Faits divers
TRIBUNAL DE CHALON - « Voir son visage est plus efficace qu’une plaidoirie »
Par FSA
Publié le 13 Septembre 2024 à 06h42
« A l’hôpital, on ne l’a pas allongée sur le dos de peur qu’elle se noie dans son propre sang » dit l’avocat. La femme en question est à l’audience, un tiers du visage noir et enflé, le nez fracturé. L’agresseur est dans le box.
Pour autant cette femme-là n’est pas la compagne du prévenu, non. Elle est en couple avec un ami du prévenu. Ce 10 septembre, l’homme et sa conjointe s’étaient invités chez ce couple d’amis. Ils ont dîné ensemble et bu du rhum. Un échauffement, un désaccord, on est bourré, on s’énerve. Il parvient à fracasser le visage de son hôtesse en passant par-dessus l’épaule du compagnon de celle-ci. 6 jours d’ITT en trois coups de poing.
Puis il tabasse sa propre compagne
Il rentre chez lui avec sa femme, laquelle a un mot malheureux (il était question du père de monsieur et du mot « honte ») qui le pique au vif. Il se jette sur elle. La tabasse (7 jours d’ITT). Elle appelle les gendarmes, il est environ deux heures du matin. L’homme est sur place, il reconnaît spontanément un cocktail colère et alcool.
Cette « nuit de cauchemar », il a donné du poing, saoul et éperdu de rage, dans deux villages coincés entre Saint-Eusèbe et Buxy.
Ce lundi 12 septembre à l’audience des comparutions immédiates, l’homme violent est escorté par des gendarmes. Il sort de garde à vue. De nationalité française, il est né en 1983 au Creusot. Il ne cesse de rabattre les pans de sa chemise qui ne tient que par peu de boutons, et il tâche de s’expliquer mais c’est pas simple, ah non.
Encore un « très jaloux »
Il commence par dire que cette relation de couple qu’il a depuis 4 ans, est « toxique » et même « réciproquement toxique », et puis qu’il aurait des choses à raconter mais qu’il ne va pas le faire, qu’il va endosser, tant pis, les conséquences, mais qu’une chose est sûre : « Elle et moi, savons. »
Dont acte. Pour autant le président Marty rapporte que madame a déclaré que le prévenu exerçait une sorte de contrôle sur elle (très jaloux, fouille ses effets personnels) et la dénigre avec constance.
« Relation toxique », soit, mais il a fracassé ce soir-là une autre femme aussi
L’homme, bras croisés sur la poitrine, tient bon : il a lui aussi reçu des coups, « une amie a des photos » mais n’a jamais déposé plainte et n’en dira pas davantage. « Il ne faut plus qu’on se voit. On stagne tous les deux dans cette relation toxique. »
Derechef, soit. Mais une juge assesseur le renvoie aux coups « extrêmement violents » portés aussi sur un tiers, sur une autre femme « dont on voit le visage tuméfié ». « Est-ce que vous regrettez ? – Oui, oui, évidemment. »
« …et puis y a ça qui arrive… C’est pas trop cool. »
A son casier, 6 condamnations dont des violences, une conduite sous l’empire de l’alcool, conduite sous stupéfiants et malgré suspension permis. Il a un enfant, et puis un CAP. Il a monté une microentreprise de petits travaux mais ça ne marche pas. Il prenait de l’héroïne, il est sous méthadone depuis un an. Lui : « Y a des projets en cours, j’ai mon enfant, et puis y a ça qui arrive… C’est pas trop cool. »
« Ce ne sont pas des coups pour se défendre, c’est des coups pour mettre KO »
« Pas cool » : il est bien en dessous de ce que l’audience raconte et que maître Marceau va remettre en 3D. L’avocat intervient pour les victimes dont seule une est présente. « Il suffit de regarder son visage pour réaliser la gravité des violences. Voir son visage est plus efficace qu’une plaidoirie. Puis sa compagne est passée à tabac pour un mot malheureux. Ce ne sont pas des coups pour se défendre, c’est des coups pour mettre KO. L’alcool… est une circonstance aggravante. Et puis il s’est attaqué à deux femmes le même soir. »
« Monsieur a un problème avec la violence »
Ce fait a frappé aussi le procureur : « Monsieur a un problème avec la violence », « faits très inquiétants, une empathie qu’il faut aller chercher », « un réel travail à engager ». Le magistrat requiert une peine de 18 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
Arrivant en fin de cortège, maître Andali fait son possible pour atténuer un peu ce portrait du prévenu, portrait devenu aussi cinglant que les coups portés.
Interdiction de paraître dans les communes de résidence des deux victimes
Le tribunal dit le prévenu coupable et le condamne à la peine de 18 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
Obligations de travailler, de suivre des soins en psychiatrie ou psychologiques, de suivre un stage de sensibilisation à la violence dans le couple, d’indemniser les victimes, de payer le droit fixe de procédure de 127 euros.
Interdiction de paraître dans les communes de résidence des deux victimes, interdiction de tout contact avec elles, interdiction de porter une arme.
Mandat de dépôt pour la partie ferme
Concernant la partie ferme de 12 mois de prison : « au vu de la gravité des coups et de la pluralité des victimes, le tribunal décerne mandat de dépôt. Vous allez suivre l’escorte jusqu’au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand où vous serez incarcéré. »
L’homme ne bronche pas, son regard est devenu minéral.
La victime présente n’a pu, elle, retenir ses larmes en décrivant la douleur, la gêne occasionnée, la dent qui a reculé, le nez à l’avenir incertain, son besoin d’aller travailler alors qu’elle n’a aucune envie que les personnes âgées dont elle s’occupe la voient dans cet état. Les coups attaquent au-delà de la peau et des os.
FSA
Renvoi sur intérêt civil pour chiffrer les préjudices causés aux deux femmes qui présentent toutes deux des blessures pas consolidées à ce jour.
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