Chalon sur Saône

Femmes à l'Honneur [Portrait 12] - Juliette Nappi : "En réalité, les régressions nous obligent à une lutte constante pour nos droits élémentaires."

Diplômée de l’Ecole du Louvre, Juliette Nappi est fonctionnaire territoriale. Elle agit depuis la fin de ses études dans le domaine patrimonial, accompagnement de restaurateurs d'oeuvres d'art, musées puis monuments historiques. Elle s'est beaucoup intéressée aux questions théoriques qui ont agité l’exercice des métiers de restaurateurs d’œuvres d’art et les conservateurs de biens culturels mais sa curiosité s’est maintenant déplacée, ou élargie, aux questions prégnantes, urgentes et contemporaines touchant directement le quotidien des gens face à l’effondrement de la culture.

Née à Boulogne-Billancourt le 14 septembre 1962, Juliette Nappi a vécu dans la banlieue parisienne, en Seine-Saint-Denis, jusqu’à ses dix-huit ans. Son goût pour les voyages la pousse à faire un stage de formation professionnelle pour devenir réceptionnaire d’hôtel pour les financer. Puis, elle travaille en intérim comme standardiste-télexiste, le plus souvent pour remplacer des employés qui prenaient leur cinquième semaine de congés payés. Après avoir alterné voyages et travail, elle reprend des études artistiques.

Diplômée de l’Ecole du Louvre en 1988, elle travaille avec une restauratrice de peintures qui possédait un laboratoire d’examens et d’analyses d’œuvres d’art et réalisait des expertises pour le tribunal de grande instance de Paris. Puis, avec une équipe de restaurateurs d’œuvres d’art, ils répondent à un appel d’offre du ministère de la culture et de la communication pour mener une recherche sur la restauration de l’art contemporain. Elle effectue ensuite des vacations au Musée du Louvre, au Centre de conservation et de restauration des musées de France avant de s'installer à Chalon-sur-Saône et obtient le master 2 ‘conservation préventive des biens culturels’ à Paris 1, en 2014.

Sur le plan personnel, mariée en 1989, avec Ciro Nappi, napolitain rencontré en Italie du Nord lors d’un séjour au pair, Juliette Nappi donne naissance à deux enfants, une fille Livia (1990) et un garçon Lorenzo (1995). 

Que représente pour vous la journée de la Femme? 

La journée de la femme est indispensable pour rappeler la ou les conditions féminines en France, dans le monde, pour s’arrêter, pour y réfléchir et,malheureusement pour les femmes de mon âge, pour constater la régression de leurs droits et de leur statut.

Au long de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu des inégalités hommes/femmes ?

Les inégalités hommes/femmes sont constantes, malgré la progression du droit. De la répartition des tâches ménagères à la gestion de la famille, en passant par les salaires et les déroulements de carrière, les femmes font toujours face à des inégalités de traitement, à de graves difficultés, et pour certaines, bien trop nombreuses à une violence sans limite. Je travaille dans un environnement très largement féminisé où les salaires sont à priori équitables mais les hommes sont majoritaires dans lespostes techniques et à responsabilité, plus rémunérateurs.

Quelle est votre devise ? Votre philosophie ? 

Même si je considère les réflexions théoriques sur le féminisme et le genre absolument indispensables à l'analyse et la compréhension fine des situations, et le militantisme aussi indispensable que l'air que l'on respire, il faut aussi apprécier quand dénoncer et aller à l'affrontement ou bien prendre ses distances. Car, il y a malgré tout une très grande ambiguïté à relier les mécanismes de domination des femmes avec ceux des minorités alors que nous sommes au moins la moitié de l'humanité.

Pour ce qui est en lien avec cette journée, je ne relève plus les considérations sexistes à mon égard car je considère que mon expérience est suffisamment légitime mais je peux le faire pour défendre des jeunes femmes.

Que défendez-vous?

La liberté pour toutes et surtout de se déterminer par rapport à son propre conditionnement, ses envies et ses besoins. Les luttes féministes sont plus que nécessaires aujourd’hui et j’ai l’impression qu'une partie ma génération les a négligées, comme tant d’autres (politiques, syndicales) car nous avons cru naïvement que les acquis étaient pérennisés et que nous irions naturellement plus loin. En réalité, les régressions nous obligent à une lutte constante pour nos droits élémentaires.

Que voulez-vous transmettre?

Le sens critique en toute chose, la volonté de se battre et de résister à toute forme d’aliénation.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu? 

De prendre la direction de ma vie.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez donné ?

J’ai l’impression d’en donner peu. J’ai la chance d’avoir une fille qui a choisi d’agir professionnellement dans le champ social et qui donc réfléchit à ces questions.

Faut-il être mère pour être femme ?

Pas du tout. Encore une fois, à chacune de déterminer librement sa vie.

Quelle est / Quelles sont les femmes qui vous ont le plus influencée ?

Probablement mes grands-mères et ma mère qui ont travaillé toute leur vie,tout en assurant la responsabilité de la famille. Ce qui n’est pas forcément un modèle, l’indépendance financière étant bien entendu un préalable à la liberté mais attention à l’hypercontrôle qui produit de l’hypercontrainte.

En général, j’admire les femmes célèbres, d’Artemisia Gentileschi à Olympe de Gouge en passant par Louise Michel, les scientifiques, les sportives, etc… et plus près de nous, j’ai beaucoup de reconnaissance pour Simone Veil, Hannah Arendt et Annie Ernaux. Mais je pense surtout à toutes les anonymes qui ont conduit leur vie malgré les obstacles culturels économiques et sociaux.

Notre tribu cosmopolite avant le départ en Croatie l'été dernier. De gauche à droite :  moi, Lorenzo, Livia, son copain colombien Juan-Pablo, Marie, la fille de ma cousine, d'origine vietnamienne, Ciro, italien.

Crédit photo : Thomas Ribolowski

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