TRIBUNAL DE CHALON - 9 prévenus sont jugés sur 3 jours pour trafic de stupéfiants (1)

La galérance, elle était finie* ! Le trafic entre la Saône-et-Loire et les Pays-Bas tournait, les quantités étaient suffisantes pour assurer de bons revenus aux têtes du réseau, les petites mains recevaient des miettes, tout allait plutôt bien. La galérance a repointé le bout de son triste museau au moment même où des policiers de la BRI ont pété le pare-brise arrière d'une BMW pour jeter des grenades lacrymo dans l’habitacle. C’était le 15 mai 2018, peu après la barrière de péage de Gye.

Tout commence par des infos anonymes


Ça n’a pas empêché le chauffeur de la BMW de tenter de forcer le passage, il est allé planter ses pneus sur la herse que la police avait déroulé sur la chaussée, il finit dans un talus. Puis l’habitacle a pris feu, c’est ce que N. C. raconte à l’audience puisqu’il est, avec 8 autres prévenus dont l’un est en cavale, jugé du 10 au 12 mars par le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône. Comme bien souvent dans les dossiers de trafic de stupéfiants, tout commence avec des informations anonymes. Celles-ci impliquent Hamdi D., « le grand absent au procès » : il est en fuite. C’était en juillet 2017. La DIPJ de Dijon ouvre une enquête préliminaire, puis un juge d’instruction est saisi.


Ils encourent tous une peine de 10 ans de prison, voire le double (si récidive)


L’enquête s'intéresse à plusieurs gîtes (à Merceuil, à Thurey, à Santenay et même à Buxy) loués à différentes périodes sous différentes identités, mais les véhicules qui viennent les visiter ont des rapports avec différents protagonistes, lesquels comparaissent pour répondre essentiellement d’association de malfaiteurs et de trafic de drogue. Ils encourent tous une peine de 10 ans de prison, voire le double pour ceux qui sont en récidive, pour avoir, en Saône-et-Loire et en Côte d’Or, de mai 2017 à juin 2018 (périodes modulées en fonction des dates des interpellations des uns et des autres et des preuves de leurs implications) importé, transporté, détenu, de la drogue.


Cannabis, héroïne, cocaïne, produit de coupe, brouilleurs, etc.


Les trajets : entre Lyon ou les environs de Chalon-sur-Saône et les Pays-Bas. Plusieurs voyages ont eu lieu. De premières interpellations sont décidées à la fin d’un voyage, début mai 2018. Les enquêteurs suivent les hommes du début à la fin, et les voient se passer des sacs, jusqu’à une maison de Marsannay-la-Côte. On y saisit environ 7 kilos de résine de cannabis, 1,2 kg de cocaïne, 2,5 kg d’héroïne, 15 kg de produit de coupe, on trouve aussi un brouilleur d’ondes - on en trouvera plusieurs un peu partout au cours de l’enquête. D’autres arrestations sont faites lors du go fast des 14 et 15 mai, au péage de Gye. Dans la BMW, des sachets thermosoudés contenant 75 kilos d’ herbe de cannabis, des cartouches de calibre 9, et un brouilleur. Les dernières interpellations ont lieu en septembre 2018.


Un procès « stups », dont le scénario ne diffère pas des autres : c’est pas eux


Il est l’heure du jugement. Deux prévenus comparaissent détenus, les autres furent placés sous contrôle judiciaire. Leurs avocats sont là également, très attentifs aux charges qui pèsent sur leurs clients, dans les moindres détails. C’est un procès « stups », dont le scénario ne diffère pas des autres : c’est pas eux. Et si c’est eux, ça ne l’est que sur certains points, c’est tout. Le président Madignier demande au conducteur de la BMW arrêté le 15 mai 2018 : « Quel co-prévenu connaissez-vous ? - Dans cette pièce ? Aucun. »


« Vous croyez tout le monde, vous ? Surtout dans ce milieu. »


En dehors de la salle d’audience où il ne connaît donc personne, il dit connaître celui qui est en cavale, « parce que j’ai été incarcéré 2 ans avec lui ». Question sur une autre BMW à laquelle les enquêteurs le rattachent. « Je sais pas, c’est trop loin, mais je sais que j’ai rien à voir avec cette BMW. » Le président se lance dans la lecture d’un PV qui note la progression conjointe, sur plusieurs trajets, du téléphone du prévenu et des télépéages. « Je ne conduis pas de voiture replaquée**! - Comment savez-vous qu’elle ne l’est pas ? - Celui qui me l’avait passée me l’avait dit. - Il vous l’a dit... Vous croyez tout le monde, vous ? Surtout dans ce milieu. »


« Oui j’étais présent, mais je ne savais pas que c’était des stups »


Instruction à la barre pour un autre prévenu. A. B., 25 ans, vit à Lyon. Il est interpellé lui aussi le 15 mai, au volant d’une 308 identifiée comme voiture ouvreuse. « Oui j’étais présent, mais je ne savais pas que c’était des stups. » Quelqu’un lui aurait demandé « un service» rémunéré. On lui donne les clés du véhicule et un téléphone pour recevoir les instructions. Pour aller où ? Il ne sait plus, ne sait plus dans quel pays il est allé. Le président l’interroge sur les dates, etc. « Je suis perdu, là », dit le jeune homme. Deux autres prévenus se marrent.


« C’est votre droit. Y compris de dire n’importe quoi »


Un juge assesseur prend la parole. « Bon. Vous, c’est un peu rendez-vous en terre inconnue,  c’est ça ? Je vous écoute mais on ne comprend rien du tout, et puis vous dites qu’un type vous passe une 308 et un téléphone pour aller, vous ne savez pas où. C’est votre défense, c’est votre droit. Y compris de dire n’importe quoi. Mais il faut être un peu fou ou désespéré pour se comporter ainsi. Vous êtes fou ou désespéré ? » Le jeune homme réfléchit quelques secondes, puis : « Je suis plus fou que désespéré. »


Florence Saint-Arroman
*La daronne, film de Jean-Paul Salomé, avec Isabelle 2020
**dont la plaque d’immatriculation a été changée

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