Sport

Retour aux sources pour Inès, la boxeuse chalonnaise

Ce lundi soir, Inès Belhadj, la première Chalonnaise championne de Bourgogne de boxe amateur, rendait visite à son club d'origine, le Ring Olympique Chalonnais. Info-Chalon est allé à sa rencontre, l'occasion de revenir sur son parcours exemplaire.

Il est 19h30, à la salle Armand Langlais, le cours d'aéroboxe n'est pas encore fini, une jeune fille, s'avançant dans notre direction, nous salue et fais la bise son ancien entraîneur ainsi qu'au président du club où elle a tout appris. Mais ne vous fiez surtout pas aux apparences, derrière son beau sourire, Inès est championne de Bourgogne de boxe amateur.

Pas prête de raccrocher les gants de sitôt

À l'instar d'Obélix avec la potion magique, on peut dire qu'Inès Belhadj est tombée dans la boxe depuis toute petite. Il faut dire qu'elle a de qui tenir, dans cette famille sans histoires de  Sennecey-le-Grand qui a toujours eu la passion pour le noble art, avec un oncle qui était déjà professionnel et un papa, Hocine, investi depuis de nombreuses années au Ring Olympique Chalonnais (R.O.C), club où il fait partie des cadres. Il a trois enfants, deux garçons et une fille, Inès, née en 1999 ,  à Chalon-sur-Saône, elle est la benjamine. Mais, au grand dam de leur père, aucun des garçons, préférant poursuivre leurs études, n'a repris le flambeau de ce qui s'inscrivait comme une tradition familiale chez les Belhadj. Qu'à cela ne tienne, si ses deux grands frères ne montent pas sur le ring, ça sera elle!

Toutefois, au départ, bien qu'elle a toujours voulu faire de la boxe, la partie était loin d'être gagné!

En effet, sa mère avait émis des réserves. Comme tant d'autres avant elle. Si aujourd’hui, la boxe est aussi une histoire de femmes, cette discipline est encore trop souvent perçue comme un sport violent dans lequel deux hommes s’affrontent sans pitié, tels des colosses inhumains. Pourtant, de plus en plus de femmes sont séduites chaque année par ce sport hors du commun. C’est un excellent moyen pour elles de sortir de leur quotidien en se défoulant et en évacuant ce stress que connaissent un jour ou l’autre toutes les femmes. 

Après avoir fait sept ans de judo au Judo Club de Sennecey-le-Grand,s'arrêtant à la ceinture verte/bleue, puis 5 ans d'athlétisme à Tournus, elle vient (enfin) à bout des réticences de Francine, sa mère. Inès a alors, comme son père, jeté son dévolu sur le Ring Olympique Chalonnais, club de boxe anglaise de Chalon-sur-Saône, situé au 35 Rue du Général Hoche. Et ça tombait bien car le ROC, alors sous la présidence de Marcel Martin — lequel passera, en 2016, le relais à Saïd Fergani — avait mis l'accent sur le développement de la boxe féminine. «Le ROC est demandeur de nouveaux talents, les portes du club  sont grandes ouvertes aux filles qui sont l'avenir de la boxe!», dit d'ailleurs M. Fergani, à ce propos avant de rajouter que «c'est aussi pas mal de travail et que pour boxer, une femme a besoin de s’équiper afin de ne pas se blesser. Elle doit donc porter toutes les protections ordinaires mais aussi d’autres plus spécifiques comme le protège poitrine. La boxe anglaise permet de gagner en assurance et en confiance en soi. Boxer a autant de bienfaits physiques que psychiques.  Sa pratique développe aussi bien  l’esprit d’initiative que la maîtrise de soi. Elle évacue efficacement le stress et les petites angoisses du quotidien».

L'encadrement des filles incombait à Frédéric Lonjaret, qui a repris la boxe il y a 8 ans, pour des raisons professionnelles. Au fil du temps, un solide noyau s'est formé. «C’est en effet le sport idéal pour se vider la tête et trouver un exutoire à la hauteur.Plus les années passaient, plus les filles étaient motivées avec une bonne cohésion au sein du groupe, je leur ai proposé de passer en boxe amateur.», nous explique Frédéric. 

Après avoir attendu de nombreuses années de pouvoir enfin pratiquer ce sport, Inès n'était pas prête à raccrocher les gants de sitôt.

Ma mère, c'est ma première fan!

Du noyau initial, Inès est la seule à avoir persévéré. Pourtant, elle avait eu des problèmes d'asthme, causant chez elle une grande frustration. Ainsi qu'à son entraîneur qui nous explique «plusieurs fois, j'ai failli jeter l'éponge, elle donnait des signes d'inquiétudes mais Inès est une battante, elle avait ce petit quelque chose qui fait les championnes : un mental d'acier». La jeune fille n'a pas baisser les bras. Avec l'aide de son entraîneur mais aussi de son père qui croit beaucoup en elle et l'a toujours soutenue, elle a su se dépasser et ses efforts finirent par porter leurs fruits. «Forcément les résultats sont là et sans parler des répercussions sur la vie de tous les jours qui sont indéniables, la boxe permet d’apprendre à prendre du recul face aux situations complexes comme son asthme et à mieux gérer les événements», nous explique Frédéric avant de rajouter : «On va pas se le cacher, la boxe est une pratique difficile qui représente un vrai défi pour la gent féminine. Elle nécessite beaucoup de détermination et de patience pour arriver à des résultats satisfaisants. Toutefois, elle est parfaite pour travailler son endurance et sa résistance». 

La boxe anglaise est la plus exercée par les femmes. Outre la multiplication des reportages et des films l’associant aux femmes — comme le très émouvant «Million Dollar Baby» (2005) de Clint Eastwood — qui la rendent très populaire auprès de ces dernières, ce sport possède un aspect très stratégique car on y utilise uniquement les poings et la tête est la seule cible.  De plus, elle nécessite subtilité et rapidité de déplacements. C’est certainement la boxe la plus difficile car il est très dur de remporter un combat. En 2012, la boxe anglaise féminine a connu la consécration puisqu’elle a été officiellement présente aux JO de Londres pour la première fois. Une bien belle victoire pour une discipline en manque de reconnaissance et assez peu médiatisée en France!

Mais quand on passe en boxe amateur, d'autres problèmes arrivent pour celles qui pratiquent ce sport où les femmes cherchent encore à se faire une place dans le monde très fermé des sports de combat, un domaine essentiellement masculin. «Pas facile de trouver des combats dans sa catégorie. Dans la région, il y a, hélas, encore assez peu de boxeuses et on a souvent eu du mal à trouver des combats dans la catégorie d'Inès», nous dit Saïd qui déplore la difficulté à recruter des filles, nous précisant par la même occasion qu'«on espérait deux de plus dans l'effectif mais les parents se sont malheureusement opposés à la décision de leurs filles».

Elle a participé par deux fois au Ladies Boxing Tour, une compétition de boxe 100% féminine créée en 2012 par la Commission Nationale de Boxe Feminine (C.N.B.F.) pour développer la boxe féminine et casser l’image de la boxe comme sport masculin, à Saint-Étienne et en région parisienne en 2016, et livrera son 14ème combat en catégorie Super plume (-57kg) aux sélections en région Hauts-de-France.

En parallèle, Inès, qui évolue au Boxing-Club Onnaing, dans la ville du Nord du même nom, fait un DUT Techniques de commercialisation mais tous les dimanche, elle revient dans sa famille à Sennecey-le-Grand, l'occasion de s'entraîner avec Hocine, son père, très fier de sa fille. Elle revient toujours avec plaisir, pendant les vacances, au ROC, pour s'entraîner mais aussi par nostalgie. Pour le plus grand bonheur de Frédéric et Saïd, fiers d'elle, «Bien entendu nous sommes très fiers d'elle, c'est super de la voir évoluer», nous dit Frédéric.

Ironie de l'histoire, aujourd'hui sa mère, Francine, après avoir été opposée à ce qu'Inès fasse de la boxe, en fait depuis deux ans au ROC en aéroboxe. «Aujourd'hui, ma mère, c'est ma plus grande fan!» nous confie Inès, tout sourire, preuve s'il en faut de son épanouissement dans son sport favori. 

Aujourd'hui, le Ring Olympique Chalonnais compte 6 filles en boxe éducative et Inès Belhadj croisera sûrement Mourad Gmiza, étoile montante du club promis à un bel avenir dans le noble art et un espoir pour Chalon-sur-Saône dont on reparlera probablement dans les colonnes d'info-Chalon, car ils sont tous les deux aux séléctions nationales.

Inès est la preuve que la boxe anglaise, en plein essor, en dépit d'un manque de reconnaissance et toujours en butte aux préjugés, se conjugue au féminin. Elle souhaite également s’affranchir de tous les clichés qui entourent encore aujourd’hui le monde de la boxe. Info-Chalon souhaite donc bonne chance à Inès ainsi qu'à toutes celles qui viendront dans son sillage car ce sport, c’est aussi une histoire de nanas. Alors, à vos gants, mesdames!

 


Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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