Chalon sur Saône

"EuropeS", un spectacle en forme de casse-tête, de puzzle, un landerneau de Chalon dans la rue

Auteur et metteur en scène, Camille Faucherre a laissé parler sa fibre créatrice, ce au profit de la Compagnie lilloise La Générale d’Imaginaire avec un titre évocateur et ô combien sujet à controverse en d’autres circonstances : « EuropeS «... Une flânerie théâtralisée et flambant neuve qu’il sera loisible de suivre lors du festival Chalon dans la rue à plusieurs reprises pour que chacun nourrisse sa réflexion en son âme et conscience. Interview de Camille Faucherre pour info-chalon.com

L’Europe, une patate chaude ?

« Oui, après c’est l’Union européenne, il y en a tellement, entre  l’UEFA, l’Eurovision, la question de la gastronomie…Il y a certains sujets qui sont des patates chaudes, mais l’enjeu de la pièce c’est un peu de montrer qu’on a plus de points communs que les différences qui nous sont jetées au visage par les médias. »

 

Pourquoi vous être appesanti sur le sujet ?

« Car en fait je trouve que c’est un sujet qui est d’actualité, qui creuse ce qui nous différencie et ce qui nous relie à l’échelle d’un continent entier, et ce continent-là au XIXème siècle c’était le monde entier  avec la colonisation quasiment. Du coup c’est un peu savoir si des choses feraient que dans cette société européenne il y a une originalité au sein des Européennes et des Européens, la question de la philosophie des Lumières, la Renaissance, comment on hérite de tout ça, ici et maintenant de la question de l’hospitalité, comment on a traité le fait que nous n’avons plus de frontières à l’intérieur, mais qu’on les a radicalisées à l’extérieur sur le pourtour de l’Union européenne. Donc la question des EuropeS c’est pour moi une question prégnante de notre siècle. On a beaucoup, beaucoup de points de vue, les gens ont des avis, on en lit, mais il y a rarement des ressentis. J’avais envie d’aller donner des émotions et des choses, comment les gens pensent aux quatre coins du continent. »

 

Comment sort-on des trois actes côté spectateurs, autrement dit est-on plus riche en certitudes qu’alourdi par le poids des questionnements ?

« A la fin du spectacle on s’est surtout rendu compte qu’on se conformait plus qu’on ne le croit. On n’est pas forcément plus riche en certitudes ou plus lourd de questionnements,  en tout cas on a des questions plus sensibles, émotionnelles et culturelles, que celles qui sont toujours économiques et qui nous aident. Je ne suis pas là pour donner des solutions, mon métier est de questionner ce qui nous relie et de mettre en avant ce que l’on a de commun. »

 

La pièce a été jouée six fois depuis son lancement au mois de mai, quelles ont été les retombées ?

« Le public est vraiment enthousiaste, c’est une pièce qui vise un peu à réfléchir à se mettre en action, à outiller nos pensées aussi, à se projeter et voir ce qui fait un peuple européen. Elle vise également à se positionner à des endroits face au monde. On rigole, on pleure, on voit de belles choses, on voyage, on réfléchit, ça procure des émotions, et ensuite on cogite. Je crois que c’est le rôle du théâtre. »  

 

Existe-t-il plusieurs niveaux de lecture ?

« Déjà, c’est un spectacle que l’on peut voir plusieurs fois, parce que l’on ne voit pas tous la même chose. Il y a plusieurs niveaux de lecture à plusieurs endroits, l’écriture est  très accessible et j’ai essayé d’être assez exigeant, tant sur la forme que sur le fond. On peut aller creuser différentes questions un peu plus au fond. »

 

Votre Europe rêvée, quelle est-elle ?

«Personnellement je suis pour la fin de l’Etat-nation, je pense que c’est une invention complète du XIXème siècle, et  un mensonge fait aux divers peuples, qui  vise à surtout mettre en place un pouvoir centralisé plutôt que d’avoir plein de petits Etats éclatés. Je chasserais tous les Etats-nations, je mettrais des espèces d’ Etats-régions, parce qu’en fait il y en a plein. J’habite en Flandre, la Bourgogne, elle était avant fortement alliée avec l’Italie, la Suisse, il y a les Euro-régions Alsace-Ruhr, la Catalogne en est une, le Pays basque aussi, et ça juste au niveau français. Après, des Euro-régions comme ça il y en a partout. Je ferais un mécanisme de solidarité, de redistribution, à la fois financière de l’Union européenne avec des mécanismes de reconstruction entre ces différentes Euro-régions, en se passant des Etats-nations qui visent à faire émerger des nationalismes fachisants de plus en plus. Dans le spectacle, mon Europe rêvée n’est pas évoquée du tout. A l’heure actuelle on peut dire ce qu’on veut de l’Union européenne en bien comme en mal, c’est la seule qui peut peser dans les négociations  face à Google, Facebook ou GAFA, qui eux peuvent faire des évasions fiscales un peu partout. C’est aussi la seule échelle pour réellement pouvoir traiter du réchauffement climatique, et ce problème on ne peut plus le résoudre à l’échelle de petits pays comme la France. La question du spectacle, elle aussi sur : ok, l’UE est une grande machine libérale et technique, mais à jeter le bébé avec l’eau du bain on en oublie… Effectivement, soixante-dix ans de paix, c’est super, mais ça commence peut-être à coûter cher…En même temps on en oublie qu’il y a cette paix, que l’on est dans la région du monde où il y a le plus de zones naturelles, je ne dis pas que c’est bien, mais en même temps on va aller polluer ailleurs…Donc c’est un petit peu : attention avant de jeter le bébé avec l’eau du bain, il y a aussi la question : comment on peut se rendre les choses plus compréhensibles, entendre, s’informer par d’autres canaux que les canaux à la fois complotistes et conspirationnistes, les médias 100% officiels, comment on peut rencontrer des gens et se rendre compte qu’on a beaucoup plus en commun. J’essaie de faire un spectacle qui aide à ce qu’on se rapproche, en même temps ce n’est pas naïf non plus, je donne la parole à des fachisants qui veulent la mort de l’UE. On le voit, ils existent, ils sont là, en Italie, en Hongrie, ils ne sont pas loin en France, et ce n’est pas pour se faire peur, c’est simplement pour se rendre compte que cette solution-là est extrêmement mauvaise aussi. C’est toujours plus facile de diviser que de réunir. »      » 

 

Le spectacle est conseillé à partir de 10 ans. Peut-on avoir une vision relativement précise à cet âge ?

« Je considère les enfants de 8-10 ans, mais accompagnés par les parents. Le spectacle est assez dynamique, vif, il se passe assez de choses pour qu’en fait les enfants soient quand même pris dans une dimension plus formelle. Il y a des acrobaties, le public est impliqué, séparé, réuni, c’est chouette. Et puis quand bien même, la rue est complètement fermée, ça les éclate, ils peuvent faire de la trottinette, de la patinette pour jouer avec, et c’est parti ! »

 

Trois représentations plus la générale

Le procréateur a basé son « fonds de commerce » sur maints témoignages recueillis dans tous les azimuts sur le vieux continent, un vivier empli par conséquent de crédibilité. Coproduite par trois CNAREP (l’Abattoir à Chalon, Le Boulon à Vieux-Condé, le Fourneau à Brest), la Scène Nationale Culture Commune à Loos-en-Gohelle, et par le cirque Jules-Verne, Pôle national Cirque et Arts de la rue d’Amiens, la déambulation s’ébranlera pour une heure vingt de considérations didactiques. Quatre comédiens animeront l’arène, à savoir Pierre Boudeulle, Marlène Hannon, Ardestop et Sophie Descamps, épaulés par le multi-instrumentiste Blaise Desjonquères. Le spectacle proprement dit livrera son verdict les vendredi 26, samedi 27 et dimanche 28 juillet à partir de 18h (pastille 36), avec un départ sur la place de la première division libre. A signaler la répétition générale qui se déroulera le jeudi 25 (mêmes horaire et emplacement de départ), ouverte au public. Le sort en est jeté...

Crédit photo : DR                                                      Propos recueillis par Michel Poiriault

                                                                                     poiriault.michel@wanadoo.fr

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