Crise sanitaire : les principaux syndicats enseignants en grève pour obtenir plus de moyens

Ce mardi, une «grève sanitaire» a eu lieu dans toute la France suite à l’appel des principaux syndicats enseignants qui organisaient une conférence de presse, à la Maison des Syndicats de Chalon-sur-Saône, afin de dénoncer un protocole sanitaire inapplicable, les professeurs réclament également plus de moyens pour éviter une éventuelle fermeture des écoles. Plus de détails avec Info Chalon.

«Contrairement au discours du Ministre (de l'Éducation Nationale), repris par l'Inspecteur de l'Académie (de Saône-et-Loire), les rentrées de septembre, comme en novembre; ne se sont pas bien passées : ni "réussies, ni "sereines"».


Ce sont les premiers mots du communiqué de presse adressés par plusieurs syndicats enseignants, dont la CGT, FO, FSU, FO, le Snalc, le SNCL-FAEN et SUD-Education, qui appellaient à se mobiliser, ce mardi 10 novembre, pour un meilleur respect des mesures sanitaires.


Les syndicats enseignants grévistes estimant que le protocole sanitaire insuffisant. Mal préparé, selon eux, ce protocole est surtout non accompagné de moyens supplémentaires.


Toutefois, deux syndicats de premier plan, le SGEN-CFDT et le SE-UNSA, n'ont pas rejoint cette «grève sanitaire» qui concerne tous les établissements, de la maternelle au lycée.


Cette journée d'action a pour objectif de faire appliquer un protocole plus strict, surtout en limitant le brassage des élèves dans le secondaire. Côté écoles primaires, les enseignants veulent plus de remplaçants pour leurs collègues vulnérables autorisés à rester confinés.


6 représentants d'organisations syndicales du monde enseignant, à savoir Mathias Cazier, Vincent Castagnino, co-secrétaires départementaux FSU, Claude Cadot, en tant que membre de la CGT lié au monde de l'enseignement, Catherine Chaveriat, secrétaire départementale du Syndicat national Force ouvrière des lycées et collèges (SNFOLC), Hakim Boutmoudit, secrétaire du SNES-FSU 71, et Nathalie Bourceret, secrétaire du SNUDI-FO 71, organisaient une conférence de presse, à 14 heures, dans les locaux de Force Ouvrière, à la Maison des Syndicats de Chalon-sur-Saône, afin d'exposer leurs doléances et faire part de la colère des personnels de l'Éducation Nationale qui se sentent lâchés par leur institution.


«Une crise sanitaire dont on voit de plus en plus les effets dans l'Éducation Nationale, pendant l'exercice de notre métier», nous dit Vincent.


«Une des premières raisons qui nous poussent à nous mettre en grève aujourd'hui, c'est de voir le décalage, si vous voulez, entre le discours ministériel autour de cette crise sanitaire dans les écoles et la réalité du terrain. L'inspecteur de l'Académie de Saône-et-Loire n'hésite pas à dire que la rentrée a été réussie et sereine. Ce qui nous paraît relevé du déni de réalité de ce qu'on vit dans les écoles», poursuit le co-secrétaire départemental de la FSU qui estime que les «enseignants sont en première ligne pour assurer le service public d'éducation».


Le protocole prévoit notamment l'aération et la ventilation des salles de classes, et dans de nombreux établissements, les fenêtres ne s'ouvrent pas ou trop peu...


D'autre part, les professeur devaient être dotés de masques et de gel. Or, ce n'est pas le cas. Pas plus que les élèves qui ont besoin de deux à trois masques par jour, ce qui est lourd pour les familles.


L'Éducation Nationale devait fournir ce matériel. Les enseignants attendent toujours...


Pour le co-secrétaire départemental de la FSU , ils sont «sous-protégés et le ressenti de (ses) collègues est devenu intolérable».


«On a un besoin urgent d'alléger les effectifs d'arrêter avec la succession de protocoles sanitaires qui relèvent d'une incohérence. D'un côté, il y a un certain nombre de mesures extrêmement contraignantes au quotidien dans les classes, et en parallèle, des élèves qui sont brassés dans les cantines. Une population dans un espace confiné trop importante pour que ce soit protecteur pour les agents et le public! On a pas de gel, on a pas de masques transparents tels qu'ils ont été promis par le Ministère en octobre dernier, pour pouvoir enseigner correctement auprès des éleves, tout particulièremment ceux de maternelle, qui ont des difficultés scolaires, en situation de handicap, les élèves allophones ou pour faire de la phonologie. Le protocole qui a été proposé, il y a peu, c'est juste un protcole de plus, c'est de la com' du Ministère et ça n'a pas grands effets!», explique l'enseignant.


Il a aussi été question du dédoublement des classes, une situation qui devient «plus qu'urgente».


«Pour nous, c'est essentiel qu'on reste tous à l'école, donc pour accueillir et éviter le brassage et la surpopulation dans les salles de classes. Ici, c'est à peu près la taille d'une salle de classe; en lycée, ils sont à plus de trente donc vous imaginez bien que les 2 mètres entre individus ne peut pas être respectée», ajoute la secrétaire du SNUDI-FO 71, à propos de la distanciation physique préconisée par le Ministère.


«Le problème dans les lycées, c'est que chaque établissement fait comme il veut. En fait, il fait comme il peut. Les chefs d'établissements prennent les décisions en essayant de demander l'avis des collègues et les collègues se retrouvent devant ce dilemme : soit on prend une partie des élèves, comme c'est le cas à Nièpce et à Pontus. C'est-à-dire, par exemple à Pontus, ça sera seconde, première, la semaine prochaine, et la semaine d'après ça sera seconde, terminale, mais il y a pas de dédoublement de classes, les professeurs se retrouveront devant 34 ou 36 élèves, dans certaines classes», intervient à son tour Catherine Chaveriat.


En plus d'un recrutement massif, les syndicats enseignants grévistes réclament également plus de locaux, comme le souligne Claude Cadot.


«On est pas dupes, si on partage les classes en deux, et que tout le monde reste, il y a de la réquisition de locaux à faire!», propose ce dernier.


«Dans les collèges, il y a un protocole mis en place qui a été soi-disant renforcé. Il n'est pas renforcé. Vous avez des salles avec jusqu'à 30 élèves dans chaque salle. Maintenant, ajouté à cela le manque de moyens... Les chefs d'établissements ont essayé de faire un protocole. La seule chose qu'ils ont réussi à faire, en septembre, c'est une classe, une salle. Cela veut dire que les élèves, pour éviter le brassage, ne se déplaçaient plus. Sauf que cette interdiction est limitée car il y a des groupes de langues, par exemple. Mais à la récré, tous ces élèves se retrouvent dans la même cour... La cantine, on a essayé de faire un protocole renforcé avec du classe par classe, niveau par niveau. Tout ça n'est absolument pas respecté», concède Hakim Boutmoudit, interrogeant sur les limites des protocoles successifs.


«Le gouvernement avait quand même six mois. C'était dit que ça allait revenir, donc l'argument du "on a été pris au dépourvu" ou "on a été pris par surprise", pour nous n'est pas tenable», s'exclame Nathalie Bourceret, qui déplore le manque de préparation face à cette seconde vague, insistant au passage sur la préservation du droit égal pour tous à l'instruction.


La secrétaire du SNUDI-FO 71 souligne la différence qu'il y a eu entre infrastructures scolaires entre mai, juin et maintenant, «en mai-juin, on avait entre 40 et 50% des effectifs, puisque les parents n'étaient pas tenus de renvoyer leurs enfants en classe. Là, tous les enfants sont présents!»


«... Et on peut pas tenir!», explique-t-elle.


Autre source d'inquiétude pour les professeurs, le Ministre de l'Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, a décidé la suppression de 1800 postes dans l'enseignement.


Les syndicats grévistes insistent non seulement sur le maintien des postes concernés mais sur le renforcement des effectifs.


Il s'agit d'agir vite pour éviter une nouvelle fermeture des établissements scolaires, qui augmente les inégalités.


Entre le risque face à la crise sanitaire et la menace terroriste qui les vise particulièrement, les enseignants se sentent en danger.


«On voit bien qu'il y a deux tableaux : un tableau "crise sanitaire" et un tableau "crise structurelle dans l'Éducation Nationale". La crise sanitaire est en train d'être révélatrice d'une crise structurelle dans l'Éducation Nationale. La liberté d'expressin en est un exemple, c'est-à-dire qu'on ne dit pas ce qui se passe, on ne communique sur des chiffres* qui ne sont pas les bons et en même temps, on demande aux enseignants de se taire, ça fait des mois que ça dure, bien avant l'histoire du COVID-19. Et bien, ça, on retrouve à plein d'égards, comme par exemple, l'énorme tension sur le remplacement», conclut pour sa part, Vincent Castagnino, lequel rappelle que le premier citoyen français décédé du coronavirus était lui-même un enseignant.

 

* D'après le Directeur académique des services de l'Éducation nationale (DASEN), depuis septembre, 53 membres du personnel de l'Éducation Nationale et 12 agents des collectivités en Saône-et-Loire sont positifs au COVID-19.

 

 


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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