Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - A La Charmée, il avait arrêté en état d'ébriété au volant.. mais aussi positif à la cocaïne et au cannabis

Il s’est fait arrêter sous le ciel de la Charmée. C’était le 7 avril dernier. Le parquet l’a fait placer en garde à vue il y a deux jours. Les dernières analyses étaient enfin revenues du laboratoire.

Le 7 avril, il avait, outre une alcoolémie de 0.74 gramme, de la cocaïne et du cannabis dans le corps. La CRPC-déferrement envisagée le 2 juillet a échoué, il tenait « des propos incohérents ». On le juge ce jeudi 4 juillet selon la procédure de comparution immédiate. Il a 39 ans, sa mère est là. Sa vieille maman se tient là, encore.

Sans surprise : une enfance exposée à la violence, une vie fracturée

On l’a placé en foyer à l’âge de 15 ans pour le soustraire aux violences que son père lui infligeait. Ado et jeune homme, il souffrait de « crises de nerf », il a connu l’hôpital psychiatrique. Il dit n’avoir aucun traitement actuellement mais les rapports de son conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) et de l’enquête sociale préliminaire au jugement disent tous deux que c’est quelqu’un de « très angoissé » avec qui établir une relation est difficile. Il est reconnu handicapé à 80 %. Cela, ainsi que son isolement, ses faibles ressources (il travaille 3 jours par semaine, mais voudrait travailler plus parce que ça lui fait du bien) tant pécuniaires que personnelles en font « une personne vulnérable ».

Ses soins ? « Je parle avec quelqu’un »

Condamné plusieurs fois pour des infractions liées à la consommation de stupéfiants et aux conduites malgré l’annulation de son permis, il est en état de récidive légale. Accepte-t-il d’être jugé aujourd’hui ? lui demande la présidente Verger. « Nan. » Il veut un délai et maître MIrek demande une expertise psychiatrique. Il s’agit dès lors de statuer sur la mesure de sûreté adaptée jusqu’au jugement : détention provisoire ou placement sous contrôle judiciaire. Marie Gicquaud, pour le ministère public, requiert sa détention provisoire, « pour éviter le renouvellement des faits, et pour la sécurité des autres usagers de la route ». Elle dit qu’il n’a pas investi les soins auxquels un sursis mis à l’épreuve le contraint. Pourtant il y va, « et ? » lui demande la présidente. « Je parle avec quelqu’un. – Vous n’avez pas de soins en addicto ? – Non, non. – Pourtant vous êtes suivi par le Kairn 71 ? – Pareil, je vais juste parler à une personne. » Il pense néanmoins qu’il a « un problème avec l’alcool », « sinon je serais pas là » marmonne-t-il.

On le laisse libre depuis le 7 avril, on l’incarcère le 2 juillet, il ne comprend pas

« Il représenterait un danger pour la société ? » Maître Mirek plaide en faveur d’un placement sous contrôle judiciaire, car… « Le 7 avril dernier, le résultat de l’alcoolémie est immédiat, et pourtant il rentre chez lui. On ne considère pas qu’il est un danger pour la société. Le 10 juin on l’entend en audition libre pour lui notifier les résultats d’analyses des drogues. Il ressort. On ne le considère pas comme un danger. Le 2 juillet il est à nouveau convoqué à la gendarmerie de Buxy. A 14 heures on lui notifie son placement en garde à vue pour une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité-déferrement (possibilité de juger immédiatement une personne à la faveur de sa présentation au procureur de la République, ndla). Ça ne se passe pas bien, il est alors placé en détention provisoire jusqu’à aujourd’hui. Alors il ne comprend pas ce qui se passe. »

« Sa maman est présente, elle est là »

« Depuis le 7 avril il est chez lui, et aujourd’hui on requiert son maintien en détention, alors que son permis est suspendu jusqu’en octobre et que son véhicule est parti à la destruction. Il a besoin d’être soutenu et aidé, son travail est un moteur, et sa maman est présente, elle est là. » A l’évocation de sa mère, le prévenu change de tête, son malheur devient palpable : il a la densité de son corps, de ses 39 années de vie. Ça fait une sacrée densité de malheur. Son avocate explique que sa mère ira avec lui demander des soins autres « que de simplement parler », « un panel de professionnels l’entourent ». La femme âgée qui se tient là, visage calme tourné vers son fils, a attesté sur l’honneur qu’elle s’en occuperait, « elle ne l’excuse pas, mais sa place n’est pas en prison ».

L’AEM se déplace en salle d’audience : suivi cadré serré

Le tribunal ordonne une expertise psychiatrique, place le prévenu sous contrôle judiciaire et désigne l’AEM* pour en assurer l’exécution. Fait peu ordinaire, l’AEM, contactée sans doute pendant le délibéré, a dépêché une de ses chargées de mission : « Vous aurez un suivi renforcé, une personne de l’AEM est présente dans la salle, elle va parler avec votre maman. » Il sera jugé le 8 août prochain.

Florence Saint-Arroman

* AEM : association d’enquête et de médiation
 http://association-aem.fr/

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