Chalon sur Saône

Dans "Compromis", Arditi et Leeb se sont asticotés au nom de l'amitié à Chalon

Pièce de Philippe Claudel mise en scène par Bernard Murat, « Compromis » a tricoté une banale histoire de cession de bien immobilier en la restituant bardée de saillies verbales aigres-douces pour que l’intrigue soit croustillante à souhait. A l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône ce samedi soir, les Théâtrales se voulaient l’épicentre d’échanges sans concession entre Pierre Arditi et Michel Leeb principalement. Leur talent a fait le reste, avec en sus la surprise du chef : Stéphane Pézerat.

L’amitié a pris le pas sur l’acte de vente pur

Divorcé, Denis (Pierre Arditi) envisage de vendre son appartement, et pour cela compte sur son ami de plusieurs décennies Martin (Michel Leeb), façon d’assurer un surcroît de crédibilité à sa démarche en lui faisant jouer les faire-valoir. En attendant la signature du compromis de vente, le premier, piètre comédien, refait le monde en compagnie du second, dramaturge quelque peu falot.

Nous sommes au mois de mai 1981, juste avant le duel homérique Giscard – Mitterrand, c’est la passe d’armes entre Denis, thuriféraire de la gauche et Martin, son exact opposé. Bref, on s’accommode tant bien que mal de l’attente du signataire, Denis étant prêt à transiger avec l’ordre moral et à manipuler la vérité, voire en bravant les interdits, pour attirer dans les mailles de son filet le futur acquéreur. Monsieur Duval est cette pauvre victime qui brillera par sa candeur, pour ne pas dire naïveté confondante. Pris en sandwich et se croyant en pleine création artistique au regard du statut des deux comparses, celui-ci sera transposé dans un univers surréaliste où Denis et Martin ferrailleront dur afin de placer leurs pions. La fraternisation est alors un exutoire, on se jette à la figure ce que l’on a sur le cœur, sans fard, les abcès sont crevés, le sac commun, vidé, l’église est remise au centre du village après un certain nombre de haut-le-cœur. Les arrangements ne seraient-ils que la face cachée d’un relationnel de premier plan ? Ce sont en tout cas les phrases qui ont été prononcées… »L’amitié se nourrit de compromis. Et ces compromis ne sont pas des reniements, ni des trahisons comme tu penses. Ce sont des preuves d’amour. » Info, intox ? A débattre…

 

Stéphane Pézerat n’a pas souffert de la comparaison

On attendait évidemment le tandem de choc Arditi-Leeb, ces briscards rompus à toutes les joutes orales. Egaux à eux-mêmes, taquinant le manichéisme, délivrant des messages catégoriels, les comédiens ont tenu la dragée haute à une situation somme toute orthodoxe que cette liquidation de bien meuble, mais rendue plus singulière par l’apport de choses humorisantes, lesquelles ont entraîné l’adhésion du public par des rires répétitifs. Quant à ce brave Monsieur Duval –Stéphane Pézerat- en s’extirpant avec beaucoup de fraîcheur du climat de tension engendré par les deux potes, il aura dédramatisé le contexte habilement, faisant en sorte que d’aucuns se dilatent la rate sur leur siège.  

                                                                                                     Michel Poiriault

                                                                                                    [email protected]  

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