Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait braqué le Carrefour City avec un couteau suisse

« Monsieur, votre place n’est pas en prison, mais il faut faire très attention car ce sont des faits très graves, comment être sûr que vous n’allez pas recommencer ? » La présidente Delatronchette lui sourit. La substitut du procureur, Marie Gicquaud, avait rappelé que ces faits, oui, étaient passibles de la cour d’assises. Monsieur X a, le 30 août dernier, braqué une supérette du centre-ville de Chalon lors de sa fermeture, armé d’un couteau suisse et le visage dissimulé par une cagoule.

Sa place, pourtant, n’est pas en prison. Pas davantage que pour plusieurs autres, qui eux pourtant iront, faute de tout étayage à l’extérieur, faute de famille, faute de moyens, faute de presque tout : l’égalité en droit est souvent tempérée, voire obérée, par l’inégalité de fait. Les audiences de jugement sont un observatoire extraordinaire des façons dont la société s’efforce, plus ou moins selon les périodes, de corriger, de rectifier un peu ces inégalités de fait. Il n’est jamais arrivé qu’elle les efface, cela est-il seulement possible ? Les juges font avec les moyens du bord, à l’instant T. Ils font avec le manque de lits en hôpital, avec le manque de personnel au service pénitentiaire d’insertion et de probation, avec les injonctions sociales, et avec (et surtout) le droit.

« Sujet déficient, personnalité psychotique sans décompensation, immature »

Tant mieux pour ce monsieur, mille fois tant mieux, d’avoir un entourage familial, et un soutien dans ses difficultés. « C’est quelqu’un de très vulnérable », dira sa curatrice. « Sujet déficient, personnalité psychotique sans décompensation, immature. Il est passé à l’acte pour régler ses problèmes, il a besoin d’une prise en charge complète. » On peut lire ici l’audience de renvoi, début septembre : http://www.info-chalon.com/articles/faits-divers/2018/09/04/39200/tribunal-de-chalon-le-braqueur-de-la-rue-au-change-place-sous-controle-judiciaire/. Depuis, monsieur X, né en 1963, a été accepté au CHS de Sevrey. Il est sorti pour comparaître, mais il dit qu’on l’a changé de pavillon pour le préparer à sa sortie, et que ça ne lui va pas du tout, ça l’insécurise, il n’est pas bien. « Vous pouvez leur dire que vous n’êtes pas prêt, que c’est angoissant pour vous », lui conseille la présidente.

« Il est monté d’un cran dans l’insécurité quand l’assistante sociale lui a retiré son chéquier »

En août dernier, monsieur X se trouvait en difficulté financière. Grugé par des opérateurs de téléphonie, il se trouvait à payer des abonnements en surnuméraire (les conditions de vente ne sont pas adaptées aux personnes dites fragiles), il avait des dettes de loyer, etc. « Il est monté d’un cran dans l’insécurité, explique clairement maître Chavance, quand l’assistante sociale lui a retiré son chéquier, car lorsqu’il a eu besoin d’argent liquide, il s’est aperçu que sa carte bancaire était bloquée à cause de son découvert. Il perd alors pied, et cherche solution à son problème. » Monsieur X est ainsi bâti qu’il n’a pas, si on a bien compris, de maillons intermédiaires. Une difficulté au travail ? Il démissionne aussi sec, ont illustré ses parents lorsqu’ils ont été entendus. Donc là il angoisse de son découvert, il n’a plus de moyen de paiements : il va aller chercher l’argent. Une mesure civile de sauvegarde plus forte est en cours de décision.

« Vous aviez quand même repéré les lieux », insiste la présidente

Le 30 août, cagoule sur le visage, il arrive dans le centre-ville dans sa fourgonnette blanche. « Il signe son amateurisme, dit le parquet. » Il mime ce qu’il sait des braquages, avec une grande naïveté. Couteau en main il menace les deux jeunes caissières, et exige le contenu du coffre, tout en leur assurant qu’il ne leur fera aucun mal. « C’est vrai, jamais je ne leur aurais fait quoi que ce soit. » Il se saisit des 3 104,71 euros, il rentre chez lui, il met l’argent dans des boîtes, il ne compte même pas son butin. La police retrouvera tout lors de son interpellation, les caméras ont tout vu, y compris sa camionnette. « Vous aviez quand même repéré les lieux », insiste la présidente. La veille il était venu, en effet, repérer. « Ça m’a pris comme ça. – Non, non, ça ne vous a pas pris comme ça, vous avez fait un repérage. » Maître Chavance rapporte comment son client lui a dit les choses : « L’idée m’est venue comme ça et j’ai préparé mon coup. »

« Je m’excuse de ma part que j’ai fait ça »

L’expert psychiatre a pointé aussi son « grand isolement social, pas de dangerosité particulière, altération du discernement au moment des faits », il préconise une injonction de soins. Le prévenu est tellement d’accord. Il s’excuse auprès des employées, et auprès du responsable du magasin, en réutilisant cette tournure singulière : « Je m’excuse de ma part que j’ai fait ça. » Sa place n’est pas en prison ? « L’incarcération de monsieur poserait des difficultés, donc je demande une peine aménageable, dit la substitut du procureur. » Elle requiert 36 mois de prison dont 10 assortis d’un sursis mis à l’épreuve.

Du sursis mis à l’épreuve

Le tribunal ne dit rien de l’altération du discernement mais condamne ce monsieur à 18 mois de prison intégralement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligation de soins, interdiction de détenir une arme, interdiction de contact avec les victimes, interdiction de paraître dans cette supérette. Ce monsieur qui indéniablement souffre de son état psychique, qui vit réellement dans une grande solitude, retrouve une de ses sœurs dans la salle. « J’avais personne pour emprunter de l’argent. – Votre famille ? – J’y ai pas pensé. »

Florence Saint-Arroman

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche