TRIBUNAL DE CHALON - Un fils âgé de 41 ans doit répondre de violences sur sa mère.

« Ça me soucie, dit la femme. Il va tellement pas bien que j’ai peur qu’il fasse une bêtise. Il m’a parlé deux fois de pendaison, ça fait peur. – Madame, madame, apaise le président Madignier. Il a été suivi. » Audience correctionnelle à juge unique ce lundi 8 février. Audience sans prévenu et sans avocats. Un fils âgé de 41 ans doit répondre de violences sur sa mère, le 21 septembre dernier. Il est sous contrôle judiciaire mais il n’est pas là.

As usual, une suite de ruptures, de pertes

Le prévenu a été appelé une première fois en fin de matinée, le président décide de retenter le coup en début d’après-midi, il ne dit pas si l’on avait tenté de joindre le prévenu, de toute façon ce dernier est toujours absent. La victime, la mère, a pris place sur une chaise pas loin de la barre. C’est l’histoire d’une dégringolade à laquelle désormais les services socio-judiciaires essaient de mettre un terme. D’après la sœur du prévenu, entendue lors de l’enquête, son frère a enchaîné depuis environ 5 ans, toutes les ruptures possibles ou presque : une séparation, un licenciement pour faute, il se met à boire plus que de raison, se retrouve en situation de surendettement, enfin, faute de payer ses loyers, il est expulsé de son logement.

SMS : sa mère est un monstre et il va la tuer

Du coup il revient courant juillet vers sa mère qui l’héberge dans sa maison mais lui demande de s’éloigner les week-ends, car lorsqu’elle reçoit son compagnon, ça se passe trop mal. Elle propose, dit-elle, de payer l’hôtel ou le camping, mais le fils décline et décide de camper dans le jardin. A chaque fois, il boit tant et plus. La sœur dit avoir reçu des SMS de son frère écrivant que sa mère est un monstre et qu’il va la tuer. Voilà pour le contexte, dressé à grands traits (lesquels ne sauraient rendre l’exactitude de ce chacun vit et fait vivre aux autres dans une telle situation).

Marques de strangulation

Le 21 septembre en fin de journée, la mère et le fils s’accrochent et il l’agresse. Il la bouscule contre un radiateur puis l’attrape par le cou. Les photos montrent les marques de strangulation, 4 jours d’ITT. Les modalités du contrôle judiciaire interdisent au fils de paraître au domicile et de contacter sa mère, mais on veille également à essayer d’assécher ce qui le fait glisser, déraper, chuter. Il doit engager des soins par rapport à son addiction (déjà ancienne si on en croit son casier, 3 condamnations pour CEA, conduites sous l’empire de l’alcool, en 2010, 2013, 2014). A pôle emploi on l’aide pour aller vers l’emploi vers l’insertion, on l’aide à déposer un dossier de surendettement à la Banque de France. Bref, on tâche de remettre un peu de sol ferme sous ses pieds.

« Il a un problème, mais il rejette toujours sur les autres ce qui ne va pas »

Malgré cela, 3 rapports d’incidents émaillent le contrôle, et le fils dit un peu ce qui pour une part le plombe, « j’ai pas trop accepté que ma mère se débrouille mal pour la maison, parce que c’est un peu de mon père (père décédé) ». L’AEM écrit qu’il faudrait une expertise psychiatrique, mais la question n’est pas versée au débat. Le président invite la mère à venir à la barre. « Sur les 2 mois ½ à la maison, il buvait à outrance. Pour moi c’est l’alcool qui a entraîné tout ça. J’ai fait plusieurs fois des démarches pour qu’il soit soigné, il est allé une fois au CHS de Sevrey. Il a un problème, mais il rejette toujours sur les autres ce qui ne va pas. »

« Je remercie la Justice de lui avoir permis d’avancer un peu »

« Cet été les pompiers l’ont ramassé deux fois, avec presque 3 grammes d’alcool (par litre de sang). J’ai demandé une hospitalisation (HDT : à la demande d’un tiers), qui m’a été refusée. Je voulais le protéger, et protéger les autres aussi. On ne m’a pas écoutée. On m’a dit que ce n’était pas possible. Je remercie la Justice de lui avoir permis d’avancer un peu. Il est en perdition. Venir ici, ça devait être insurmontable pour lui, parce que dès qu’il a un obstacle il ne réagit plus. » Elle demande 1 euro symbolique en réparation de son préjudice, et une interdiction de contact. « J’ai l’impression que sa colère est dirigée contre moi. Ça fait 5 ans qu’il m’insulte. »

Deux ans de probation, suivi renforcé

« Ce dossier évoque une descente aux enfers, dit la procureur. Monsieur parle de ‘trou noir’, il avait une alcoolémie de plus de 3 grammes. » La magistrate souligne l’amour que porte madame à son fils, « mais elle a peur de le croiser ». Elle requiert une peine de 8 mois de prison assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Le tribunal la suit. Obligations de soins (addicto et psychologiques) et de travailler. Interdiction de paraître au domicile de la victime et d’entrer en contact avec elle. Poursuite du dispositif AIR (accompagnement individuel renforcé) pour lui. Euro symbolique pour sa mère.

FSA

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