Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Pastèques et cannabis ont fait mauvais ménage

On est un peu contrarié d’apprendre, lors de l’audience correctionnelle de ce mardi 20 août, que des trafiquants n’ont pas hésité à coller plus de 61 kg de cannabis dans un camion qui assurait le transport de pastèques d’Espagne jusqu’en Allemagne. Existe-t-il de fruit plus pacifique et plus affectueux que la pastèque ? Les douaniers français ont coincé le véhicule le 10 juin 2018, sur la « célèbre aire du poulet de Bresse », précise la présidente Therme.

Au volant, un homme de nationalité roumaine âgé de 43 ans, à ses côtés son épouse. Dans le camion, des pastèques, dans le coffre à palettes sur le flanc gauche, rien, dans celui de droite, 61 kg et 350 g de cannabis conditionnés en sachets eux-mêmes emballés dans des plastiques thermosoudés, répartis dans 4 sacs de sport. Le coffre à palettes était bouclé par un cadenas et, pas de chance, le conducteur n’en avait pas la clé, les douaniers ont donc brisé le cadenas. Les gendarmes, plus tard, trouveront la clé du cadenas dans la boîte à gants. C’est toujours ballot, les affaires de stups.

« Ceux qui sont derrière, on ne les voit jamais devant les tribunaux »

Le prévenu se cogne une retenue douanière, puis une garde à vue, puis de la détention provisoire car le parquet demande l’ouverture d’une information judiciaire. En auditions le prévenu a joué l’effarement et la surprise, mais à l’audience maître Uzan, son avocat (barreau de Lyon), assure qu’en fait il avait « un doute » sur la marchandise. Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, estime que c’est là se moquer encore du monde, le tribunal s’étonne : « Vous étiez conscient des risques, vous acceptez, pourquoi ? Ceux qui sont derrière, on ne les voit jamais devant les tribunaux. Vous encourez 10 ans de prison et une amende conséquente. C’est ce que prévoit la loi française quand des personnes vous utilisent. »

Une mule

C’est la tragédie de la mule, elle se joue souvent dans les tribunaux et autant dire qu’en comparution immédiate les audiences sont différentes. Ici, le tribunal prend le temps. Cet homme est marié, sa femme était avec lui mais fut placée sous le statut de témoin assisté pendant l’instruction. Ils ont une fille de 17 ans, n’ont pas de problèmes matériels particuliers et à eux deux s’assuraient des revenus corrects (plus de 3000 euros par mois). Alors quoi ? L’homme, assisté d’une interprète, explique qu’un certain A. lui a demandé avec insistance de transporter pour lui des sacs d’outils jusqu’en Allemagne. Le prévenu trouvait ça louche, mais bon, il a accepté contre 1500 euros par sac. Ce monsieur A. lui file un téléphone, lui demande de le tenir au courant de l’avancée de son trajet. Il veut assister au déchargement.

Le coût d’analyses génétiques est « prohibitif » pour la justice (qui manque de moyens, ndla)

« Réquisitoire charpenté », salue maître Uzan. La procureur a repris le dossier et ses éléments : non, monsieur n’est pas tête de réseau, oui, monsieur est une mule, et c’est pour cela qu’il faut le condamner à 3 ans de prison et à 5 ans d’interdiction du territoire français. Oui, le parquet a décidé de renoncer aux recherches et analyses d’empreintes sur les sacs parce que le coût en est « prohibitif » (supérieur à 7 000 euros) lorsqu’on n’en a pas besoin comme preuve. « La situation humaine est difficile pour sa fille, mais c’est lui qui a fait ce choix. »

« Pour une bonne part la sanction est déjà tombée »

Maître Uzan plaide un casier néant « sans l’ombre d’un mauvais renseignement ». « Pour une bonne part la sanction est déjà tombée : il a perdu son emploi, il a perdu sa maison (cessation de paiement des crédits), il a failli perdre son épouse (qui n’était pas au courant), il n’a pas vu sa fille depuis juin 2018 et il a connu une situation d’incarcération très difficile (hernie discale opérée dans ce cadre), alors même qu’il est exemplaire (pas d’incident, il travaille, il voit un psy, etc.), et puis il a déjà fait 14 mois de prison. »

Des cartes de vœux

Le tribunal le déclare coupable, le condamne à 3 ans de prison dont 1 an avec sursis. Il ordonne le maintien en détention. Interdiction du territoire français pendant 4 ans à compter de sa sortie. Il reste à ce monsieur moins de 10 mois de prison à purger (car 14 mois de détention provisoire, et puis des crédits de réduction de peine) au centre pénitentiaire. Il continuera à y travailler. Que fait-il comme travail ? Il fait des cartes de vœux.

Florence Saint-Arroman

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