Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Sur le point de sortir de Varennes, il est pris avec une carte SIM sur lui

C’est l’histoire d’un homme de 33 ans, né au Maroc, qui dit l’avoir quitté dès ses 14 ans. Il a travaillé sur les marchés, et puis il a volé, suffisamment pour avoir plusieurs peines, dont plusieurs ont été mises à exécution. Il est donc incarcéré mais passe en comparution immédiate ce lundi 19 novembre, parce que lors d’une fouille de sa cellule la semaine précédente, des surveillants y ont trouvé une carte SIM. Il est libérable le 27 de ce mois.

Tout proche de sa sortie qu’il soit, monsieur H. est en état de récidive légale, aussi le juge d’application des peines a-t-il décidé (et peut-être pour d’autres raisons qui nous échappent) qu’il irait en correctionnelle. « Toute faute commise au sein du centre pénitentiaire peut passer en commission disciplinaire, nous explique Julien Romero, chargé de communication pour la direction interrégionale des services pénitentiaires dont dépend le centre de Varennes le Grand. Mais chaque faute fait l’objet d’un rapport d’incident, et le juge d’application des peines est libre d’instruire judiciairement ou non. »

Une interprète fait le lien entre le prévenu, qui dit en avoir besoin, et le président Therme qui lit « dans le col d’un pull-over on a trouvé une carte SIM ». Monsieur H. proteste vigoureusement : « non, elle était posée sur la table », et il lève sa paume gauche, pour le jurer. « D’où vient-elle ? C’est un objet interdit en détention. – C’est des français qui vont vers les gens en situation irrégulière, et leur demandent de cacher des objets. Si on refuse, on ne peut plus sortir en promenade, rien. Même quand on achète des cigarettes avec notre argent, ils nous les prennent. – Vous êtes en étage ouvert ou fermé ? – Ouvert. » Monsieur H. dit qu’il avait la puce depuis 3 jours, « il la prend le soir pour la nuit, et la rapportait le matin ». Qui ? Silence.

Monsieur H. est réputé être un détenu calme, qui côtoie peu les autres détenus - maître Jérôme Duquennoy y reviendra -, mais le président précise que la carte SIM a été exploitée et qu’il apparaît « des recharges, et des appels à l’étranger ». « Vous irez où, à votre sortie ? – Il ira voir le SPIP qui l’aidera à régulariser sa situation, transmet l’interprète. » Il ne dit pas où il ira, il dit « dans un foyer », c’est trop vague pour satisfaire le tribunal, à 8 jours de son élargissement en sursis mis à l’épreuve. « Je ne résoudrai pas le mystère de l’origine de cette puce, ni le mystère de la future domiciliation de monsieur qui manifestement ne veut pas nous le dire » : Angélique Depetris, substitut du procureur, requiert 6 mois de prison et un mandat de dépôt. 

« Le tribunal peut être sûr que ce n’est pas monsieur H. qui a introduit cette carte SIM, on sait qu’il n’a reçu aucune visite en prison. Voilà plus de 4 ans qu’il est incarcéré, qu’il ne fait pas parler de lui. Aucun incident. On lui demande de garder cette carte, dans un contexte où il n’a pas le choix. Les réquisitions sont plus sévères que la jurisprudence de ce tribunal, et je ne vois pas l’utilité de le maintenir en prison, puisqu’il sera en sursis mis à l’épreuve à sa sortie.  – Devant Dieu, c’est pas ma puce, insiste le prévenu. »

Le tribunal le déclare coupable et « compte-tenu de vos condamnations antérieures (10 mentions au casier, ndla) vous condamne à 4 mois de prison, décerne mandat de dépôt ». Monsieur H. proteste auprès de l’interprète, mais l’audience est terminée et son incarcération prolongée.

Florence Saint-Arroman

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