Opinion

Laissez la pédagogie aux professionnels !

« Pédagogie ». Ce mot prend une résonance particulière depuis quelques jours dans la majorité gouvernementale et chez les ministres. C’est même devenu le leitmotiv de la communication officielle. Mais n’est pas pédagogue qui veut.

 

Le mot «  pédagogie » vient du vocabulaire grec ancien «enfant » et « conduire, mener, élever ». Par extension, la pédagogie est devenue une science de l’éducation avec des méthodes et des pratiques. Il s’agit donc surtout d’appendre ou de faire apprendre aux jeunes. Pour faire court, il existe trois types de courants pédagogiques : enseigner, c’est transmettre le savoir, enseigner, c’est faire découvrir le savoir et enseigner c’est aider l’élève à construire le savoir.

 

Or les Français ne sont pas des élèves et les dirigeants politiques ne sont pas leurs professeurs. Penser le contraire est méprisant. La pédagogie pour un professeur de mathématiques suppose des objectifs, des méthodes, des procédures, des savoir-faire, des justifications, des démonstrations, des stratégies, des systèmes d’évaluation. Tout cela nécessite une formation.

 

En mathématiques, la proposition est toujours un énoncé susceptible d’être démontré ou réfuté et pour lequel la démonstration aboutit à une assertion nécessairement vraie. Si l’assertion n’est pas démontrée, elle est appelée conjecture, c’est-à-dire une supposition ou une croyance.

 

L’élève apprend à l’école que 2 et 3 font 5. Plus tard, il apprend que dans un triangle-rectangle,  le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux côtés (théorême de Pythagore). Or, aujourd’hui, les gouvernants veulent faire de la pédagogie pour tenter d’expliquer que moins ça fait plus, et réciproquement. Donc, une conjecture…

 

Dans leurs têtes, selon un dogme maintenant bien établi : moins de dépenses publiques c’est plus de services publics. Par exemple, moins de d’enseignants c’est plus de qualité d’enseignement ou moins de personnels de santé c’est plus de meilleurs soins !... Autre exemple, puisé dans l’actualité brûlante : plus de taxes, c’est moins de pollution…ou encore, plus il y aura de riches, moins il y aura de pauvre (théorie du ruissellement… merci M. Carlos Ghosn !)

 

La crise actuelle est peut-être le moment où une prise de conscience est possible. Nous avons acquis la conviction qu’une majorité de dirigeants a perdu de vue le peuple. Cela n’a rien de populiste de l’affirmer ainsi. Les mythes sont nombreux, les lieux communs et les brèves de comptoir se succèdent au café des puissants. Mais Il ne suffit pas de communiquer ou de séduire pour réussir. 

 

Le constat est sans appel. Le pays est divisé et au bord du gouffre social. On ne règlera pas les problèmes par de la communication bien huilée dans les cabinets spécialisés. Pour rassembler les Français, il n’est pas davantage nécessaire d’invoquer les fausses racines culturelles, le « c’était mieux avant » (ce qui est complètement faux), ou de s’enfermer dans les replis identitaires et la construction de murs frontières. Au contraire, il faut des actes forts puis rassembler et repenser la société pour améliorer la République.

 

L’alternative et l’espoir ne sont pas dans le poujadisme , le déclinisme ou l’exhaltation de la nation. Ils sont dans les méthodes qui consistent à faire découvrir, à chacune et chacun, les vraies priorités : la lutte contre les ravages de la haute-finance mondialisée, la lutte pour la justice sociale et la démocratie, la lutte pour une planète plus saine et plus propre. Chiche, on fait de la pédagogie !

 

Lucien Matron

Professeur de collège, mathématiques-sciences, retraité.

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