Chalon sur Saône

Nouvelles expositions temporaires au Musée Niépce : Sylvain Besson, Directeur des collections du musée répond aux questions d'info-chalon

Nouvelles expositions temporaires au Musée Niépce : Sylvain Besson, Directeur des collections du musée répond aux questions d'info-chalon

Le musée, situé 28 quai des Messageries à Chalon-sur-Saône, propose jusqu'au 17 septembre deux expositions à découvrir absolument cet été : 'My Own Space' de la photographe Kate Barry et 'Erased' de Bertrand Meunier.

Sylvain, vous êtes commissaire de ces deux expositions faites à partir du fonds du musée, l'une étant un don, l'autre un dépôt. Pouvez-vous nous expliquer comment cela fonctionne-t-il ?

À chaque photographe, une solution sur mesure. Pour ces deux photographes, la situation est très différente, effectivement. Kate Barry est décédée en 2013. La famille et ses agents cherchaient un « point de chute » patrimonial à son œuvre, de manière qu’il soit protégé juridiquement et puisse être valorisé. Le Code du Patrimoine est très clair, toute œuvre acquise par don ou par achat par un musée devient inaliénable, insaisissable et imprescriptible. Il n’y a pas de meilleure protection pour garantir la pérennité d’une œuvre. 

Bertrand Meunier est toujours actif et produit encore. Il est très difficile pour un auteur de se séparer de son fonds d’atelier alors qu’il l’abonde toujours. Cependant, pour préparer l’exposition, pour laquelle nous avons revisité toute l’archive, il était nécessaire de déplacer le fonds au musée. La convention de dépôt contractualise les obligations de chacun et fixe les limites de ce que chacun peut faire ou demander. Le fonds appartient toujours à l’auteur, qui peut le reprendre au terme de la convention. Pour sa part, le musée ne va pas reconditionner, aux frais du contribuable, un bien privé mais va procéder aux opérations nécessaires aux projets communs, ici l’exposition et son catalogue. Le dépôt est perçu par les photographes et nous-mêmes comme une étape intermédiaire. Confier son œuvre à une institution repose sur la confiance ; le dépôt permet de construire cette confiance. Au fil des années, les fonds de photographes déposés au musée ont finalement tous rejoint la collection du musée.

Plusieurs fonds de photographes sont actuellement déposés au musée, principalement ceux de photographes toujours actifs, ce qui donne à tous (au musée comme aux photographes) une plus grande souplesse au quotidien. Depuis 2009, et la donation du fonds de Peter Knapp, le musée conserve, en don ou en dépôt, près d’une quarantaine de fonds de photographes.

Les photographies qui composent ces deux expositions sont entrées dans le fonds du musée la même année ; était-ce une volonté de votre part de les présenter simultanément, ou bien une coïncidence ?

Pur hasard ! Nous avons entrepris en 2021 un travail de longue haleine autour des photographies de Bertrand Meunier réalisées en Chine. Nous avons numérisé les 3500 planches contacts et construit l’exposition avec lui, à partir de ces fichiers, en échangeant constamment pour créer un corpus représentatif de son œuvre, symptomatique des évolutions de la société chinoise durant ces vingt ans de photographies, significatif de son style et de son regard. Nous étions prêts pour 2023.

Concernant Kate Barry, il se trouve que 2023 marque les dix ans de son décès. Après deux années d’inventaire et d’étude du fonds, il nous a semblé important de lui rendre hommage à l’occasion de cet anniversaire. 

La répartition des six expositions dans l’année fut le fruit de nos réunions régulières, qui tendent à proposer une programmation cohérente tout au long de l’année. Pour aboutir à ce que cet été, pour la première fois, les deux expositions qui ouvrent en même temps soient consacrées à des photographes dont nous conservons le fonds plein et entier.

Concernant l'exposition 'Erased', vous partagez le commissariat avec le photographe qui vous a confié son fonds. Comment s'est passée cette collaboration ?

De manière très fluide. Bertrand Meunier fait partie du collectif Tendance Floue et a l’habitude du regard des autres sur son travail et de collaborer avec des tiers. Nous avons eu des échanges fluides et constructifs autour de ses planches-contacts. Durant un an et demi, nous avons regardé en détail tous ses clichés de Chine, chacun de notre côté, parfois ensemble dans la même pièce. Une fois ce repérage achevé, nous nous sommes enfermés trois jours pour mettre en commun nos sélections, confronter nos regards (celui d’un photographe, celui d’un directeur des collections de musée) pour réduire, choisir et aboutir au corpus de l’exposition ainsi que celui du livre. J’avais sélectionné 1300 photographies, Bertrand Meunier 930. L’exposition présente au final 113 photographies.

Qu'avez-vous voulu mettre en avant pour l'exposition 'My Own Space' de Kate Barry ?

Kate Barry est photographe, avant d’être « la fille de » ou « la sœur de ». Toujours dans les discussions, la personnalité et l’importance de son travail sont minorées, pour le moins. Pourtant, elle est photographe. La volumétrie, déjà, installe son fonds comme un des plus importants du musée. La diversité des sujets et des commanditaires témoigne de son activité et de son goût pour son métier de photographe. Les échanges avec ses assistants et ses agents ont confirmé la singularité de son œuvre, qui fait que lorsque l’on ouvre un magazine où elle a publié, ses photographies sont reconnaissables et se distinguent des autres sans que l’on ait à vérifier les crédits. L’exposition montre la diversité de ses travaux de commande et ceux plus personnels : la mode pour Elle, Milk, Vogue, etc., la publicité pour Comptoir des Cotonniers ou La Redoute, ses paysages mélancoliques faits d’herbes folles ou de béton en ruines, les portraits des ouvriers de Rungis, etc. Plutôt que de tomber dans la facilité et de présenter ses photographies iconiques (les portraits de célébrités) ou mettre en avant sa famille, le propos est de montrer au contraire la richesse de sa carrière et les caractéristiques esthétiques de son œuvre.

Un petit avant-goût de ce qui va se passer après le 17 septembre ?

Après le 17 septembre, le musée Nicéphore Niépce entre dans une phase active d’activité. L’exposition de Bertrand Meunier circule et sera présentée au musée de la Photographie de Charleroi. Les équipes vont préparer ce transport (constat d’état, emballage). Une fois les deux expositions démontées, il sera temps d’installer les deux prochaines expositions qui ouvriront en octobre : trous rebouchés, cimaises déplacées puis repeintes, accrochage de nouvelles œuvres. Les expositions d’octobre proposeront deux photographes très différents : Stéphane Lagoutte et Baptiste Rabichon. Depuis 10 ans, Stéphane Lagoutte documente Beyrouth et interroge les différentes strates de l’histoire récente du Liban. Quand Baptiste Rabichon utilise de multiples techniques photographiques pour questionner notre rapport compulsif et obsessionnel à l’image.

SBR