Chalon sur Saône

Le coeur et les tripes des Corses d'I Muvrini pour une ode à la conscience planétaire

I Muvrini (les petits mouflons selon la traduction française), une machine artistique pour défier les outrances des engeances et des systèmes qui laissent à désirer, a pris pied ce jeudi 4 avril à Chalon-sur-Saône, dans une salle Marcel-Sembat au taux d’occupation optimal, avec une foule des grands soirs. Refaire le monde posément d’après des idées nobles, généreuses, et altruistes, ainsi apparut le ferment d’une reconsidération des choses à moindre frais.

Un domaine aux portes du surnaturel idéalisé par la lumière et la résistance

Quelle fête, mais quelle fête mes aïeux ce fut à la faveur de ce « Luciole Tour 2019», près de trois heures durant (« Luciole » est le titre de leur vingtième album depuis 1979, sorti en septembre 2017), avec une fantastique communion entre les représentants de l’île de Beauté et leur public aussi chaleureux que le climat qui règne là-bas. Pour un peu, les superlatifs viendraient à manquer, tellement le déroulement de la célébration prenait bien soin de rendre magnétique la grandeur d’âme. Chalon est donc devenu un village corse, le bastion des valeurs propagées par ces bienfaiteurs de l’humanité, puisqu’ils sont à des années-lumière de ne prêcher que pour leur propre paroisse. Au gré des images défilant en arrière-plan, des incessants jeux de lumière inondant l’espace de vie, les « Corsophiles » n’avaient plus qu’à s’en remettre aux maîtres des lieux afin de convoler en justes noces avec des perspectives à la fois utopistes et si proches de la vérité absolue. A l’aide de musiques planantes, transfiguratives, imprégnantes, parfois « celtisantes » grâce au cornemuseur, il fallait suivre le mouvement et rêver tout en ayant les pieds solidement arrimés à la terre. Une forme de mysticisme s’invitait dans la cour des grands, faisant frissonner lorsque la chantante langue corse dévoilait ses charmes, ou quand les paroles en français ajoutaient une plus-value à la quintessence des insinuations. Et que dire de ce blues entretenu intensément par les mélopées, ces voix et polyphonies corses à nulles autres pareilles, débridant le for intérieur de chacun des écoutants pour qu’y pénètre religieusement  un cortège d’émotions…Du très grand art, enluminé en particulier par une interprétation bouleversante de « La mamma » de Charles Aznavour. Les Bourguignons avaient pour leur part à cœur de clamer leur indépendance tout ce qu’il y a de plus sympathique avec ce fameux ban qui exemplifie leur identité culturelle, l’insérant en plein milieu d’une prestation galvanisante. Ca ne détonnait en aucune manière au regard du cosmopolitisme, de l’altruisme, de l’universalisme, l’altérité, la non-violence, l’empathie,  l’humour …Et puis Jean-François Bernardini, cofondateur du groupe avec son frère Alain, par ailleurs président de la fondation AFC Umani, se chargeait très régulièrement entre les morceaux d’entretenir la flamme du parler vrai au moyen d’énormes brassées de poésie fraternisant avec la jugeote. « Quelqu’un a dit : liberté, égalité, fraternité. On a osé ajouter beauté », a-t-il notamment répandu. L’exhortation, la chasse à l’obscurantisme, les bas-fonds de l’être humain, ont été réduits en charpie. « Le seul camp qui existe, c’est celui de la vie. Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Un remue-méninges un tantinet révolutionnaire  (le chant italien Bella Ciao était au répertoire, repris en choeur) en guise de soupape de décompression, de lâcher prise…avant de repartir de plus belle pour éviter que les erreurs préjudiciables à tous ne se perpétuent...

                                                                                                          Michel Poiriault

                                                                                                          poiriault.michel@wanadoo.fr   

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