Chalon sur Saône

Comme un chien dans un jeu de quilles avec la pièce un poil iconoclaste "Entrez sans frapper"

Lorsque quelqu’un s’invite à votre domicile sans crier gare, à plus forte raison quand il s’agit d’un rebut de la société, et qu’ensuite la perturbation engendrée donne naissance à des quiproquos ainsi qu’à une subversion de l’existant, alors vous entrez de plain-pied dans la comédie « Entrez sans frapper », jouée ce samedi soir à Chalon-sur-Saône, salle Marcel-Sembat. Une production du Théâtre lyonnais Comédie Odéon.

Un drôle d’olibrius qui arrive comme un cheveu dans la soupe et chamboule tout

Isabelle (Romy Chenelat) et Philippe (Yohan Genin) forment à la ville un couple bien sous tous rapports. Elle est écrivain (les romans noirs constituent sa cible préférée), et lui, psychanalyste. Vraiment pas de quoi, à l’examen de leurs situations respectives, fulminer après les ratés d’une existence acharnée à pourrir leurs activités journalières, ou seulement en demi-teinte. Mais madame, volontiers emportée et à bout de nerfs, ne fait point mystère du bât qui blesse. L’aspect trop lisse de cette vie à deux  l’insupporte, contrairement à son mari, très carré, rationnel et « arrondisseur d’angles ».

Bingo ! Ne voilà-t-il pas que Daniel (Lionel Buisson), dit Dany la Charogne, un tout jeune ex-détenu débarque à l’improviste le jour de sa libération chez les tourtereaux en mal de pied d’égalité quant à leur façon d’appréhender leurs interactions. Bourru, direct, lourdaud, ours mal léché, bref brut de décoffrage, l’ancien prisonnier, qui était bibliothécaire dans la prison de Strasbourg, entretenait une correspondance d’ordre culturel avec la maîtresse du logis. Ce qui, avouons-le, forge un trait d’union à même de fournir de la matière d’entrée de jeu, surtout que l’importun a pris d’emblée possession des lieux en se révélant indécrottable et inexpulsable ! Par nature très encline à l’élaboration d’écrits quelque peu fantasmagoriques, Isabelle voit là une occasion en or de s’incruster pour de vrai dans une histoire peu commune, pimentant de surcroît la fadeur quotidienne qu’elle exècre en lui faisant de manière figurée un bras d’honneur.

Saisissant la balle au vol, prend-elle la défense de l’intrusif personnage, provoquant incompréhension et courroux de la part de son conjoint. La tournure des événements se teintera alors de sous-entendus, de références musicales à Johnny le Taulier dont Dany est un admirateur, de réappropriation de virilité triomphante et dépouillée de chichis…dans ce qui est ni plus ni moins qu’une prise d’otages dans un appartement. Et si Dany la Charogne faisait l’objet in fine d’un livre, vu que ce qu’il a dans le ciboulot sort infailliblement de l’ordinaire ?

                                                                                                                      Michel Poiriault

                                                                                                                     [email protected]doo.fr    

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