Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Ils ont une trentaine d’années, ils ont eu deux enfants, ils se sont aimés et ils y ont cru...

.... la maison, les enfants, leur avenir, leur couple. Ils y ont cru, mais patatras. Ils se sont séparés, il vit à Chalon, elle reste dans la maison, vers Tournus. Le 28 mai à 4 heures du matin il débarque... Il est jugé ce mardi 2 juin en comparution immédiate, du centre pénitentiaire, en visioconférence.

Il dit fortement son attachement à son épouse « si fort, qu’il est devenu toxique ». Elle, « en état de choc », explique son conseil, maître Grenier-Guignard, « ne veut plus qu’une chose, qu’il la laisse tranquille ». Plus il parle fort, avec assurance, plus le petit tas de kleenex augmente sur une des chaises réservées aux victimes. « Je vais te défigurer à l’acide, je vais t’enlever les dents, je vais repeindre les murs avec ton sang ». Les menaces de morts, terrifiantes, glaçantes. Il a beau jeu de dire qu’il voulait « juste lui faire peur ».

Il menace de mettre le feu à toute la maison

Lui faire peur ? Quatre heures du matin, elle est seule avec les deux enfants, il vocifère et exige puis devant le refus qu’elle lui oppose, il va chercher un marteau et frappe les volets, il va chercher le jerricane d’essence réservé à la tondeuse à gazon, il en verse le contenu sur un des volets, il menace de mettre le feu à toute la maison. Lui faire peur... elle est bouleversée, elle fut terrifiée.

Des insultes

 « Violence terrible », acte Christel Diez, substitut du procureur. « Les insultes de pute et de chienne ?... Il n’a pas vraiment de filtre. Et cette victime qui dit ‘j’ai peur qu’il me tue’, et ça peut se terminer ainsi, 150 femmes sont mortes déjà. » La procureur requiert 18 mois de prison (son casier est vierge) dont 6 mois assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligation de soins et interdiction de contact.

« Jusqu’à 20 joints par jour pendant le confinement »

« Quand une relation en arrive là, la toxicité était là depuis longtemps. Il se tue à la tâche pour subvenir aux besoins de sa famille, et finalement, à cause de sa fatigue mais aussi de sa consommation de stupéfiants, il se dirige lentement mais sûrement, comme un pneu qui se dégonfle, dans la dépression, puis dans l’explosion de colère, contre sa conjointe », plaide maître Marceau. Les stupéfiants : le prévenu fut toxicomane au crack et à l’héroïne au cours de son adolescence, puis n’a plus pris que du cannabis, dit-il. Jusqu’à 20 joints par jour pendant le confinement, et puis l’alcool.

« Ils ont cherché tous les deux à faire quelque chose de bien de leur vie »

« Ils ont cherché tous les deux à faire quelque chose de bien de leur vie, dit Maître Grenier-Guignard, mais... » Mais ça s’est sévèrement dégradé. « Lui, jaloux, commence à boire. C’est lui qui a eu une liaison en novembre 2019, et il s’est fait interner. Mais il demande des comptes à sa femme. Parce qu’il est l’homme ? Parce qu’il gagne bien sa vie ? » L’avocate évoque l’audition de leur petit garçon, âgé de 10 ans, qui a corroboré les scènes tout en précisant bien ne rien craindre pour lui-même, « vous imaginez la violence pour lui ? ».

Leurs détresses

Le président Dufour se montre très attentif au contexte, interroge la victime, laquelle répond par des signes de tête, alors que le prévenu renifle à grands traits. Leurs détresses.
Lui, rivé sur ses enfants, « il travaille jusqu’à 50 heures par semaine pour leur assurer un bon niveau de vie ». Elle, cette nuit-là, enfermée dans la maison qu’il menaçait de détruire par le feu. Leurs détresses, et, désormais, tout ce qui les sépare. Maître Marceau prend le temps de plaider, de développer que, certes, rien ne saurait exonérer son client de sa responsabilité mais qu’en même temps l’histoire d’une relation se fait à deux et qu’on ne peut pas lui ôter le courage et la volonté qu’il a mis au service de sa famille. Ils y ont cru. Patatras.

Deux ans sous main de justice

Le tribunal déclare le prévenu coupable, et le condamne à une peine de 7 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, avec une obligation de soins et l’interdiction de paraître au domicile de la mère, interdiction de contact avec elle. Le tribunal ordonne l’exécution provisoire, « ces interdictions s’appliquent dès ce soir, monsieur ».
Madame avait saisi un juge aux affaires familiales en mars : fini de s’arranger entre soi, un tiers va fixer des cadres, pour permettre à chacun de vivre.

« Je me suis fait interner, parce que je veux pas être cet homme-là », expliquait le jeune homme.

Florence Saint-Arroman

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