Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Jugé pour 11 vols ou tentatives de vols sur le secteur de Buxy et Saint Boil

Du box des comparutions immédiates lundi 26 mars, Raphaël était jugé pour 11 vols ou tentatives de vols chez des particuliers à Buxy et à Saint-Boil.

on visage est impeccablement blanc, ses yeux sont plantés dans des orbites cernées et creuses, enfoncées, à l’image de son existence défoncée, embourbée dans des addictions successives depuis plus de 20 ans, il en a 33. Appelons-le Raphaël. Son adresse ? Il n’en a pas. Il est sans domicile fixe depuis l’été dernier, alors quand il a pu pénétrer dans une des maison vides de Saint-Boil le 20 mars, il s’est douché, il s’est fait des pâtes, il faisait la vie, un peu, et puis le 21, l’oncle du propriétaire, alerté, l’a mis en fuite, l’a même coursé, il est policier, l’oncle. Du box des comparutions immédiates lundi 26 mars, Raphaël était jugé pour 11 vols ou tentatives de vols chez des particuliers à Buxy et à Saint-Boil. 

« Elle a perdu le bébé »

A son casier judiciaire 10 condamnations dont 6 pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, et puis quelques vols, conduite sans permis, rébellion. Il est sorti de prison depuis 2 ans mais il ne travaille presque pas. En revanche il avait rencontré une fille, et il pensait pouvoir faire avec elle, « une vie normale », mais. Avec elle, il reprend du poids (20 kg), « un rythme de vie », il tient son sevrage (méthadone), il fait du sport, va marcher dans les bois, « j’avais une vie que j’avais jamais eue avant ». Elle tombe enceinte. Il y a un mois, ils vont à un concert, une bagarre éclate, ils prennent des coups, elle perd le bébé. Ils s’éloignent l’un de l’autre et rien ne va plus pour Raphaël. 

La cocaïne en intraveineuse, « sinon ça ne me fait pas d’effet »

L’autre jour, à Chalon, « le CPIP me mettait la pression pour trouver un emploi, j’ai pris de la cocaïne, j’ai vu une voiture avec les clés, je suis parti avec ». Une Land Rover assez voyante : le jeune homme calte du côté de Buxy. La cocaïne, il se l’injecte en intraveineuse dans le ventre : ses bras sont trop abîmés et puis les employeurs n’aiment pas voir les gros bras de ceux qui se piquent. Injections tout de même, « sinon ça ne me fait pas d’effet ». Et puis il picole, désormais. « J’étais découragé, j’avais mis des années à construire ce que j’avais, et j’ai tout perdu pour une bagarre. J’ai perdu les pédales, j’ai fait n’importe quoi. »

« Si monsieur X se raconte un film, j’ose espérer n’être pas le seul à y voir un drame »

Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, va ironiser, cinglante, sur « ses promenades, son bonheur et sa plénitude ». Elle le confronte à ses déclarations, car, depuis sa sortie de prison, elle voit « une continuité dans la déchéance ». « Qu’il soit victime lui-même, c’est son problème, mais les victimes aujourd’hui (des vols) me concernent, elles n’ont pas à supporter les difficultés existentielles de monsieur X. J’ai l’impression qu’il se fait un film sur sa propre vie. » « Si monsieur X se raconte un film, j’ose espérer n’être pas le seul à y voir un drame, répond Benoît Diry. » L’avocat rappelle que Raphaël a volé sur le 20 et le 21 mars, un capharnaüm, un bric-à-brac, « des disquettes (qui sait encore ce que c’est ?), du matériel de couture, un mètre, etc. Dans la Land Rover chargée à bloc, il avait tout empilé, du papier toilette au matériel de couture. Je me demande si on a une logique de butin, car la voiture était remplie de tout et de n’importe quoi. Le véhicule avait été volé pour faire un toit, ce cas n’est pas si fréquent, on n’a pas de projet crapuleux ici. »

« Des vols de remplissage »

Raphaël fut menacé, en prison, pour des dettes de drogue. « Il va se retrouver en détention avec son milieu crapuleux, poursuit maître Diry, car on lui demande, vu les réquisitions, d’aller partager son quotidien avec les affreux (le parquet a requis 2 ans ferme plus une révocation de sursis). Et si on attendait encore un peu ? Il faut des années pour soigner ces addictions et les soins sont engagés. Ce sont les seuls éléments qui me semblent pertinents dans ce dossier : il a commis des vols de remplissage, pour remplir le vide de sa vie, ce vide qui le perd. » Raphaël confirme sans le vouloir : « Je sais que ce que j’ai fait n’a pas de sens. Je ne vous demande même pas d’être cléments. Je veux m’excuser auprès des victimes. »

20 mois de prison, incarcération immédiate

Le tribunal condamne cet oiseau aux orbites caverneuses à 18 mois de prison dont 8 assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, obligations de soins et d’indemniser les victimes, maintien en détention pour les 10 mois fermes, et puis révocation totale d’un sursis de 10 mois, incarcération immédiate. 20 mois de prison pour ces vols de tout et n’importe quoi, ou leurs tentatives avortées, au cours d’un bad trip parti en vrille : avoir un toit, avoir des trucs, avoir une vie, un peu, mais comment s’en sortir ? 

FSA

Madame C. recevra 800 euros au titre de son préjudice moral, les pièces de son logement ont été retournées. Monsieur B. recevra 1126 euros pour son préjudice matériel et 200 euros pour le préjudice moral. Les autres victimes ne se sont pas constituées parties civiles. 

 

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