Cinéma
Projection de « Cobain – Montage Of Heck » - Retour sur une soirée chargée d’émotion à Chalon
Publié le 06 Mai 2015 à 09h04
Lundi soir, « Cobain – Montage Of Heck », documentaire consacré au chanteur de Nirvana, décédé en avril 1994, était projeté simultanément dans de très nombreux cinémas de France et de Navarre. Un évènement qui, à l’Axel, a aussi bien réuni d’ « anciens combattants » du mouvement grunge [1] que de plus jeunes spectateurs, vraisemblablement nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue. Retour sur une soirée chargée d’émotion.
On n’imagine pas forcément tout l’immense travail qu’a du fournir le très expressif réalisateur de Cobain – Montage of Keck [2] – Brett Morgen –, pour accoucher du passionnant documentaire qui a captivé ce lundi 4 mai le large public présent à l’Axel pour voir ce qui n’est ni plus ni moins qu’un émouvant portrait, sans concessions, de celui qui fut le porte-parole malgré lui de toute une génération, que quelques doctes ont cru bon de baptiser « X ».
Et pourtant, du boulot, Brett Morgen en a assurément abattu. L’autorisation d’accéder aux archives personnelles du chanteur obtenue, celui-ci les a méticuleusement épluchées, au sein même du garde-meubles qui les contenait, sous une lumière atomique. Ils les a consultées une à une, de bout en bout, avant d’écrire, en quelques heures, le scénario d’un documentaire bien rythmé qui, s’il n’est sans doute pas « le plus intime de tous les temps », comme l’a écrit je ne sais quel plumitif « branchouille » du magazine Rolling Stone, est probablement le plus sûr moyen d’accéder à ce que fut Kurt Cobain : un être hyper-sensible, torturé, prodigieusement talentueux, doublé d’une incroyable bête de scène, à l’énergie communicative, dévorante.
Grâce au documentaire de Brett Morgen, une fenêtre s’ouvre littéralement sur la vie d’un américain « ordinaire » du Nord des Etats-Unis, fondamentalement ravagé par le divorce de ses parents, à une époque où se séparer ne se faisait pas. Un être tourmenté dont on ressent plus la souffrance personnelle qu’on ne la devine, grâce au travail d’orfèvre de Morgen. Au fil des minutes qui s’écoulent, on perçoit avec une rare acuité comment cette dernière a fait de lui un artiste à multiples facettes, dont certaines demeurent encore largement méconnues. Car Kurt Cobain n’était pas qu’un musicien et un interprète talentueux. C’était aussi, et tout l’intérêt du documentaire de Brett Morgen est de le rappeler, un dessinateur et un peintre dont les œuvres torturées continuent, vingt ans plus tard, de prendre à la gorge celui qui les observe. C’était également un poète, ce qu’illustrent les nombreux cahiers et carnets noircis des fulgurantes pensées de Cobain, du moment où il se met à créer jusqu’à ses derniers jours. Des pensées qu’il semblait vomir. Des pensées croquant un mal-être insondable. Ce mal-être symptomatique de toute une génération, qu’il a incarné et exprimé mieux quiconque. Au point de devenir ce fameux porte-parole malgré lui de toute une génération, comme put l’être, en France, à une époque elle aussi révolue, le trop tôt disparu Arthur Rimbaud.
Avec ce documentaire, Brett Morgen fait bien plus que rendre un hommage à Cobain, il nous fait découvrir un artiste intempestif, révolté, politiquement structuré, contempteur féroce des rapports traditionnels entre femmes et hommes, défenseur de tous ceux que nos sociétés rejettent parce qu’ils paraissent « différents ». Un artiste qui n’a malheureusement pas résisté à la pulsion de mort qui l’agitait : cette envie de chaque instant qu’il avait de se battre pour ne pas obtenir tout ce qu’il désirait vraiment, son inclinaison « naturelle » à l’autodestruction. Un constat sur lequel tombent d’accord les témoins interrogés par Brett Morgen pour mettre en perspective la vie de Cobain, c'est-à-dire les proches du chanteur : son père, sa mère, sa belle-mère, une ancienne petite amie, Kris Novoselic (bassiste de Nirvana et ami personnel), son épouse Courney, qui a partagé avec lui les dernières années de sa vie, notamment sa descente aux enfers, dans les bras d’une maîtresse à laquelle on n’échappe pas : dame héroïne.
Un documentaire à voir et, sans doute, à revoir encore.
S.P.A.B.
Illustration : Kurt Cobain
[1] Lire l’article d’Info-Chalon consacré à l’émergence de ce mouvement :
[2] 2015. Durée : 2 h 25
Bande-annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19552545&cfilm=234282.html
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