Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Pickpocket, il n'aura pas été plus loin que Louhans

« J’étais parti en Algérie, en revenant je me suis retrouvé ici. J’avais plus d’essence, alors je suis sorti de l’autoroute. »

« Je vous jure, je ne rentre pas dans le magasin pour voler, mais quand je vois un portefeuille c’est plus fort que moi. » Info ? Intox ? L’audience de comparution immédiate de ce jeudi 9 juillet rame à  éclaircir ce point, parce que le prévenu envoie des messages contradictoires. Plusieurs éléments, toutefois, permettent de se faire un avis. Il a 62 ans, il vit à Reims, il est marié à une femme qui répond aux enquêteurs qu’elle a divorcé, tant les histoires de son époux lui enquiquinent la vie.

Vols dans les sacs à main

Il a été arrêté à Louhans. Son véhicule avait été repéré, les gendarmes l’ont retrouvé. « J’étais parti en Algérie, en revenant je me suis retrouvé ici. J’avais plus d’essence, alors je suis sorti de l’autoroute. » Pour lui, c’est logique. Il dira plus loin qu’il n’avait plus de carte bleue pour quelques jours. Ah. C’est ainsi que le 6 juillet il vole, à l’intérieur du supermarché Leclerc, deux femmes. Deux femmes plus âgées que lui, ses victimes sont ciblées.

« Votre agilité est particulièrement frappante »

Non que ces femmes soient négligentes, laissent traîner leurs sacs. C’est plutôt qu’il maîtrise son art. « Votre agilité est particulièrement frappante », lui répète la présidente Catala. Elle le répète parce que son mode opératoire évoque celui d’un pickpocket rompu à l’exercice, davantage qu’à celui d’un kleptomane qui fauche ce qu’il peut, mu par une pulsion irrépressible. C’est d’ailleurs son mode opératoire qui a permis de dresser son profil : il va presque au contact de sa cible, glisse sa main dans le sac, en sort le portefeuille, les victimes ne s’aperçoivent de rien. Il est du coup également jugé pour des faits du 30 décembre dernier. A l’Intermarché de  Gourdon (Lot) il a piqué un portefeuille, à une femme plus âgée que lui, as usual.

« Vous êtes accro aux jeux, et peut-être un peu accro au vol, non ? »

A Louhans, il a ensuite essayé de se servir des CB des victimes, en vain, faute d’avoir le code. Il est en préretraite, « mais travaille encore un peu pour financer son addiction aux jeux à gratter » explique maître Marceau. « Vous êtes accro aux jeux, et peut-être un peu accro au vol, non ? » le provoque légèrement la présidente. Il ne se laisse pas hameçonner, tout en plaidant la kleptomanie. C’est pas les contradictions qui l’étouffent. « 16 condamnations à votre casier, entre 1989 et 2019, toutes pour vols, recel, escroqueries, et une conduite sous l’empire de l’alcool. » Il fut jugé à Charleville-Mézières, à Paris, à Thionville, c’est un voyageur.

« Il dit des mensonges »

Avec tout ça, il pense avoir passé une dizaine d’années en prison. Dans les portefeuilles, un peu d’argent en numéraire, il l’a joué. Pour le ministère public tout est limpide : « Il dit des mensonges. Il se dit kleptomane mais ses méthodes, son agilité, disent autre chose. Il agit en état de récidive légale (ce qui double la peine encourue). » Mathilde Kara-Mitcho requiert une peine de 30 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, avec des soins, une interdiction de Saône-et-Loire, « vous prendrez une autre route pour revenir de Marseille ». Maintien en détention.

« Sur l’échelle de la gravité on est dans la chienlit, mais »

Maître Marceau plaide l’absence de logique : il est adulte, il vole, on le condamne, et il recommence, toujours. Il n’est pas dans le besoin. Il se fait prendre souvent. Donc pourquoi vole-t-il ? « Deux ans ferme pour 3 portefeuilles … Sur l’échelle de la gravité on est dans la chienlit, parce que faire refaire ses papiers, etc., c’est très pénible, long. Mais quand même… »

18 mois ferme puis 2 ans sous main de justice

Le tribunal condamne l’itinérant à 30 mois de prison ferme dont 12 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligation de soins, d’indemniser les victimes (500 euros, 300 euros, 600 euros). Interdiction de paraître en Saône-et-Loire, interdiction de tous jeux de hasard et de paris.

La présidente lui explique la peine. « D’abord la prison puis un suivi renforcé, pluridisciplinaire pour vous accompagner sur votre sortie de détention. » Il refuse de signer les papiers qu’on lui présente, qui fixent le cadre du sursis probatoire. Ça ne change rien du tout à l’effectivité de la peine, mais ça signe sa position.

Florence Saint-Arroman

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