Elan Chalon

ELAN CHALON - Dominique Juillot affiche "l’envie de retrouver des standards élevés" à Chalon sur Saône

Président de l’Elan Chalon depuis 1993, Dominique Juillot profite d’une intersaison hors norme pour faire le point sur le passé récent tout en se projetant sur un avenir qui devrait voir les locataires du Colisée revenir à des valeurs plus en rapport avec l’histoire du club. Interview pour info-chalon.com

Au-delà de l’aspect sanitaire de la crise généré par le covid-19, il y a pour bon nombre d’entreprises de réelles conséquences économiques. Qu’en est-il pour l’Elan ?

Nous avons été privés de revenus pendant trois mois et demi, c’est-à-dire de mi-mars à fin juin. Heureusement pour nous, nos partenaires, nos abonnés et nos collectivités nous ont soutenu. Il n’y a eu que très peu de demandes de remboursement alors qu’ils auraient pu légitimement le faire. Cela prouve leur attachement au club. Et s’ils l’avaient fait, je pense que nous ne nous en serions pas relevé. Nous avons dû, comme beaucoup d’entreprises, avoir recours au chômage partiel et avons emprunté pour compenser la perte de chiffre d’affaires. Au final, nous aurons un déficit que je peux qualifier d’acceptable. Cela nous oblige toutefois à envisager une augmentation de capital.

Pourriez-vous nous éclairer quant à l’augmentation de capital ?

Et bien, nos actionnaires actuels, privés ou publics, seront sollicités pour accompagner le club dans le cadre d’une augmentation de capital afin de permettre à l’Elan de ne pas être freiné dans son développement futur par cette crise sanitaire que nous sommes en train de vivre. Mais nous sommes également ouverts à l’arrivée de nouveaux partenaires. Nous espérons ainsi lever environ 500.000 €. Il faut savoir qu’aujourd’hui nos capitaux propres s’élèvent à quelques 480.000 €. Notre situation financière est parfaitement saine. Le plus important est que nous ne soyons jamais tributaires des résultats sportifs en matière financière.

Vous qui êtes président de l’Elan depuis près de trois décennies avez forcément pensé à votre prochaine succession.

A terme, je souhaite me retirer de la gestion opérationnelle. Mais sans abandonner le club bien sûr. Je devais le faire cette année mais cela a été repoussé étant donné la situation. Je suis en pleine réflexion quant au futur et à ma succession. Cela peut être une personne qui prendra ma place dans le même état d’esprit, celui de servir ce projet sportif qui perdure depuis longtemps et sans y chercher un intérêt personnel quel qu’il soit. Car l’Elan est un bien commun qui, aujourd’hui, appartient à son territoire, à ses supporters, à ses partenaires, aux collectivités. Et j’ai toujours milité pour garder ces équilibres. Il y a également la possibilité qu’un investisseur rachète le club car l’Elan a une valeur et peut intéresser dans la mouvance sportive actuelle. Il faudra simplement s’assurer de la solvabilité, bien évidemment, de l’investisseur. Mais aussi connaitre son projet à long terme car il y a beaucoup d’exemples malheureux dans ce domaine. Et puis il y a également la solution d’une gouvernance par le biais d’un directoire composé de personnalités motivées et désintéressées qui confient la gestion quotidienne à un président directeur général pour l’opérationnel. Il y a donc plusieurs scénarii envisageables. Mais, en tout cas, à 66 ans, j’aspire à prendre un peu de recul.

Quel que soit le sport, il est habituel de dire qu’il ne faut jamais faire revenir dans un club quelqu’un qui a connu le succès. Or, vous avez acté le retour de Philippe Hervé. Des regrets ?

Je m’étais, en effet, posé cette question du retour de Philippe Hervé qui a contribué à faire grandir l’Elan. Il y avait une vraie crainte. Mais nous sortions de trois saisons difficiles. Il y avait une perte de nos valeurs. Et mes relations avec Jean-Denis Choulet étaient compliquées Par conséquent, suite à son départ, j’aspirais à retrouver quelqu’un qui soit attaché au club, au territoire, dépositaire de certaines valeurs. Mais force est de reconnaître que le retour de Philippe Hervé – dont j’ai tout de suite perçu et lui aussi qu’il n’était pas partagé par le plus grand nombre – a été une erreur. Ce fut un échec pour Philippe Hervé et pour Dominique Juillot.

Justement, on a l’impression que ces dernières années, le club – et plus largement le basket pro – a perdu une partie de son âme, de ses valeurs.

Pour moi, le sport, c’est une aventure humaine. Je ne veux pas devenir un organisateur de spectacle. Je veux créer des émotions aux gens. Sans rapport humain, il n’y a pas d’émotion. Le sport n’est pas, à mes yeux, une marchandise. C’est un point de désaccord que j’ai, par exemple, avec la Ligue Nationale de Basket qui prend essentiellement en compte l’aspect marchand de notre sport pour son développement. Ce qui a été amplifié par la crise que nous venons de connaître. Si le sport devient une simple marchandise, alors je ne serai plus acteur de ce sport.

Force est de constater qu’après avoir sorti bon nombre de jeunes joueurs qui ont, par exemple, atteint la NBA et/ou l’équipe de France, la formation chalonnaise est nettement moins performante ces dernières saisons.

Notre politique de formation n’a pas changé, c’est le monde qui a changé. Le marché des jeunes est plus compliqué à maîtriser. Nous avons la concurrence de la NBA, de la NCAA, des grandes agglomérations, des clubs étrangers. Mais aussi de l’INSEP et, depuis peu, du centre de Tony Parker. Nous sommes aussi de moins en moins protégés par les règlements. Le moindre joueur de 15 ans dispose d’un agent. Cela devient compliqué. Et la famille pousse aussi les joueurs à prendre telle ou telle décision, pas forcément la plus judicieuse pour son avenir. Il faut aussi avouer que notre coach, ces dernières années, était, de par sa philosophie, moins tourné vers les jeunes mais plus vers les Américains, les étrangers. L’une de nos erreurs lors de la saison 2019-2020 a été d’introduire trop de jeunes joueurs à la fois en Pro A. Néanmoins, nous allons continuer d’accentuer nos efforts en direction des jeunes. Nos performances futures passent obligatoirement par la formation.

Comment envisagez-vous la prochaine saison et les années à venir ?

Nous sommes contents d’avoir avec nous Julien Espinosa. Nous le suivions depuis très longtemps. Il était même venu en début de saison faire un stage chez nous pour apprendre auprès de Philippe Hervé, clin d’œil de l’histoire !!! Lors de la saison à venir, quitte à aller un peu au-delà de nos moyens, nous allons tout faire pour avoir l’équipe la plus compétitive possible afin de retrouver nos standards. L’ambition est notamment de retrouver les play-offs et la Coupe d’Europe. Il faut nous montrer ambitieux dans cette période incertaine et surtout faire en sorte de ne pas rejouer une nouvelle fois la descente. Nous allons également miser sur des jeunes joueurs prêtés afin de les aguerrir pour le futur.

N’avez-vous pas l’impression que bon nombre de joueurs ne sont que de passage à Chalon et ne sont pas franchement attachés au maillot ?

L’état d’esprit a beaucoup changé ces dernières années. Tous les pays jouent au basket et sont susceptibles d’attirer les joueurs. Ici en, Chine, là à Porto Rico. Le monde entier leur est ouvert. Le club doit retrouver une notoriété pour séduire les joueurs. Et que ceux-ci se disent qu’en venant à Chalon, ils vont augmenter leur exposition et donc leur valeur.

A l’image de certains clubs, songez-vous à faire revenir en votre sein un joueur emblématique à un poste décisionnel ?

Nous avions fait un peu cela avec Crawford Palmer. Mais l’expérience a tourné court avec Jean-Denis Choulet. Néanmoins, je pense qu’avoir un directeur sportif serait une bonne chose pour nous. Reste à trouver ce joueur ou cette personne ayant marqué notre club durant son passage. Et il y en a d’anciens grands joueurs !!!

Régis Gaillard 

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