Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Pris sans permis de conduire en 2001, 2006, 2007, 2008 et en récidive en 2018

« Il n’a pas de chance ! » s’exclame Maître Guignard. Son client est un monsieur d’un âge respectable, comme on dit, qui, alors qu’il avait rendu son permis en août dernier à la préfecture (perte de tous les points), a pris sa voiture le 1er février et s’est fait arrêter par les gendarmes dans la foulée, à Sennecey-le-Grand où il vit, parce qu’un camion lui est rentré dedans. L’Opel de ce monsieur était donc accidentée mais il conduisait sans permis et il est passé en comparution immédiate ce jeudi 7 février.

« Et le camion est parti sans laisser d’adresse… ». Il souligne l’injustice : le camion est cause de l’accident, et c’est lui qui comparaît. Il échappe tout de même à l’humiliation du box (exposé à tous les regards, sans moyen de s’y soustraire) car « parlez plus fort j’entends pas ! Je ne suis plus tout neuf, là ». Il est né en 1944, à Autun. La présidente Verger demande donc qu’il quitte la zone coupée du public pour arriver devant elle. Elle lui dit ses droits, « je vais me méfier en répondant, des fois c’est mal compris ».

Divorcé, deux enfants d’une cinquantaine d’années, et son bon sens chevillé au corps. L’Opel n’était pas assurée (sans permis, pas possible), et la carte d’immatriculation n’était pas à son nom : « Je ne pouvais pas, madame, je n’ai pas d’ordinateur. Maintenant, on ne peut plus changer de carte grise sans ordinateur. » Ce monsieur est qualifié en mécanique (très qualifié), et il aime conduire. « En 50 ans, aucun problème, et puis c’est devenu une catastrophe. On est anéanti, c’est ça. Quand vous n’avez plus de permis, la vie est totalement désorganisée. » Il souligne, cette autre injustice : « Tous le monde cumule des infractions, plus ou moins graves, mais moi, jamais d’alcool, jamais de drogue. »

Le permis à points date de 1992. Ce monsieur est condamné dès 2001 pour « conduite sans permis », puis en 2006, puis en 2007, à deux reprises, et en 2008, en récidive. Tout rentre dans l’ordre, jusqu’en 2018 : le 30 août dernier il restitue à nouveau son permis. « Vous avez à juger un brave type, plaide maître Guignard. Il y a 50 ans, on conduisait jusqu’à 200 km/h sur une nationale, et il n’a jamais eu d’accident ! Vendredi dernier, il faisait froid, il avait oublié les clés de chez lui chez des amis, il n’a pas repris son scooter, et pas de chance… Ne lui interdisez pas de conduire tout véhicule terrestre à moteur, car il ne pourrait plus prendre son scooter, donc ne pourrait même plus faire ses courses. »

Situation cornélienne : pas d’addiction pouvant constituer un danger avéré, pas de conduite ouvertement dangereuse (rien, au cours de l’audience, ne vient l’indiquer) mais une conduite vraisemblablement pas adaptée au corset de réglementation actuelle. Il vit en zone semi-urbaine, est donc dépendant de son moyen de locomotion et résiste à la rationalité qu’on veut lui imposer, il y oppose une autre forme de raison. « Monsieur vous comparaissez pour conduite sans permis. – Comment voulez-vous faire ? Comment vivre ainsi ? renvoie-t-il au tribunal. » Christel Benedetti, substitut du procureur, synthétise la difficulté : « Il ne prend pas acte des décisions, donc quelle que soit la peine, elle n’aura pas de sens pour lui. »

Ce monsieur un peu sourd mais solide sur ses jambes oppose ses valeurs de vie aux réponses pénales portant sur des choses qui sont mineures pour lui, pour ne pas dire dérisoires. Par exemple, bien que divorcé, il s’occupe dans la mesure de ses moyens, de son ex-femme, frappée par la maladie d’Alzheimer, et qui vit à Autun : « C’est la mère de mes enfants, vous ne pouvez pas laisser tomber la mère de vos enfants, humainement c’est pas possible. » Il oppose aux dangers qu’il fait courir aux autres en enfreignant les limitations de vitesse (et toute autre infraction entraînant des pertes de points), le fait qu’il n’a pas hésité à sauter dans le Rhône pour sauver quelqu’un de la noyade : « J’ai sauvé une vie, plutôt qu’en détruire, voilà. »

Le tribunal le condamne à 3 mois de prison ferme. Interdiction de conduire pendant 1 an, sauf son scooter. Il devra faire un stage de sensibilisation à la sécurité routière, à ses frais (histoire d’intégrer que « c’est plus comme avant », et payer deux amendes de 300 euros chacune. Il quitte la barre, « excusez-moi, merci ».

Florence Saint-Arroman

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