Chalon sur Saône

Fiel, soufre et miel ont été picorés dans la même gamelle par P. Chesnais, M.A. Chazel, L. Gamelon, V. Bègue à Chalon

Les Théâtrales de Chalon-sur-Saône poursuivent leur grand bonhomme de chemin, la comédie « Tant qu’il y a de l’amour » jouée ce jeudi soir dans un Espace des Arts plein à craquer ayant distrait autant que possible un public bienheureux. Rien d’étonnant à cela si l’on se réfère à la brillante distribution, pas piquée des hannetons : Patrick Chesnais, Marie-Anne Chazel (ils ne s’étaient jamais donnés la réplique dans une autre pièce), Laurent Gamelon et Valérie Bègue. Pour sûr le public en a eu pour son argent, car tout, ou peu s’en faut, fut prétexte à rire.

Mais quelles histoires, ces cocuages !

Pivot d’un feuilleton kafkaïen, le très mûr Jean (Patrick Chesnais) vit sa vie sentimentale dans l’ombre et la lumière. Accouplé avec Marie (Marie-Anne Chazel) depuis trente ans, il lui accorde ses faveurs avec parcimonie, doux euphémisme, de manière plan-plan, uniquement en soirée. Une poltronnerie qui ne veut pas dire son nom, cependant authentique…

Mais il l’aime, et préfère un train-train stérile à la capitulation. L’après-midi il la consacre à Inès (Valérie Bègue), sa maîtresse trentenaire, ces allers-retours ne semblant pas particulièrement l’affecter. Seulement voilà, son épouse déjà en proie à une insuffisance de don de soi de sa part, apprend de sa bouche qu’il folâtre avec une autre femme…C’en est alors trop pour la légitime, laquelle s’en remet à Paul (Laurent Gamelon) le pharmacien (son amant, eh oui !) pour le trucider, ce dernier ne montrant pas spécialement un enthousiasme débordant au départ pour devenir l’exécuteur des hautes œuvres !

Mais bon, à force de se faire tirer l’oreille…l’apothicaire courbe l’échine et concocte un produit destiné à anéantir son rival. Doté d’une solide constitution, et malgré les réitérations pour que la dose létale accomplisse sa sinistre besogne, Jean reste solide comme un roc, à la stupéfaction de ses meurtriers en puissance !

Les ennuis féminins de Jean ne s’arrêtent pas là, hélas pour lui…Inès veut qu’il quitte sa femme puis la demande en mariage, plongeant le trompeur-trompé dans un embarras insondable…à tel point qu’il envisage de tirer un trait définitif en toute conscience sur son existence…et le vaudeville se corse d’états de fait qui alourdissent le climat ambiant, tous aussi surprenants les uns que les autres. Dans un registre tragi-comique Patrick Chesnais s’avère épatant, allumant régulièrement des feux aux quatre coins de la salle.

Dans le même ordre d’idée,  Laurent Gamelon aura fait preuve d’un bel allant et d’une pénétration des consciences tout ce qu’il y a de plus efficient.  Un tandem crevant qui a tenu en haleine, puisque l’atmosphère générale était sous la dépendance de leur bon vouloir. Egale à elle-même, Marie-Anne Chazel, par sa forte présence et son papillonnage mi-figue mi-raisin, a entretenu un suspense ne pactisant point avec la valse-hésitation. Moins mise à contribution, Valérie Bègue se sera quand même révélé convaincante dans son rôle de profiteuse souhaitant passer à la vitesse supérieure.  La morale a-t-elle gagné sur tous les tableaux ? On en doute…En revanche, les satisfecit qui ont fleuri dans les travées ont splendidement démontré que les messages étaient reçus 5 sur 5 sans discontinuer. A l’évidence le plus bel hommage qui soit.

                                                                                                    Michel Poiriault

                                                                                                    poiriault.michel@wanadoo.fr 

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche