Chalon sur Saône

Les "Trois amis en quête de sagesse" développeront oralement leur corpus à Chalon fin janvier. Le philosophe Alexandre Jollien sera l'un d'eux.

Une fois n’est pas coutume, le Parc des Expositions de Chalon-sur-Saône deviendra le mardi 31 janvier à 20h30 le théâtre d’une conférence (« Trois amis en quête de sagesse ») qui devrait apporter beaucoup d’eau au moulin de celles et ceux qui cherchent ardemment la voie de l’optimisation de leur espace intérieur. En compagnie de Matthieu Ricard et de Christophe André, le philosophe et écrivain Alexandre Jollien déploiera à cette occasion fruit de son vécu et arsenal de pensées bienveillantes. Interview pour info-chalon.com

Que vous a apporté l'écriture du livre "Trois amis en quête de sagesse" ?

«Le livre est le fruit d'une amitié dans le bien, d'un lien profond. L'écrire fut l'occasion d'une expérience spirituelle extrêmement forte. D'abord, il n'y a eu aucun stress, aucune précipitation, aucun calcul. Lors de nos discussions, la médisance, les passions tristes n'avaient tout simplement pas droit de cité. La fraternité qui nous unit me touche et m'aide au quotidien. M'a aussi beaucoup touché le fait que tout ce que l'on faisait durant ce temps d'écriture était entièrement dédié aux autres. » 

Quelle définition donnez-vous de la sagesse ? 

« La sagesse est, à mes yeux, un savoir-vivre, un savoir-être, une manière paisible et lucide d'être en lien avec l'autre, soi et le monde. Elle est un art de vivre qui aide à savourer la vie, à l'aimer. » 

Sur l'échelle des valeurs humaines, où la positionnez-vous ?

« Il faut tordre le cou aux préjugés qui veulent la sagesse austère, difficile, voire triste. Pour moi, l'un des premiers pas pour y accéder, c'est voir que tout est lié, que l'on ne peut pas faire son bonheur replié dans son coin. Cheminer vers la sagesse, c'est quitter peu à peu l'égoïsme, l'individualisme, la recherche des faux biens pour aimer davantage. C'est, en ce sens, une reconversion, une manière de voir autrement le monde alors que tout nous invite, aujourd'hui, au calcul, à la rentabilité, à l'instrumentalisation. » 

A partir de quel moment convient-il d'en prendre conscience, et de quelle manière l'appréhender, puis la vivifier ?

« J'aime beaucoup la philosophie grecque, notamment en ce sens qu'elle offre des outils pratiques pour dessiner un autre art de vivre. L'un des pas essentiels, c'est par exemple tout simplement de commencer à ralentir, de se connecter un peu de tout ce qui nous sépare pour rejoindre l'essentiel. Aussi, des petits exercices quotidiens peuvent nous aider. La foi de la méditation en tant qu'elle révèle toutes les illusions et les projections que l'on bazarde sur le réel, est un chemin sans pareil pour se dépêtrer des passions tristes. » 

Peut-on passer complètement à côté d'elle sans s'en mordre les doigts ?

« Socrate et Descartes ont bien dit qu'une vie sans philosophie ne valait pas la peine d'être vécue. C'est peut-être aller trop loin, mais c'est surtout une invitation à se mettre en route, à voir que la vie n'est pas si aisée et que la sagesse, précisément, et ce savoir, permettent de traverser les hauts et les bas sans être esquinté. » 

Y a-t-il de par le Monde des cultures, passées ou présentes, qui prédisposent davantage à l'acquisition de la sagesse ?

« Le défi, c'est de trouver, de retrouver, de découvrir, une sagesse pour aujourd'hui. En ce sens, les traditions offrent un trésor immense. Aujourd'hui, il s'agit peut-être de sortir du sentier battu de la consommation pour oser une autre qualité d'être. Le défi c'est d'incarner la sagesse là où on est, sans idéaliser le passé, mais trouver ce qui réside au coeur de l'homme et ce qui le nourrit fondamentalement. « 

Comment expliquer le boom des questions existentielles qui turlupinent de plus en plus de personnes ?

« Je pense simplement qu'il y a en l'homme quelque chose d'inconsolable qu'une société marchande ne peut pas prendre en charge. On a un peu déserté les voies religieuses traditionnelles et le contemporain se trouve un peu démuni. S'il fait retour sur lui pour se poser les questions qui sauvent et nous arrachent à l'aliénation, il fait déjà un immense pas vers un chemin de libération. A ce propos, quand on demandait à Epictète qui il était, il disait précisément "je suis un esclave en voie de libération". Autrement dit, voir que l'on est aliéné, pris de passions tristes, c'est déjà une étape immense vers le progrès. »

La philosophie est-elle une panacée ? 

« Il n'y a pas de panacée, pas de remède à l'existence, tout simplement parce que l'existence n'est pas une maladie. La philosophie offre des outils, propose des exercices spirituels, permet de dessiner un art de vivre où l'on est un peu moins l'esclave de tout notre fatras passionnel et c'est déjà énorme. »

Elaborez-vous à l'heure actuelle un nouvel ouvrage ? Quid de l'avenir dans ce domaine ?

« Je suis très intéressé à la dimension tragique de l'existence. Quoi que l'on fasse, il y a toujours quelque chose dans notre quotidien qui grince. D'où la nécessité de bâtir une sagesse pratique, voire espiègle pour ne pas se laisser détruire, pour ne pas devenir amer devant les affres de la condition humaine. Je suis aussi très intéressé par la question de l'addiction, qu'elle soit affective ou qu'elle prenne d'autres modalités. Comment sortir d'une addiction pour aimer librement. Voilà quelques sujets qui me touchent à l'heure actuelle et qui, je le souhaite vivement, feront l'objet d'un livre. »

 

Il reste quelques places

Pour obtenir son billet d’entrée, prière d’aller voir sur Internet du côté de Leclerc Spectacles

Philosophe et écrivain suisse, Alexandre Jollien est l’auteur de sept ouvrages, dont le premier –Eloge de la faiblesse-, sorti en 1999, s’est vu décerner le Prix Mottart de l’Académie française de soutien à la création littéraire, ainsi que le Prix Montyon 2000 de littérature et de philosophie. Quant à son livre « le Philosophe nu », le Prix Psychologies-Fnac 2010 lui est revenu. La même année le Prix Pierre Simon « éthique et société » couronna l’ensemble d’une carrière qui s’est poursuivie par l’ouvrage « Trois amis en quête de sagesse » de qui vous savez, paru en 2016. Ses autres écrits s’intitulent «Le Métier d’homme » (2002), « La Construction de soi » (2006), « Petit Traité de l’abandon » (2012), « Vivre sans pourquoi » (2015).

 

 

Crédit photo : Stéphane Etter                     Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                          poiriault.michel@wanadoo.fr

 

 

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