Chalon sur Saône

«Combien de Lyhanna encore ?» : à Chalon-sur-Saône, plus de 500 personnes dénoncent l'impunité des prédateurs sexuels

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 09 Juin 2026 à 14h00

«Combien de Lyhanna encore ?» : à Chalon-sur-Saône, plus de 500 personnes dénoncent l'impunité des prédateurs sexuels

Après le meurtre de la collégienne de 11 ans, la colère s'est invitée devant le tribunal de Chalon-sur-Saône. Retour en images avec Info Chalon.

Une minute de silence, puis cette colère qui ne retombe pas. Lyhanna est la victime de trop. Triste symbole des défaillances de la justice et de la protection de l'enfance. Lundi 8 juin 2026, plus de 500 personnes se sont rassemblées devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône pour rendre hommage à cette collégienne de 11 ans, retrouvée assassinée dans le Gers, et dénoncer un système jugé incapable de protéger les enfants victimes de violences sexuelles. 

Dans une mobilisation nationale organisée dans près de 200 villes, associations, familles et citoyens ont exigé des réponses face à ce qu'ils considèrent comme un échec collectif de la justice et des pouvoirs publics.

Dans notre ville, les participants ont brandi de nombreuses pancartes portant des messages explicites : «En France, on croit plus les violeurs que les enfants et les mamans», «Après l'émotion, l'action», «Protégeons nos enfants», «Combien de femmes et d'enfants faudra-t-il encore sacrifier ?» ou tout simplement «Justice pour Lyhanna». Plusieurs personnes ont également appelé à la démission du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, estimant que les pouvoirs publics n'avaient pas su répondre à la gravité des faits.

Des représentants d'associations de défense des femmes et des enfants ont rappelé qu'ils menaient un «même combat» contre les «violences masculines» et contre «un système qui protège davantage les agresseurs que les victimes».

L'émotion est d'autant plus forte que le principal suspect du meurtre de la jeune fille, Jérôme Barella, avait déjà fait l'objet de plusieurs signalements et procédures judiciaires, dont deux pour des faits de viols sur mineurs. Le corps de Lyhanna avait été retrouvé jeudi dernier dans un ancien silo à grain désaffecté situé entre Mirepoix et Puycasquier (Gers), une semaine après sa disparition.

Le fait que ces antécédents ainsi que des plaintes plus récentes n'aient pas été pris en compte dans le suivi du suspect par les services de police et de justice a provoqué une vive émotion dans tout le pays et relancé le débat sur la protection des enfants victimes de violences sexuelles.

Parmi les prises de parole, celle de Jean-Pierre Thielland du Collectif Enfantiste, a particulièrement marqué les participants. Selon lui, position partagée par de nombreuses personnes interrogées, «le meurtre de Lyhanna met en évidence l'incapacité de notre système judiciaire à protéger les enfants des prédateurs pédocriminels et criminels». Il a dénoncé des défaillances qui dépassent le seul cadre judiciaire et interrogent «notre société dans son intégralité».

L'intervenant a rappelé qu'une plainte visant le principal suspect, déposée dix mois auparavant par une fillette de 10 ans et accompagnée d'examens médico-légaux, n'avait pas conduit à son placement en détention. «Le suspect est resté libre. Libre d'agresser tous les enfants de son entourage sans qu'aucune institution ni adulte ne soit en capacité de les protéger», a-t-il déclaré devant la foule.

Jean-Pierre Thielland a également dénoncé ce qu'il considère comme une défaillance systémique dans le traitement des violences sexuelles. Citant les travaux du Collectif Féministe contre le Viol, il a rappelé que les victimes se heurtent encore fréquemment à des refus de plainte, à la minimisation des faits ou à des orientations vers de simples mains courantes. «Ces pratiques ne sont ni marginales ni anecdotiques. Elles s'inscrivent dans une culture institutionnelle qui continue de produire du doute à l'égard des victimes et de la protection à l'égard des agresseurs», a-t-il affirmé.

Évoquant les chiffres des violences sexuelles sur mineurs, il a rappelé que «160 000 enfants sont agressés sexuellement chaque année en France» et que seules 3 % des plaintes pour viols sur mineurs aboutissent à une condamnation. Pour lui, «l'impunité est quasi totale et permet à ces violences de se poursuivre».

Le représentant du Collectif Enfantiste a appelé à «un sursaut majeur» et à «une révolution de la protection de l'enfance», estimant que l'affaire Lyhanna ne devait pas devenir «un fait divers de plus». Il a plaidé pour «le passage d'une société du doute, du déni et de l'évitement à une société de protection absolue des enfants», accordant une place centrale à la parole de l'enfant.

Enfin, il a mis en cause le gouvernement pour son manque d'action en matière de protection de l'enfance et demandé la mise en œuvre des recommandations de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE). Il a notamment réclamé une loi intégrale contre les violences faites aux enfants, assortie de moyens suffisants, l'imprescriptibilité des crimes commis sur mineurs ainsi que la création d'un Conseil de victimes et de survivants afin que la lutte contre ces violences demeure une priorité politique permanente.

Face à cette situation, le ministre de la Justice a appelé lundi à une «mobilisation générale» des magistrats afin de faire toute la lumière sur les défaillances «extrêmement graves» révélées par cette affaire. De son côté, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, réunit plusieurs ministres ce mardi afin d'examiner de nouvelles mesures législatives destinées à renforcer la protection de l'enfance et à accélérer l'adoption de textes relatifs aux violences sexistes et sexuelles.

Après une vibrante Marseillaise reprise par bon nombre de participants à ce rassemblement, Pierre Laine, enseignant et ancien représentant de Sud-Solidaires, a pris la parole. Ce dernier dénonce les inégalités de traitement et que sur 7900 magistrats, seulement 9 blâmes en 10 ans. Un dernier moment de recueillement et de détermination pour des manifestants qui ont affirmé vouloir poursuivre le combat afin que de tels drames ne se reproduisent plus

À Chalon-sur-Saône, la mobilisation s'est achevée peu après 19 heures 45.

Au terme d'un rassemblement empreint d'émotion, de colère et de détermination, les manifestants ont quitté les lieux avec la conviction que l'affaire Lyhanna ne doit pas être un drame de plus rapidement oublié. Derrière les hommages et les slogans, un même message a résonné tout au long de ce début de soirée : protéger les enfants doit devenir une priorité absolue. Pour les associations présentes, la mobilisation ne fait que commencer.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati