Lecture : Un ouvrage sur un itinéraire singulier dans le « Siècle »

D’Auxerre à Mauthausen et Prague, le voyage de Robert Simon dans le « siècle » de Jean-Yves Boursier aux éditions du Croquant, 323 p.

Ce nouvel ouvrage de Jean-Yves Boursier résulte d’un long dialogue avec Robert Simon (1909-1998), poursuivi de 1985 à 1998. Cette démarche, couplée à un travail d’archives et de lectures, permet à l’auteur d’identifier les séquences des engagements de Robert Simon, en les insérant dans le « siècle », court vingtième siècle, allant de 1914 à 1990 et l’effondrement de l’URSS, ainsi que l’a identifié l’historien britannique Eric Hobsbawm.

1928 et 1932 sont les deux moments qui voient Robert Simon entrer dans la vie professionnelle comme instituteur à Noyers-sur-Serein (Yonne) en 1928 et dans la vie politique par son adhésion à la SFIO (parti socialiste) et aux comités contre la guerre et le fascisme de l’Yonne en 1932. Ainsi sont constitués les deux socles de ses engagements politiques.

Orphelin d’un père tué à la guerre en 1916, à ce titre pupille de la nation bénéficiant de bourses, il réussit le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs d’Auxerre, accédant ainsi à un métier qu’il exerça de 1928 à 1939 puis de 1953 à sa retraite, après une brève incursion dans le métier de journaliste comme directeur du Travailleur de l’Yonne journal du PCF de ce département.

Son engagement pacifiste, mu par sa haine de la guerre, l’amena au mouvement contre la guerre Amsterdam-Pleyel au cours des années 30 et pendant la guerre froide au sein du Conseil Mondial de la Paix. Comme secrétaire de la revue du mouvement, il dut se rendre à Prague, siège du Conseil.

Il fut engagé en politique, à la SFIO de 1932 à 1938, au PSOP (Parti socialiste ouvrier et paysan) de 1938 à 1939, au PCF de 1942 à son exclusion en 1970. Il s’impliqua fortement dans les grèves de 1936 comme dans le mouvement de mai-juin 1968.

Il se rallia au combat clandestin anti nazi dès fin 1941, au sein d’une mission du BCRA puis des FTP fondés par la PCF, après des temps incertains depuis 1939.

Engagé encore, il le fut au sein des prisons de l’État de Vichy, après son arrestation de septembre 1942 à mars 1943. Remis au Allemands, il fut déporté au camp nazi de Mauthausen jusqu’en mars 1944 date de son transfert au camp annexe d’Ebensee. En ces temps difficiles, il fit preuve d’un fort souci des autres, plus que de lui-même, développant et diffusant des stratégies pour préserver ses forces afin de ne pas succomber à la mort par le travail forcé. Son activité fit de lui un des responsables militaires de la résistance interne du camp, résistance passive certes, mais visant à s’opposer à toute tentative des SS d’extermination de masse lors des derniers jours de la guerre. Il vécut la contradiction entre son attention aux autres et « sauver le Parti et ses cadres ».

Après son retour, il s’impliqua dans la défense des droits des déportés au sein de la FNDIRP ainsi que de celle de résistants victimes de procès pour des actes commis aux temps du combat clandestin. Souvent en décalage avec la politique de la direction du PCF, il rallia le mouvement d’opposition interne Unir et de 1972 à 1977, anima le « Comité du 5 janvier pour une Tchécoslovaquie libre et démocratique ».

Au bout du compte, cet ouvrage, conjuguant la rigueur de la démarche historique à la richesse de l’approche anthropologique, permet non seulement de restituer l’itinéraire riche et complexe d’un personnage à bien des égards exceptionnel, mais aussi d’éclairer des aspects majeurs de ce court « siècle ».

Robert CHANTIN

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