Chalon sur Saône

Soirée spéciale pour la Bobine à l'Axel avec "Yema" de Djamila Sahraoui

Etait-ce en raison du sujet du film, ou parce que ce dernier, à l’initiative de l’association La Bobine*, était projeté en présence de Catherine Ruelle, journaliste politique et critique de cinéma, que, jeudi soir à l’Axel, la file d’attente s’étendait jusque devant la permanence parlementaire du député-maire de Chalon-sur-Saône ? Toujours est-il qu’il y avait du monde. Beaucoup de monde. Suffisamment de monde pour que le patron du cinéma, bien que ravi, s’inquiète de pouvoir trouver une place à chacun dans la plus grande salle de l’Axel : celle avec le balcon. Une affluence justifiée ? Le sentiment d’info-Chalon.

« Un an avant la chute du mur de Berlin en novembre 1989, l’Algérie connaît, en octobre 1988, l’effondrement du système du parti unique, qui, avec l’armée, encadrait de manière autoritaire l’ensemble de la société algérienne »**. En effet, l’onde de choc de ce mois d’octobre, durant lequel des manifestations d’enfants et de jeunes protestant contre l’envolée des prix et la pénurie de produits de première nécessité dégénèrent en émeutes, marque la fin d’une époque. « Le séisme est tel que s’organise rapidement le passage au multipartisme. Commence alors une course de vitesse pour savoir qui, d’un ‘’pôle démocrate’’ ou d’un ‘’pôle islamiste’’, peut se substituer au vide laissé par le parti unique FLN »*.

Bien qu’elle connaisse alors un court moment d’euphorie démocratique, l’Algérie s’enfonce rapidement dans la violence quand, à la veille du second tour d’élections législatives qui n’auront jamais lieu, le 11 janvier 1992, l’armée « démissionne » le président Chadli, qui s’apprêtait à cohabiter avec les inéluctables vainqueurs de ce scrutin – les islamistes du FIS -, pour le remplacer par Mohammed Boudiaf, qui meurt assassiné moins de six mois plus tard : le 29 juin 1992. S’installe alors une guerre civile, une « guerre sans nom », qui voit s’entretuer jusqu’aux membres d’une même famille***, dont l’Algérie ne sortira vraiment qu’au milieu des années 2000, grâce à celui qui est encore son président : Abdelaziz Bouteflika.

En mettant en scène Ouardia, une paysanne algérienne qui, revenue dans sa maison pour y enterrer l’un de ses deux fils, officier dans l’armée, se retrouve assignée à résidence par son autre fils, chef d’un maquis islamiste dans les montagnes de Kabylie, surveillée par un jeune maquisard au visage d’archange, c’est cette décennie noire de l’Algérie que Djamila Sharaoui, la réalisatrice, a choisi d’évoquer dans ce film qu’elle a baptisé « Yema » : « mère », en berbère.

A bon escient ? A vrai dire, pas besoin de tergiverser des heures pour l’affirmer. Yema, long-métrage dont la construction s’inspire largement des tragédies des grands auteurs de la Grèce antique, est, en quelques mots, un chef-d’œuvre. Un bijou, qu’il faut absolument voir. Et ceci d’autant plus que Djamila Sahraoui, qui s’est résignée, faute de trouver l’actrice idoine, à jouer le rôle de Ouardia, est bouleversante, criante de vérité.

Ceci exposé, le mieux est encore de juger sur pièce, dès la première occasion.

 

S.P.A.B.

* www.labobine.com ; tel : 06.16.09.01.15 ou courriel : [email protected]

** Benjamin Stora, Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance, La Découverte, coll. « Repères ».

*** Pour aller plus loin, v. AÏT-AOUDIA (Malik), LABAT (Séverine), Algérie, 1988-2000. Autopsie d’une tragédie, La Compagnie des phares et des balises, 2003, 150 mn.

Yema, de Djamila Saharaoui. Durée : 1h 31. Bande-annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19536502&cfilm=210628.html

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