TRIBUNAL DE CHALON - Au début tout va mieux que bien. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils s’aiment.

Puis ils décident de vivre ensemble, ils se confrontent à leurs limites respectives, fin du conte. Il est à la barre, campé sur ses jambes, elle est assise sur le banc des parties civiles, serrant contre elle les pans de sa veste. L’audience sera longue, ce lundi 7 décembre, car il est poursuivi pour violences habituelles (pendant 1 an) mais maintient que c’est elle qui le poussait à bout.

Le casier judiciaire du prévenu est néant. Par contre alcool et cannabis étaient portés à la case warning. Il dit qu’elle n’était pas en reste, qu’elle buvait autant que lui. Son conseil avait obtenu lors d’une audience antérieure que la victime passe une expertise psychologique. Il en ressort qu’elle n’est ni manipulatrice ni perverse. Le jeune homme n’en démord pas : elle le poussait à bout. La jeune femme donne la leçon qu’elle en a tiré : « On aurait dû arrêter avant. » Oui. Elle reconnaît une forte dépendance affective, dépendance réciproque pendant leur lune de miel, et puis ensuite des coups.

15 jours d’ITT pour un préjudice psychologique important

La présidente Catala a quelque chose de chirurgical, de métallique, dans la voix, et sa façon de dire les choses, incisive, en renforce la netteté. Elle relate toutes les scènes décrites lors des auditions, on en a la nausée tant il y en a, et tellement c’est violent. Plusieurs fois des tiers, copains, voisins, policiers, sont intervenus. Il y eut des mains courantes, et puis finalement c’est une de leur voisine qui a alerté le parquet : des menaces, des cris, voire des hurlements. La relation a pris fin avec le début de l’enquête. La victime a 15 jours d’ITT pour un préjudice psychologique important.

« On maintient qu’au fond, elle l’a bien cherché ! »

Le prévenu vit sous contrôle judiciaire depuis le 15 janvier dernier. Le rapport du contrôleur judiciaire est positif, « il a montré son aptitude à réfléchir ». Mais plus loin, cite le jeune homme qui dit « Je reconnais un quart des faits. Elle buvait autant que moi, faisait des crises de délirium. Elle m’a cassé un vase sur la tête, elle m’a mordu, je me suis défendu. » La présidente trouve que les termes du rapport sont un peu en contradiction, maître Baudry va plus loin : « On veut montrer patte blanche devant le contrôleur, mais on maintient qu’au fond, elle l’a bien cherché ! »

« On a pensé qu’elle finirait en fait divers dans le journal »

L’avocate, pour la victime, revient sur les nombreuses scènes dont le récit figure à la procédure, c’est oppressant. Les voisins : « On a pensé qu’elle finirait en fait divers dans le journal. » Un certificat émanant du service d’urgences de l’hôpital, en juin 2018 (la prévention ne commence que quelques mois après), établit un traumatisme crânien avec perte de connaissance. Un ami a parlé, en une autre occasion, de « tabassage en règle ». Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, reprend, elle aussi, les éléments à charge, dit que « les circonstances de révélation sont importantes ». Ce n’est pas la victime qui a posé plainte, ce détail n’en est pas un parce qu’il affaiblit la position du prévenu.

Violences réciproques, plaide la défense

La salle est vide. Nous sommes tous affublés de masques chirurgicaux, à l’exception d’un des juges et d’une avocate qui portent du tissu, n’empêche que, sous les néons de la salle d’audience, cela donne l’impression de figurer dans une fiction. Impression lunaire. Maître Marceau n’entend pas plaider une relaxe, son client a été violent à plusieurs reprises, c’est établi, mais il plaide des violences réciproques, convenant toutefois que les actes du jeune homme sont « plus graves ».

4 mois ferme, détention à domicile, et 2 ans de probation

Le tribunal condamne le prévenu à une peine de 12 mois de prison dont 8 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans. Interdiction de contact avec la victime, de paraître à son domicile, obligation de soins et d’indemniser la victime. Le tribunal aménage la peine de 4 mois ferme sous la forme d’une détention à domicile, avec le port d’un bracelet électronique.

Le garçon est à nouveau en couple. De lui, sa compagne dit qu’« il monte très vite en pression quand il n’est pas bien », et qu’alors il faut le laisser tranquille, ne pas lui parler, ce que son ex ne faisait pas.

FSA

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