Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Jugée pour avoir incité à un crime contre les CRS en pleine crise des Gilets Jaunes

Le samedi 26 janvier dernier lors d’une manifestation à Paris, Jérôme Rodrigues, une des figures du mouvement des gilets jaunes, est gravement blessé à un œil. Il s’effondre et murmure*, avant de perdre connaissance : « Prévenez ma famille sur le live ».  Le « live » a lieu sur twitter. Une habitante de Sagy y apprend la nouvelle et immédiatement réagit : « Tir gratuit de CRS, putains de CRS de merde vous allez tous morfler, vous allez tous crever » C’est une femme âgée de 44 ans, qui exerce une profession sociale. Elle a été jugée pour menace de crime ce lundi 2 septembre devant le tribunal correctionnel de Chalon (juge unique).

Via PHAROS

Le 26 janvier la prévenue partage son tweet sur sa page Facebook qui se trouve être ouverte au public mais là n’est pas la question. La question est que son tweet est soit signalé à, soit repéré par des agents de la plateforme PHAROS (plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements). L’auteure du tweet n’est pas inquiétée immédiatement car elle a un homonyme et les renseignements territoriaux orientent la police vers une commerçante qu’on place en garde à vue, mais ce n’est pas la bonne personne. On reprend l’investigation via l’adresse IP, et là, on interpelle l’auteure du tweet qui explique qu’elle a été très choquée par la violence lors de cette manifestation, que sa colère était vive mais qu’elle n’aurait jamais mis ses menaces à exécution. Le problème du reste n’est pas là non plus, la menace suffit, parce que la menace est destinée à « faire peur », précise la présidente Catala. Oui, mais « à des personnes précises », conteste maître Leray, or la teneur du tweet est si générale…

Action/réaction, puis réactions à la réaction : les réseaux l’exigent, c’est leur raison d’être

La prévenue n’a pas de casier judiciaire et pourtant elle est directement citée devant le tribunal correctionnel. « Il n’y a pas eu une autre orientation qui aurait échoué ? » vérifie la présidente auprès du parquet. Non. Alors, on passe à la leçon de savoir-vivre sur les réseaux sociaux, laquelle pourrait intéresser tout le pays puisqu’aussi bien si les « réactions » ne tombent pas toutes sous le coup de la loi, elles tombent toutes sous le coup de faire beaucoup de bruit pour pas grand-chose et offrent un curieux spectacle. « Il faut distinguer entre penser, dire autour de soi, et puis écrire. On est tous humains, on comprend les réactions, dit la présidente, mais là, il faut se connecter, puis écrire…  - J’étais déjà connectée je regardais le live, lui répond la prévenue. » Plus immédiat, y a pas. Action/réaction, puis réactions à la réaction. On est d’accord, on réagit ; on n’est pas d’accord, on réagit. Les réseaux eux-mêmes l’exigent, c’est leur raison d’être. On n’y interviendrait que pour dire des trucs intéressants, on n’y interviendrait rarement, et ça, c’est pas bon pour le bizness. Pas bon du tout. Il faut que ça réagisse, faut qu’ça bouge, faut qu’ça brasse, et nous sommes excellents à cela. C’est vite fait, ça soulage de quelque chose (d’un point d’exclamation, d’un trait d’esprit, d’une insulte déguisée en trait d’esprit, d’une insulte, et parfois de menaces), et ça ne coûte rien sauf quand on est convoqué devant un tribunal.

La prévenue est comme chacun le produit de son époque 

Le parquet requiert 500 euros d’amende, dont 300 euros seraient assortis de sursis : « elle reconnaît, elle n’a pas d’antécédents judiciaires, elle justifie de revenus très faibles. » En effet la prévenue est comme chacun le produit de son époque : elle réagit sur twitter mais c’est aussi une femme divorcée qui travaille à temps partiel (24 heures hebdo) pour environ 800 euros par mois, comme une quantité de femmes qui auraient gagné avec l’égalité, disait le journaliste Marcel Trillat dans un de ses documentaires, le droit à s’éreinter avec des petits boulots payés au SMIC. « Sur les réseaux sociaux on écrit des tas de bêtises, confirme son avocate, et ce qu’elle a écrit est loin de ce qu’on peut lire parfois. Dans sa vie privée ce n’est pas quelqu’un qui invective. Elle fait un métier difficile qui impose du recul et elle a une très bonne évaluation professionnelle. Si jamais vous la condamniez, il faudrait la dispenser d’inscription au bulletin numéro 2 de son casier. » Le parquet ne s’y oppose pas.

200 euros d’amende, 300 euros en sursis

Le tribunal déclare cette citoyenne coupable et la condamne à 500 euros d’amende, dont 300 euros sont assortis de sursis. « Si vous payez les 200 euros dans les 30 jours vous avez droit à un abattement de 20 %, et vous devrez payer aussi les 127 euros de frais de procédure. » La condamnation ne sera pas portée au B2 de son casier.

Florence Saint-Arroman

*https://www.ladepeche.fr/2019/01/27/limpressionnante-blessure-du-gilet-jaune-jerome-rodrigues-qui-va-perdre-un-oeil,7978342.php

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