Mercurey

TRIBUNAL DE CHALON - Il avait été retrouvé mort devant la porte d'un bar de Mercurey

Le 6 septembre 2015 à Mercurey était un soir de match de rugby et de Paulée, pendant les vendanges. Contexte à haute alcoolémie que maître Brossaud résume d’un trait : « Ils étaient tous bourrés. » Il lit le témoignage d’un client de ce bar de la commune où cette nuit-là un homme d’une trentaine d’année est mort, étouffé par ses régurgitations, seul sur la terrasse où on l’avait allongé. Dans la salle, sa tante, ses parents et sa sœur, qui n’en finissent pas d’accompagner ce disparu. A la barre, le patron du bar-restaurant.

Monsieur G. est poursuivi pour non-assistance à personne en danger mais s’en défend à la barre. Il se défend contre lui-même puisque ses propos viennent contredire ceux qu’il a tenus au cours de l’instruction. La victime n’était pas un client habituel du bar, elle ne vivait pas à Mercurey, mais sa tante, qui elle y vit, l’hébergeait pendant le temps des vendanges. Ses parents avaient pensé avoir ainsi bordé un cadre : leur fils buvait trop, ils le savaient. Les analyses effectuées le 6 septembre fixent une alcoolémie de 4.72 grammes, « on peut supposer qu’elle était supérieure dans la nuit », dit la présidente Therme.

Un taux à en mourir, c’est certain, d’autant qu’il avait pris de la cocaïne aussi. Mais lorsqu’il a commencé à tituber, pourquoi l’a-t-on servi encore ? Il y avait foule ce soir-là, et du travail en salle mais aussi en cuisine. Le patron allait et venait, pressé. « Je ne le voyais pas alcoolisé, il m’a fait une carte bleue vers 23 heures, il en a tapé le code sans problème. » La présidente reprend le prévenu. « Vous avez déclaré au juge d’instruction : ‘j’ai bien vu qu’il était alcoolisé, en fin de soirée on voyait bien qu’il avait une bonne charge, bien avant d’avoir bu le marc de Bourgogne’. »

Puis, quand le jeune homme est tombé de son tabouret, le long du bar, qu’il a fallu le relever ? « Il ne parlait pas, mais grognait, et il ne se relève pas tout seul », dit madame Therme.  On porte le jeune homme dehors, on l’assied : il tombera de la chaise quelques instants plus tard. « Pendant les vendanges, c’est pas le premier à qui ça arrive, si à chaque fois j’appelais les pompiers… » La voix de la juge se fait alors métallique : « Le problème, monsieur, c’est que vous avez dit au juge d’instruction que son état était plus inquiétant que celui d’autres personnes, car il était devenu incapable de participer à l’aide qu’il recevait. Pourtant c’était un jeune homme fort, musclé. »

Quelqu’un finira par mettre le garçon en PSL. On lui entoure les pieds d’une couverture, on place un torchon et sa casquette sous sa tête. La serveuse et des clients disent qu’il faudrait appeler les pompiers, le patron leur répond « je gère ». On lui suggère de prévenir la tante du garçon qui vit à côté, il ne le fait pas. « Quelqu’un a dit que vous n’avez pas voulu appeler les pompiers par peur de voir la police arriver avec. – Oui, j’ai pu le dire. » Le patron lui-même s’était généreusement arrosé le gosier au fil des heures. Les forces de l’ordre peuvent, constatant des états d’ébriété, faire fermer l’établissement, peut-être a-t-il eu en effet peur de ça. La préfecture a ordonné en octobre 2015 une fermeture d’un mois, « une sanction contre vous ».

« Il y avait un péril imminent et il le savait parfaitement. » Le vice-procureur Charles Prost requiert 15 mois de prison avec sursis (monsieur G. n’a pas de casier), et 5 ans d’interdiction de tenir un débit de boissons. Frémissement sur le banc de la famille du prévenu. Sur le banc de la famille de la victime, que du chagrin. Ses membres se constituent parties civiles mais ne demandent rien : « Nous ne souhaitons pas percevoir d’argent sur la mort de notre fils », dit sa mère. Sa tante explique rapidement que son neveu était rentré de sa journée de travail, un peu énervé par ceux qui bossaient mal, mais sans plus. Il a pris une douche, il est ressorti. Au matin, elle constate qu’il n’est pas rentré, elle part à sa recherche et découvre son corps sans vie, sur cette funeste terrasse. Le patron avait procédé à la fermeture de l’établissement, délaissant ce client inconnu qui lui arrivait « par les vendanges », a-t-il répété, insistant sur l’ambiance particulière de ce temps-là.

« Le tribunal considère que la victime était en situation de péril cette nuit-là, et que vous aviez conscience de cet état. Que vous aviez la possibilité de lui porter secours, que vous avez dit que vous « gériez » et que vous êtes le patron, et vous êtes le dernier à l’avoir vu en partant après la fermeture. » Coupable de non-assistance à personne en danger, 12 mois de prison avec sursis.

Florence Saint-Arroman

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