Journée Internationale des droits des femmes

Femmes à l'Honneur [Portrait 13] - Lisa Deschaumes

Originaire de la région Chalonnaise, Lisa Deschaumes a décidé d’implanter L’Atelier DLPG - bureau d’études en paysage - au coeur de ce territoire qui lui tient à coeur. Elle pose sur cette journée internationale des droits des femmes un regard tout à la fois frais et mature.

Lisa DESCHAUMES a été formée à l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, diplômée en tant que paysagiste concepteur DPLG. Elle met ses compétences au service du bien commun, de la création d’ambiance et d’interprétation des sites. Ses missions l’entraînent à réfléchir sur des problématiques rurales & urbaines, de prise en compte des paysages à diverses échelles, d’aménagements du territoire et de l’espace public. Il lui arrive de travailler en collaboration avec d’autres corps de métiers (Architecte, Géomètre Expert, Urbaniste, …) en fonction des sujets d'études. Son métier est passionnant : il permet de penser, d’anticiper et d’accompagner le développement d’un territoire.

Que représente pour vous la journée internationale des droits des femmes ?   

Ce doit être une journée dédiée à une mise en lumière des problématiques liées à la condition des femmes et de leurs droits. Je m’intéresse du coup à des personnes qui font des propositions et des réflexions intéressantes sur ce sujet : des personnalités telles que Diglee Aka Maureen Wingrove (« Libres » co-écrit avec Ovidie aux éditions Tapas) et Pénélope Bagieu (série « Culottées » Tomes 1&2 aux éditions Gallimard) qui publient des articles/BD ultra inspirantes ou « Paye ta Schnek » qui montrent et mettent au jour la quantité de discours et/ou situations désagréables que peuvent rencontrer des personnes parce qu’elles sont des femmes. L’accumulation est toujours intéressante car elle montre que ce n’est pas un fait isolé mais quelque chose de partagé. Et c’est là où c’est rageant et un peu triste de faire ce constat. Celui-ci est nécessaire afin de progresser et d’évoluer. C’est là qu’est le positif ! Et c’est ce vers quoi je porte mon regard.

Au long de votre vie ou de votre carrière, avez-vous vécu ou avez-vous été témoin d'inégalités hommes/femmes ?  

Oui, bien sûr... C’est étrange de dire ‘bien sûr’. Mais je pense que cela s’applique dans les deux champs. On trouvera ça étrange qu’un homme soit sensible, doué de talents qu’on prête plus volontiers aux femmes  : Il est plus que temps de rendre ces limites poreuses. De mon côté j’ai, à titre personnel, été plus encadrée que mon frère sur les sorties par exemple. Avec le recul, j’aimerais pouvoir être capable de faire autrement si j’ai des enfants un jour. Pour cela, il faut ne pas voir l’extérieur comme une menace pour les filles, les femmes. Ce qui est un enjeu majeur. À titre professionnel, cela peut m’arriver qu’on vienne me « tester » sur mes compétences et connaissances techniques et que je doive me montrer à la hauteur pour être légitime. Je le prends comme un jeu. Mais si cela devait être tous les jours, ce serait lassant et frustrant. 

Depuis, ces dernières années, les politiques tentent de prendre à bras le corps ce problème, la mise en place de la parité vous a-t-elle semblé être une bonne mesure ? 

C’est dommage d’être dans un effet de contrainte... Je trouve ça assez français, en fait. On attend l’obligation pour s’y conformer (et encore, pas toujours de bonne grâce, sans résultats probants parfois et en râlant un peu). J’ai pu visiter de nombreux pays où les choses sont différentes et où l’on met en avant les compétences et non le sexe d’une personne. Ainsi, homme et femme se sentent le droit de postuler et de faire carrière dans la politique. C’est un travail qui va au-delà d’un chiffrage d’effectifs à 50/50 (c’est une première réponse mais elle n’est pas suffisante). Si, en tant que femme, on se sent soutenue et pas jugée (ce qui reste encore à démontrer) on verra sans doute plus facilement des femmes tenter l’expérience. Culturellement, je pense qu’on imagine qu’il faut être un homme pour être loin de sa famille et bien le vivre (aller sur Paris au sénat quelques jours par semaine, être en représentation lors d’événements, ...) mais on est humain. Le caractère n’a pas de sexe pour moi. On peut s’épanouir dans son foyer, dans son travail ou en politique que l’on soit une femme ou un homme.

Pensez-vous que l'image et la place de la femme dans la société française aient évolué ?

Elles ont évolué. Clairement. Je parle beaucoup avec ma grand-mère. Elle me donne le sentiment d’avoir de la chance d’être née en 86 car j’ai pu faire et accomplir plus de choses qu’elle, sans avoir à en rougir. Avant « ça ne se faisait pas », point ! Alors merci à elle et toutes celles et ceux qui ont obtenu que nous nous sentions bien, et on peut encore faire mieux pour les générations qui viennent.

Être une femme a-t-il déjà été pour vous un handicap ? Une force ?

Je suis un être humain... C’est ça, ma force. Je suis douée de réflexion, curieuse et ouverte d’esprit... Mon sexe, c’est un hasard que je prends tel quel... mais quand je peux être confrontée à une situation où on ne me renvoie qu’à ma condition de femme, je trouve que cela me donne de la ténacité pour montrer que je suis comme tout le monde... ni mieux ni moins bien qu’un homme. 

Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie personnelle ? 

De mieux en mieux ! Je prends beaucoup de recul ces derniers temps... Ma chance est d’exercer un métier qui me plaît et me passionne ; être à mon compte est aussi un atout pour concilier l’ensemble... Je m’accorde du temps pour moi, je pense que cela ne peut qu’être bénéfique à mon travail. Je suis allée en 2017 en Scandinavie et j’admire vraiment leur façon de vivre. Il faut prendre les bonnes choses et les faire siennes. Chacun a son curseur et ses principes ; s’il peut les suivre, il vivra bien. Je veux être heureuse et j’ai la chance de pouvoir l’être. Mais ça ne devrait pas être une chance... Il faut travailler là-dessus !

Quelle est la phrase que vous aimeriez ne plus entendre ?

Quand je faisais mes études sur Paris, mes proches me disaient souvent : « Fais attention en rentrant ou quand tu sors ». L’extérieur est perçu comme hostile, ce n’est pas normal ! Et on nous inculque ça. Même moi, je me restreins parfois à mettre des talons et pas seulement pour le confort ! J’ai toujours une paire de baskets dans mon sac quand je sors, pour les fins de soirée. Pour « pouvoir courir vite »... Je le dis en souriant mais il y a du vrai... « On ne sait jamais ». Cette incertitude est néfaste.

Que défendez-vous et que voulez-vous transmettre ?   

Le droit à tout un chacun de disposer de son être et de son intégrité, sans jugement. Nous avons tous une histoire.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Le meilleur que vous ayez donné ? 

De prendre mon temps, de ne pas me précipiter... pour les études, pour mes relations amoureuses. Le temps est un luxe... mais en fait, c’est vraiment quelque chose que l’on peut posséder et qui nous rend meilleur. Certains diront qu’on acquiert de la maturité ou de la sagesse. C’est sans doute vrai... Cela permet aussi d’assumer pleinement ses choix, vu qu’on a pris le temps avant de se lancer... On sait ce que l’on veut et pourquoi. Il faudrait demander à mes ami(e)s quel serait le meilleur conseil que j’ai pu leur donner un jour !

Quelle est ou quelles sont les femmes qui vous ont le plus influencée ?  

De manière sûre : mon arrière-grand-mère pour son culot, ma grand-mère pour son indépendance et ma mère pour son dévouement. Des femmes inspirantes ! J’ai de la chance... et du travail pour faire aussi bien ! 

De nombreuses actrices ont pris la parole ces derniers mois, qu'a suscité chez vous l'affaire Weinstein ? 

De la consternation tout d’abord, de voir que l’omerta était telle que la chape de plomb a été compliquée à soulever. Pas de jugement sur les victimes qui « auraient dû » etc... Chacun fait comme il peut avec un traumatisme... Si les faits sont avérés, il sera opportun de pointer plutôt du doigt l’auteur des faits (et ceux qui ont fermé les yeux, en sachant ou soupçonnant des faits, sans aller plus loin dans les investigations) car ce silence-là est le meilleur moyen d’ouvrir un boulevard et de donner un sentiment d’impunité à qui pratique ce genre de comportement.

Avant que le scandale n'explose médiatiquement, aviez-vous conscience de l'ampleur de ce problème de harcèlement sexuel ?

Le harcèlement sexuel existe... partout ! Il faut juste en être conscient pour mieux le déceler. Cela semble parfois anodin, à certains moments, et cousu de fil blanc à d’autres... mais je ne suis pas surprise. En tant que femme, je connais le harcèlement de rue. Que ce milieu professionnel ne soit pas exempt de harcèlement sexuel, c’est triste car on perçoit souvent les actrices comme étant des personnes indépendantes, fortes... Cela ne suffit pas. C’est bien ce qu’il faut retenir. Ce sont les auteurs qui sont à condamner, pas les personnes qui subissent le harcèlement.

Comprenez-vous que certaines d'entre elles n'aient pas voulu s'exprimer sur le sujet comme certaines victimes qui ne veulent pas porter plainte alors qu'elles subissent des violences conjugales ?

Je ne juge pas les personnes ayant subit un traumatisme car personne ne réagit suivant un « cahier des charges » donné. Alors je comprends que certaines personnes puissent se mettre tout de suite en mode « combat », tout comme rester dans l’ombre et le mutisme. Le plus important est certainement le jugement des auteurs présumés des faits et non pas les victimes sur leur décision d’agir ou non.

L'actrice Cate Blanchett a été désignée pour présider le jury du Festival de Cannes. De nombreux médias ont commenté cette annonce en mettant en avant qu'elle avait été l'une des premières femmes à s'être élevée contre Weinstein. N'est-ce pas déroutant que l'on puisse penser qu'elle ait été choisie pour cette raison ?

Cate Blanchett est une actrice incroyable. C’est ce qui a dû compter dans le pourquoi de sa nomination comme pour les présidences précédentes. Après, il faudrait demander à la principale intéressée ce qu’elle en pense.

Qu'avez-vous pensé du #balancetonporc en France ou #MeToo lancé aux Etats-Unis ? 

Comme précédemment quand j’ai cité le groupe « Paye ta Schnek », je pense que l’accumulation de témoignages doit permettre de prendre conscience de l’ampleur du problème et s’y atteler pour le résoudre. En cela, les réseaux sociaux mettent en lumière plus facilement et efficacement des problématiques... 

... D'autres initiatives comme le mouvement Time's Up (un fonds pour soutenir toutes les victimes de harcèlement sexuel) initié entre autres par Natalie Portman et Jessica Chastain ?

C’est une bonne chose, cela sera encore meilleur quand nous n’aurons plus besoin de ce type de fonds car il n’y aura plus de problèmes liés au harcèlement sexuel.

Chef, cheffe, auteur, auteure, autrice, madame le sénateur, madame la sénatrice... Que pensez-vous de la féminisation de certaines professions et de l'écriture inclusive ?

Il n’y a pas de métier qui doive être hors de portée de quelqu’un, en fonction de son sexe. On passera une bonne partie de notre vie à travailler, autant que ce soit pour faire quelque chose qui nous plaît et nous épanouisse. À partir de là, on est tous capables de se surpasser, si besoin, pour réussir. Je ne maîtrise pas spécialement le sujet de l’écriture inclusive, à mon sens, néanmoins une langue qui évolue et s’adapte à son époque est une bonne chose. 

Que pensez-vous des féministes ?

Je conseille ce petit livre, très bien fait sur le sujet : « Le Féminisme » par Anne-Charlotte HUSSON & Thomas MATHIEU, aux  éditions « La petite bédéthèque des savoirs » pour que chacun se fasse sa propre opinion et perçoive l’étendue des courants féministes.

Homme/femme, un message pour un "mieux vivre ensemble" ?

Ne pas croire aux stéréotypes et les interroger si besoin. Être dans l’écoute et le partage. Privilégier le caractère au genre

Propos recueillis pas SBR - Photomontage transmis par Lisa Deschaumes

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