Journée Internationale des droits des femmes

"Femmes à l'Honneur [Portrait 10] - Michèle Campana

Chalonnaise, professeure des écoles, en retraite depuis 3 ans et demi, Michèle Campana, mène tout avec passion, de ses petites parenthèses faites de lecture, de théâtre et de randonnées, à tout son temps libre qu’elle met au service des autres au travers de plusieurs associations.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Michèle Campana a toujours désiré enseigner. Ce qu’elle décrit comme une vocation plus qu’un métier l’a amenée à exercer pendant 28 ans en classes maternelles puis en classes primaires, en CM2. « Le monde des enfants est mon monde. Ils sont vrais, ouverts à tout et à tous, enthousiastes. Avec des collègues, j’ai monté des projets pour développer le langage, l’imaginaire, l’attrait pour la lecture et le théâtre. Avec les plus grands, j’ai essayé de les ouvrir aux autres, les plus démunis. Nous avons travaillé avec l’association « Coeur de Haïti » et le club Solidarité du Lycée Hilaire de Chardonnet pour scolariser des enfants à Haïti et au Niger. Ainsi, j’ai partagé mes passions qui sont la lecture, le théâtre, le souci des autres et aussi la nature, à travers des classes ‘découverte’ dès 4 ans », nous explique-t-elle.

Michèle, vous avez eu une carrière professionnelle remplie de projets, maintenant que vous êtes en retraite, comment occupez-vous votre temps ?

Je poursuis mes engagements auprès de l’association APPUIS, pour scolariser des enfants nigériens et je continue de transmettre mes connaissances au sein de l’association PEL MEL. Je fais des animations ‘théâtre’ dans une école à Mâcon. La lecture reste ma première passion et je participe aux événements de la bibliothèque, comme Pages en partage. Je me suis inscrite cette année à l’atelier ‘contes’ animé par Anne Cossio pour explorer d’autres formes d’expression théâtrale, ainsi qu’à des stages de théâtre à l’Arc au Creusot. À tout cela s’ajoutent de nombreuses sorties dans tous les domaines artistiques, sans oublier Chalon dans la rue, festival tant aimé mais je garde du temps pour profiter de mon fils, de sa compagne et de ses deux filles qui vivent à Dijon, de ma famille et de mes amis. J’aime aussi rester chez moi, au calme, avec mes livres, du thé et ma petite chatte Timoun.

Concernant la journée internationale des droits des femmes, que représente-t-elle  pour vous ?  

Quand la Journée de la femme fut instaurée, j’ai pensé, sur le moment, que c’était une bonne idée car il fallait parler du sort des femmes dans le monde. Mais très vite, je me suis dit qu’il ne fallait pas aborder ce sujet qu’une fois par an.

Au cours de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu ou avez-vous été témoin d'inégalités hommes/femmes ?  

Dans ma carrière d’enseignante du premier degré, je n’ai pas été témoin d’inégalités hommes/femmes car c’est, avant tout, un monde féminin. Mais autour de moi, j’ai vu et entendu nombre de cas où la femme n’était pas traitée à égalité avec l’homme, surtout dans des postes à responsabilités.

Depuis ces dernières années, les politiques tentent de prendre à bras le corps ce problème... la mise en place de la parité vous a-t-elle semblé être une bonne mesure ?  

Oui, je pense que la parité est une bonne mesure. Trop longtemps, nos dirigeants n’ont été que des hommes.

Pensez-vous que l'image et la place de la femme dans la société française aient évolué ?

Grâce au combat permanent des femmes, leur image et leur place ont évolué dans la société française. Mais il faut rester vigilant.

Être une femme a-t-il déjà été pour vous un handicap ? Une force ?

Je suis issue d’une famille de six enfants, trois garçons et trois filles. Très tôt, j’ai appris à me battre pour trouver ma place. La naissance d’un fils était très attendue pour la transmission du nom. Mes parents nous ont poussés à faire des études, sans aucune différence. Ma mère, qui n’avait pas eu la chance d’aller longtemps à l’école, a tenu à ce que ses filles étudient et réussissent. Je n’ai pas ressenti mon statut de femme comme un handicap. J’ai voulu très tôt être forte et indépendante.

Comment avez-vous concilié vie professionnelle et vie personnelle ?

J’ai facilement concilié ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Passionnée par mon métier, j’ai toujours été en recherche pour adapter ma pédagogie, monter des projets pour améliorer mon enseignement. Au temps de mon mariage, nous avons partagé les tâches ménagères et j’ai eu du temps pour mes passions (la lecture, le théâtre, la nature). Nous avons eu notre fils tardivement, à une période où j’étais bien installée dans mon métier et j’ai pu lui consacrer de nombreux moments.

Quelle est la phrase que vous aimeriez ne plus entendre ?

Je n’aime pas l’expression : « C’est un vrai garçon manqué ». Pourquoi une fille, une femme, ne pourrait pas avoir les cheveux courts et/ou porter des pantalons sans qu’elle soit, inévitablement, cataloguée comme « garçon manqué »?

Quelle est votre devise ou votre philosophie ? 

Profite de chaque petit moment de bonheur !

Que défendez-vous et que voulez-vous transmettre ?   

Je défends l’égalité de chance entre hommes et femmes. Il est pour moi très important que chacun ou chacune s’épanouisse, autant dans son emploi que dans sa vie privée. J’aimerais transmettre aux plus jeunes qu’il est indispensable de s’ouvrir aux autres et au monde qui nous entoure. Leur dire que le bonheur se trouve dans le rire d’un enfant, dans la main tendue, dans le chant des oiseaux et dans la nature qui renaît. 

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Le meilleur que vous ayez donné ? 

Le meilleur conseil que j’ai reçu : Nous portons tous en nous des souffrances, transformons-les en forces. Celui que j’ai donné à mes élèves et que je donne à tous : Crois en toi !

Quelle est, ou quelles sont, les femmes qui vous ont le plus influencée ?   

Je placerai en premier ma mère, pour son courage et sa tendresse. Étant tombée dans les livres très tôt, je me suis choisie très vite des romancières en avance sur leur époque et qui avaient choqué par leurs audaces : George Sand, Colette, Simone de Beauvoir, des artistes telles Camille Claudel et Charlotte Salomon. J’ai découvert Charlotte Delbo l’été dernier, poète, romancière, dramaturge, déportée. Quelle force !

De nombreuses actrices ont pris la parole ces derniers mois, qu'a suscité chez vous l'affaire Weinstein ? 

Enfin ! Des femmes ont pu s’exprimer sur ce qu’elles avaient subi et qui n’aurait jamais dû arriver. Je suis pour que la parole se libère et que des hommes comme Weinstein ne restent pas impunis. Nous avons franchi un pas important.

Avant que le scandale n'explose médiatiquement, aviez-vous conscience de l'ampleur de ce problème de harcèlement sexuel ?

Je savais, comme beaucoup, que le harcèlement sexuel existait et qu’il était beaucoup plus important qu’on ne le disait. Plusieurs femmes avaient témoigné mais pas en si grand nombre.

Comprenez-vous que certaines femmes n'aient pas voulu s'exprimer sur le sujet, comme certaines victimes qui ne veulent pas porter plainte alors qu'elles subissent des violences conjugales ?

Oui, je le comprends tout à fait. Les victimes ont honte et n’osent parler. Elles se sentent salies mais éprouvent aussi un sentiment de culpabilité car elles ont « cédé » à des hommes qui ont profité de leur pouvoir. Les violences conjugales détruisent celles qui les subissent. Elles se sentent tellement infériorisées qu’elles n’osent échapper à l’emprise de leur bourreau. 

L'actrice Cate Blanchett a été désignée pour présider le jury du Festival de Cannes. De nombreux médias ont commenté cette annonce en mettant en avant qu'elle avait été l'une des premières femmes à s'être élevée contre Weinstein. N'est-ce pas déroutant que l'on puisse penser qu'elle ait été choisie pour cette raison ?

C’est déroutant et révoltant. Cate Blanchett est une grande actrice et c’est pour cela qu’elle a été choisie. Je suis souvent choquée par l’interprétation des médias. 

Qu'avez-vous pensé du #balancetonporc en France ou #MeToo lancé aux États-Unis ? ... D'autres initiatives, comme le mouvement Time's Up (un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel) initié entre autres par Natalie Portman et Jessica Chastain ?

Ces deux sites ont permis à des femmes harcelées de parler et de dénoncer leur agression. C’est un premier pas, mais qui doit être suivi de soins adaptés. Je crains l’appellation « Balance ton porc ». Je suis d’une génération ou « balancer » est lié à la délation et nous ramène à la fin de la seconde guerre mondiale. Je préfère « me too », moi aussi ! Je reste toutefois prudente face aux réseaux sociaux et à tout ce que l’on peut y écrire ou dire. J’ai trouvé intéressante la démarche de Time’s up. Que des actrices célèbres récoltent des fonds pour aider des femmes qui n’en ont pas les moyens à aller en justice pour dénoncer harceleurs et violeurs.

Chef, cheffe, auteur, auteure, autrice, madame le sénateur, madame la sénatrice... que pensez-vous de la féminisation de certaines professions et de l'écriture inclusive ? 

Grand débat ! Je suis pour la féminisation des professions : auteure ou autrice, sénatrice… Mais l’écriture inclusive complique l’orthographe qui pose tant de problèmes aux écoliers. Restons simples !

Que pensez-vous des féministes ? 

Les mouvements féministes ont permis l’avancée des droits de la femme, et ceci depuis la révolution française. Grâce à eux, nous avons obtenu, droit de vote, contraception, droit à l’IVG… Même si certaines féministes sont extrémistes, il est essentiel que ces associations continuent d’exister car nous faisons face actuellement à un mouvement de recul devant nos acquis (comités anti-avortement…)

Homme/femme, un message pour un "mieux vivre ensemble" ? 

« Faisons de nos différences, une richesse ».

Propos recueillis par SBR - Photo : SBR

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