Saône et Loire économie

Laurent Malatier, tailleur de pierre, fils de Laives

« La pierre, faut savoir la prendre », dit Malatier-père, maçon désormais retraité. Sa femme et lui ont laissé leur fils choisir sa route, celui-ci l'a taillée pendant 5 ans avec les Compagnons du Devoir, puis revint au pays : Laurent Malatier, 37 ans, a repris l'entreprise du père, augmentée d'un ciseau.

« Mon père ne souhaitait pas que je prenne la même voie que lui, il connaît trop les difficultés du métier, mais je suis fils d'artisan, j'ai baigné dedans depuis que je suis tout petit. » Il faut croire que le bain était bon car le garçon y reviendra, à sa façon, après 7 ans d'études.

Un bac génie civil en poche, Laurent Malatier ne sait pas encore dans quoi s'investir. Cette année-là, l'association Laives patrimoine fait refaire 4 des fontaines du village, le tailleur et sculpteur de pierre clunysois Philippe Griot prend le chantier, le jeune Laurent le rencontre : il sera tailleur de pierre.

« L'itinéraire des Compagnons, c'est voyager et recevoir une bonne formation. Mais il faut s'y plaire : vie commune, apprentissage dans les règles, une discipline, travailler. Il y avait 21 corps de métiers, j'en garde un excellent souvenir. J'ai vraiment aimé ça. » Il parfait sa formation d'un BTS Bâtiment, puis devient conducteur de travaux. Il rachète en 2006 le fonds de l'entreprise de son père puis embauche celui-ci : de jeunes épaules pour porter une structure créée par l'ancien.

Le fils se réclame donc d'une double filiation, et son père biologique en est fier qui reconnaît, en évoquant Philippe Griot : « Il a bien débrouillé Laurent. » Ces chemins tressés dans le goût de construire et de rénover ont produit un homme qui a ensuite fondé une famille (« Ma femme n'était pas emballée à l'idée de venir ici, mais désormais elle n'en partirait pas, elle aime vivre à Laives. ») de trois enfants, qui vont à l'école du père et du grand-père. Sur leur trajet quotidien, abreuvoir, piliers, croix, fontaines, toutes signées Malatier.

L'artisan est devenu le représentant d'une tradition de son village, celle des tailleurs de pierre. Laives s'étend en plaine et à flanc de colline, une colline de calcaire, « la pierre de Laives ». On n'en trouve plus : les carrières n'ont plus le droit d'extraire, des habitations en sont trop proches. Laurent doit acheter des blocs et les faire venir de la région. Il travaille dans sa carrière un calcaire grenu, ou se rend à Cluny pour tailler chez son maître d'apprentissage.

Le patron a une équipe de 5 maçons, tous du village ou de ses environs : « J'aime beaucoup l'artisanat pour ça, on est dans une relation de proximité et de confiance avec nos clients, et, avec les autres artisans et l'ensemble des quelques commerçants installés ici, on est un petit moteur économique pour le village. »
Tous les chantiers de particuliers sont dans un rayon de 10 km, mais le tailleur de pierre, formé à l'histoire de l'art et à celle des styles, est ravi d'aller plus loin quand le chantier présente un intérêt particulier, comme cette maison romane à Cluny dont il a refait la façade. « Mais j'aime toujours travailler pour Laives. » Dernière commande : un puits pour la cour de la mairie, qui reproduit un puits ancien, retrouvé sur des dessins d'archives de ce beau et massif bâtiment d'exploitation vinicole. Il a connu toutes sortes de vies avant de devenir la maison commune.

L'homme aux yeux d'un bleu d'eaux vives a su quitter la maison du père, puis y revenir, forgé de nouveaux savoirs et d'un rapport au travail qui fait vivre son entreprise, au cœur du village.

 

F. Saint-Arroman

 

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