Chalon sur Saône

Cérémonie en mémoire des écoliers Chalonnais morts en déportation

Ce jeudi, une cérémonie a été organisée, dans une école maternelle de Chalon-sur-Saône, à la mémoire des enfants Epsztein, morts en déportation. L’hommage rendu dans la cour de l’établissement revêtait, cette année, une dimension particulière avec la recrudescence des actes à caractère antisémite en France.

En ce tout début d'après-midi, la récréation finie pour les enfants de l'École maternelle Vivant Denon, située au 39 Rue de Thiard, de nombreuses personnalités de Chalon-sur-Saône, des anciens combattants et quelques concitoyens ont convergé vers la cour.


À 14 heures, démarrait la cérémonie en mémoire des enfants Epsztein, deux petits Chalonnais morts en déportation.


Retour sur une page sombre de l'histoire de Chalon-sur-Saône


De 1929 à 1943, le directeur de l'École de garçons du Centre, qui deviendra plus tard Vivant Denon, s'appellait M. Jean Parent. Il notait scrupuleusement les noms des enfants ainsi que l'origine. Ainsi dans le registre Nº 2, en 1937, étaient par exemple indiqué la présence de douze enfants de réfugiés espagnols, des familles ayant trouvé refuge à Chalon-sur-Saône, la Guerre Civile faisant rage de l'autre côté des Pyrénées. Dans ce même registre, on pouvait également lire une mention lapidaire :
« Hubert et Ghislaine EPSZTEIN».
M. Parent, ayant noté après la fin de la Seconde Guerre Mondiale : «Israélites déportés par les Allemands et Vichy, ont subi le sort de leurs parents».


En février 1942, suite à un attentat contre une infirmerie allemande à Chalon-sur-Saône, les autorités d'occupation arrêtèrent des militants communistes et des Juifs. Parmi les victimes des représailles figurait Samuel Epsztein. Arrêté dans son atelier, lui qui s'était déclaré «Juif» auprès de la Sous-Préfecture de Chalon. Conduit au camp d'internement de Royallieu-Compiègne (Frontstalag 122), dans l'Oise, avant d'être conduit jusqu'à Auschwitz...


La famille déjà éprouvée par la disparition du chef de famille allait malheureusement être décimée. En effet, le 26 février 1944, eu lieu à Chalon, une grande rafle. Rafle dont on reparlera prochainement dans les colonnes d'info-Chalon. La police française, aux ordres des autorités allemandes, emmenera Suzanne Epsztein, la femme de Samuel, Carmen Danski, mère de Suzanne, une tante de Suzanne et les trois enfants au commissariat de Chalon-sur-Saône.


Seul Gérard, le plus jeune des trois enfants Epsztein pu être sauvé par le maire de l'époque, George Nouelle. L'édile désigna l'enfant comme «malade et contagieux». Gérard fut conduit à l'hôpital et c'est ce qui le sauva d'une mort certaine.


Hélas, pour le reste de la famille, il en a été comme 83 000 autres Juifs de France...


Ils furent envoyés au camp de regroupement de Drancy, le 7 mars 1944. Quelques jours plus tard, le 12 mars de la même année, après un long trajet qui les menaient à l'Est du Gouvernement général de Pologneils arrivaient au camp d'extermination d'Auschwitz. À peine arrivés, ils furent asphyxiées dans des chambres à gaz puis leurs corps furent brûlés dans des fours crématoires.
Hubert avait neuf ans, sa petite sœur, Ghislaine, seulement six...


Comment fut redécouverte la plaque commémorative


Cette histoire tragique avait été relayée par Le P'tit Canard, le petit journal des élèves de CM2 de l'École élémentaire Vivant Denon, grâce à l'aide de M. Claude Elly, président de la Société d'Histoire et d'Archéologie et ancien journaliste du Journal de Saône-et-Loire (JSL). Suite à la lecture de la publication, Mme Sophie Bachelet, alors directrice de l'école maternelle se souvenait avoir retrouvé une plaque commémorative oubliée depuis plus de 29 ans dans les archives de l'établissement scolaire.


Elle avait été retrouvée par des ouvriers suite à la démolition des décombres résultants du glissement de terrain du 28 février 1990 qui a fait s'effondrer le préau de l'école.


La directrice remit la plaque à M. Christian Villebœuf, instituteur. Elle a été inaugurée le mardi 20 mars 2018, en présence de M. Jean-Jacques Boyer, Sous-Préfet de l’arrondissement de Chalon-sur-Saône, M. Gilles Platret, Maire de Chalon-sur-Saône, M.Hervé Dumaine, 1er Adjoint à la Ville de Chalon-sur-Saône, M. Serge Rosinoff, Président de la Communauté Juive, Mme Simone Mariotte, Présidente départementale de l’ANACR, M. Nicolas Vernay, Président du Comité Local de l’ANACR, Mme Sophie Bachelet, Directrice de l’École maternelle Vivant Denon et M. Pascal Voisin, le Directeur de l’École Primaire Vivant Denon, accompagnés par deux classes d’enfants.


Une cérémonie émouvante mais nécessaire dans le contexte actuel


De nombreuses personnalités de Chalon-sur-Saône se rendues à cette cérémonie. Parmi elles, on pouvait compter sur la présence de de M. Jean-Jacques Boyer, Sous-Préfet de l’arrondissement de Chalon-sur-Saône, M. Gilles Platret, Maire de Chalon-sur-Saône, M. Sébastien Martin, Président du Grand Chalon, M. Serge Rosinoff, Président de la Communauté Juive, M. François Mosca, Président de l'Union Nationale des Parachutistes (UNP), M. Marcel Landré, Secrétaire du Musée du Souvenir du Combattant ou M. Laurent Joly, Assistant de M. le Député, Raphaël Gauvain, pour ne citer qu'eux.


Des classes d'élèves de l’École Primaire Vivant Denon, encadrée par M. Pascal Voisin, le Directeur et M. Christian Villebœuf, assistaient à la cérémonie.


Bouquets, couronnes de fleurs, levée des couleurs, tout y était. M. le Maire et Mme la Directrice de l'École maternelle Vivant Denon ont tour à tour tenu un discours devant l'assistance dont certaines et certains étaient des fils ou petit-fils de déportés ou de Justes.


Pour la nécessité du devoir de mémoire


«Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter» disait l'écrivain et philosophe espagnol,George Santayana (1863-1952).


Croix gammées sur des boîtres aux lettres avec le visage de Simone Veil dans le 13ème arrondissement de Paris, destruction de l'arbre en mémoire d'Ilan Halimi, un jeune homme torturé à mort par le Gang des Barbares, parce que juif, «Juden» («Juif» dans la langue de Goethe) tagué sur un Bagelstein ou Kylian Mbappé, un des Bleus champions du monde, cible lui aussi d'un tag nauséabond dans le RER C...


Partout en France, l'hideuse idéologie raciste qu'est l'antisémitisme ressurgit en ce moment. Et n'allez pas croire que ça ne concerne que Paris et sa périphérie. Le mois dernier, c'était la Synagogue de Chalon-sur-Saône qui a été taguée...


Un travail sur la mémoire est indispensable à tous les citoyens ou futurs citoyens que sont les enfants en âge de comprendre. La mémoire peut ainsi servir à éviter le retour d'une idéologie raciste à la tête du pouvoir. Il faut parler des déportations, des camps et de l'extermination pour éviter qu'elle ne se reproduise à l'avenir.


Allons plus loin que le simple «Plus jamais ça».Plus qu'une injonction morale faite par les générations passées, combattre l'antisémitisme, c'est défendre nos valeurs démocratiques et républicaines.
Le 26 février prochain, souvenez-vous que ce même jour en 1944, avait lieu dans le Chalonnais, une grande rafle qui ôta la vie à 600 Juifs dont 339 pour la seule ville de Chalon-sur-Saône... parmi, eux, se trouvaient les enfants Epsztein.


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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