Chalon sur Saône

Ecole Vivant Denon à Chalon-sur-Saône : Pour ne plus jamais oublier les enfants Hubert et Ghislaine Epsztein

Ecole Vivant Denon à Chalon-sur-Saône : Pour ne plus jamais oublier les enfants Hubert et Ghislaine Epsztein

« Deux enfants âgés de 6 et 9 ans qui seront tués par les nazis à cause de leur appartenance à la religion juive ! »

Christian Villeboeuf était loin de penser qu’en donnant un travail basé sur les archives de l’école, les investigations de ses apprentis journalistes de l’hebdomadaire de l’Ecole Vivant Denon « Le p’tit Canard » allaient mettre à jour, l’histoire de deux enfants qui dans leur école, au cours de la seconde guerre mondiale, allaient être arrêtés par la police française avant d’être remis aux autorités allemandes. Ensuite, ils seront déportés dans un camp de concentration (Auschwitz) où ils trouveront la mort par asphyxie.

Les élèves de CM2  qui vont identifier leurs camarades d’antan, comme étant Hubert et Ghislaine Epstein, et découvrir l’histoire de ses enfants martyrs de l’occupation nazi et qui permettra à une plaque commémorative qui leur avait été dédiée des années auparavant, de refaire surface pour être apposée de nouveau sur le mur de l’école, alors qu’elle reposait depuis de nombreuses années au fond d’une armoire suite à des travaux de démolition pour agrandissement de l’école maternelle.

C’est donc dans une grande retenue et avec beaucoup d’émotion que s’est déroulée la cérémonie de commémoration à l’école Vivant Denon, mardi à 10 heures devant de nombreuses autorités locales : Jean-Jacques Boyer, Sous- préfet de l’arrondissement de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, Maire de Chalon-sur-Saône, Hervé Dumaine, 1er Adjoint à la Ville de Chalon, Serge Rosinof, Présidente de la Communauté Juive, Simone Mariotte, Présidente départementale de l’ANACR, Nicolas Vernay, Président  du Comité Local  de l’ANACR … Sophie Bachelet, Directrice de l’Ecole maternelle Vivant Denon et Pascal Voisin, le Directeur de l’Ecole Primaire Vivant Denon, accompagnés par deux classes d’enfants.

Cette cérémonie a commencé par des allocutions dont voici quelques extraits :

Serge Rosinoff : « Je ne vais pas être long parce que finalement, que dire ? Nous avons tous vu en passant le nom de ces deux enfants. Les deux enfants Epstein, et bien en lisant leur nom, nous venons de rendre à ces deux enfants leur identité. Grâce à ces gestes, grâce à cette cérémonie, ce ne sont plus seulement deux anonymes, deux matricules parmi tant d’autres qui ont été envoyés à la mort pour la seule raison qu’ils étaient juifs, ce sont à nouveau deux enfants qui vivaient en  compagnie d’une famille heureuse, famille dont vous avez si bien fait connaître l’histoire dans votre petit journal. Je voudrais donc, vous remercier chers enfants, pour ce travail de mémoire, remercier Christian Villeboeuf,  pour cette initiative, ainsi que toutes les personnes qui ont permis que cette plaque commémorative arrive jusqu’à nous ! ».

Sophie Bachelet : « Je voulais simplement vous dire qu’aujourd’hui, je suis contente et fière car cette plaque commémorative, après plusieurs demandes, elle a enfin quitté son placard où elle était entreposée depuis plusieurs années. Je suis contente parce qu’elle a retrouvé sa place d’origine à l’école maternelle. Je suis fière aussi qu’elle soit posée à l’issue d’un travail qui a été effectué par des élèves de cette école. Je le suis aussi car grâce à vous tous, Hubert et Ghislaine ont retrouvé le chemin de l’école et ils ne sont pas oubliés. Ils sont revenus à l’école grâce à vous, et je voudrais simplement vous dire qu’il ne faut plus les oublier maintenant ! ».

Pascal Voisin : « Je partage aussi la fierté de cette plaque retrouvée dans un placard, depuis l’époque où en 1992 l’école maternelle avait été modifiée et reconstruite […] L’antisémitisme, ce mot  doit être bien gravé dans vos têtes car c’est quelque chose de très noir […] Cette plaque, elle permet aussi de rappeler que ces deux enfants ont été déportés ! D’ailleurs, l’époque de ces barbaries n’est pas si lointaine car c’était en 1944, c'est-à-dire il y a 74 ans. Les valeurs de notre démocratie, de notre République étaient alors bafouées, piétinées par les nazis bien sûr mais aussi par le gouvernement français de l’époque, Vichy. Fini l’égalité, fini la fraternité entre les citoyens car beaucoup avaient perdu la liberté et même la vie au cours de ces dramatiques événements. Alors les murs de notre école, vous savez, je pense, qu’ils sont surement encore plein d’éclats de rires des enfants et de cris de joies mais aussi malheureusement à cette époque de pleurs, de pleurs et de tristesse de voir des camarades disparaitre d’un coup brusquement. Il ne faut pas oublier tout cela !  Alors vous les enfants, citoyens de demain, on compte sur vous justement pour ne jamais oublier. Vous devez vous souvenir de l’histoire et ne jamais reproduire les erreurs du passé mais plutôt chercher à bâtir un monde meilleur, on compte sur vous car c’est vous l’avenir […] Cette semaine de mars du 15 au 23 est consacrée nationalement à la lutte contre la discrimination, le racisme, l’antisémitisme et contre toutes autres haines, c’était donc aujourd’hui le moment choisi pour se rappeler effectivement là ou cela peut conduire. Je vous propose que cette date nous la gravions dans nos têtes, dans nos cœurs, pour nous aider à lutter, à nous battre mais sans haine, encore et toujours contre ce qui porte atteinte au respect des différence, contre ce qui porte atteinte à la grandeur humaine (homme, femme, enfant), contre tout ce qui porte atteinte au fondement de notre démocratie afin de pouvoir bien vivre ensemble ! ».

Gilles Platret : « Chers enfants, c’est à vous que je veux dire quelques mots ce matin. Aujourd’hui, c’est le printemps et pourtant nous avons froid. Vous avez froid ! Imaginez un seul de vous, une seule seconde, il y a 74 ans de cela, des enfants de votre âge qui ont eu froid eux aussi mais à qui on n’avait pas permis de garder leur manteau, qu’on avait entassé dans des wagons à bestiaux pour les conduire sur des milliers de kilomètres jusqu’à un camp où à peine arrivés on les a fait mourir en les asphyxiant dans des chambres à gaz. Les deux enfants que nous sommes en train de rappeler la mémoire ce matin avec leur famille, ont subi ce que je viens de vous décrire. Ils ont été éliminés de la surface de la terre parce que des fous avaient décidé qu’ils n’avaient plus le droit de vivre. Peut-être que la seule façon de bien comprendre ce qui s’est passé à ces moments là, c’est l’espace de quelques secondes maintenant ou plus tard, c’est de vous rappelez de ce moment, de vous mettre à leur place et de vous dire pourquoi moi, un jour cela pourrait m’arriver, si des fous parvenaient au pouvoir et que je sois conduit peut-être à la mort alors que je suis innocent. Car ils étaient innocents et ils ont été conduits à la mort, et avec eux, des tas d’autres enfants. C’est bien cela, la réalité que nous sommes en train de revivre ce matin, c’est une commémoration afin de nous rappeler tous ensemble, nous rappeler que même si nous les avons pas connu, nous avons un devoir envers eux. Vous les enfants, c’est de comprendre que quand vous continuerez à jouer dans cette cours d’école, cela sera aussi un moment où vous pourrez aussi jeter un œil sur cette plaque qui est apposée et vous dire que ces enfants, cela pourrait être vous. Je voudrais très sincèrement remercier celles et ceux qui ont permis que ce moment soit possible, le directeur, et à Christian Villeboeuf qui a cultivé et fait cultivé en vous ce devoir de mémoire ! ».

Jean-Jacques Boyer : « Je voudrais féliciter les enfants de ces deux écoles et leurs maitres parce que vous avez réalisé avec ce petit canard un magnifique document d’histoire. L’histoire, c’est extrêmement important, car c’est grâce à l’histoire que nous allons conserver la mémoire. La mémoire, c’est l’émotion et l’histoire, c’est la connaissance des faits, des faits que nous commémorons ce matin. Et qu’il est extrêmement important de garder dans nos mémoires, c’est le sens de notre cérémonie, mais il faut aussi les connaître et les comprendre. Je vais simplement moi aussi célébrer la mémoire de cette famille Epstein qui a été anéantie par les nazis avec la complicité, il faut bien le dire, des autorités françaises. L’autorité française, je ne peux m’empêcher de penser que la liste sur laquelle ils avaient été inscrits, elle avait été rédigée en sous-préfecture sous l’égide de mon très lointain prédécesseur. Mais la France, Dieu merci, à cette époque là, ce n’est pas seulement le régime de Vichy, il y avait aussi une phase lumineuse avec des épisodes historiques de la résistance, de la France libre sous l’égide du Général De Gaulle et les justes de France composés de nombreuses personnes qui ont aidé les juifs à ce cacher. Parmi eux, des policiers, des gendarmes, des fonctionnaires de la Préfecture dont certains ont été fusillés quand ils ont été identifiés par la « Gestapo » (la police allemande). Nous devons garder mémoire de tout cela, parce que tout cela c’est notre pays, c’est la France avec ses côtés sombres et ses côté plus glorieux, plus lumineux. Ce matin, c’est le côté sombre que nous rappelons et c’est à titre de mémoire que nous allons la conserver. Mais si nous allons la conserver, c’est parce que nous allons aussi nous préoccuper de l’histoire à vous les futurs citoyens, car il faut lutter, lutter contre le totalitarisme et tous les genres de racismes. C’est la leçon que vous devez conserver de notre cérémonie ! ».

La commémoration se poursuivait par un dépôt de gerbes et une minute de silence avant de nombreux échanges avec les enfants.

Le photoreportage info-chalon.com

J.P.B