, ce que j'attends, ce sont des actes : des postes de magistrats, des greffiers, des moyens matériels à la hauteur de ce qu'on demande à notre justice.

Ce soir, un rassemblement se tient devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône, rue Emiland Menand, à 19 heures, dans le cadre de la mobilisation nationale portée par Mouv'Enfants et de nombreuses associations de protection de l'enfance. Je ne pourrai pas y être présent physiquement : un conseil communautaire du Grand Chalon me retient ce soir. Mais je serai là par la pensée, aux côtés de toutes celles et ceux qui se rassemblent pour Lyhanna, pour toutes les enfants victimes de violences, et pour exiger enfin une justice qui protège vraiment.

À la famille de Lyhanna, j'adresse mes condoléances les plus sincères et ma solidarité sans réserve.


Clément Mugnier
Conseiller municipal de Chalon-sur-Saône
Conseiller communautaire du Grand Chalon