Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - L'analphabétisme à la barre du tribunal

lex C. a 29 ans. Casier judiciaire : 17 condamnations. « Fond dépressif », dira son avocat. Sans domicile à lui, il traîne et boit des bières. Il ne trouve pas de travail. Il a entrepris des démarches pour la reconnaissance d’un handicap. Lequel ? « Je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire. »

Alex C. est né en 1988, a connu la scolarisation obligatoire jusqu’à ses 16 ans. Il a quitté l’Education nationale analphabète, dans une société où il est rigoureusement impossible de se dépatouiller un minimum sans savoir lire. Alex C. a beaucoup volé, conduit sans permis, fumé des joints, une mention pour violence sur concubin aussi. Il a 2 enfants, « je les vois aux vacances ». Et puis vendredi dernier, le 24, il était chez un pote pour passer la soirée, il y a eu un problème, ça a dégénéré. Comme il est sous main de justice depuis 2015, il est en état de récidive légale, son copain, co-auteur, également : ils étaient traduits en justice ce lundi 27 novembre selon le régime de la comparution immédiate. 

« Nous on faisait une petite soirée sympathique », la substitut du procureur Aline Saenz-Cobo attaque ses réquisitions. « C’est bien connu qu’on ne fait jamais de bruit en soirée ! Et monsieur B. est un pénible, bien sûr ! Sauf que, ce monsieur est comme tout le monde : à partir d’une certaine heure il a envie et besoin de dormir. Et il a l’outrecuidance d’aller se plaindre, puis d’appeler la police. » « On a préféré y aller, plutôt que de rester tranquilles », disent les garçons. « Y aller » ? Aller au contact. Ils poursuivent monsieur B. jusque dans la rue, où ce dernier voulait attendre la police. Alex L., 23 ans : « Je suis arrivé et je lui ai mis une patate. Je lui avais déjà mis une claque avant. » Alex L. a 3 mentions à son casier, dont 2 pour des violences, et pourtant ce soir-là c’est Alex. C qui portait un couteau et qui l’a sorti. Monsieur B. est blessé à la main. La substitut du procureur poursuit : « Monsieur B. les a insultés ? Peut-être. La belle affaire. Il est piquant, quand on a des casiers, de vouloir apprendre la politesse et le respect des lois aux autres. »

Maître Julien Marceau, pour Alex C., et maître Jérôme Duquennoy pour Alex L., relèvent les éléments encadrants dans les vies de ces jeunes hommes : la Mission Locale, la Croisée des chemins, un CPIP (pour Alex C. au moins), et bien sûr un juge d’application des peines. Ils sont marqués à la culotte, et aussi accompagnés, mais peut-on dire à quel point il est difficile de se sortir de ce marais gluant et informe qu’est la vie lorsqu’on a raté des marches (analphabétisme, pas de permis de conduire, pas de domiciles, pas de travail ou presque, aucune qualification - même si Alex L. est allé jusqu’en terminale -, pas de soutien familial, et désormais des casiers judiciaires) ? Rien n’excuse l’agression du 24 au soir, le propos n’est pas là. Les avocats, donc, font ce qu’ils peuvent pour restituer quelques points saillants, indices d’un chemin, d’une amorce au moins, d’une ébauche, d’efforts conjugués pour poser quelques pierres, quelques bases, ils demandent des peines avec du sursis mis à l’épreuve pour que les accompagnements se poursuivent. 

Mais le tableau en restera à l’ébauche, du moins ce lundi, car le tribunal condamne les auteurs de « violence aggravée, en récidive » à : Alex C., 8 mois de prison, interdiction de porter une arme pendant 2 ans. Alex L., 4 mois de prison, révocation d’un sursis de 2 mois, interdiction de porter une arme pendant 2 ans. Les deux hommes sont maintenus en détention. 

Florence Saint-Arroman

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